L'histoire des femmes lesbiennes est une histoire d'alliances constantes, mais aussi d'invisibilisation persistante. Elles ont toujours lutté pour les droits des femmes, la dignité et le respect de tous, mais elles ont souvent été écartées de l'histoire, silenciées, méprisées, infériorisées et stéréotypées. Cet article explore un aspect particulier de leur expérience : l'allaitement induit, une pratique qui permet à une femme qui n'a pas porté l'enfant de produire du lait et d'allaiter.

L'Invisibilisation des Lesbiennes: Un Combat Constant

Les lesbiennes sont souvent réduites à des clichés ou ignorées par la société et ses représentations médiatiques, militantes, culturelles, artistiques ou sportives. Quand on pense homosexualité, on pense souvent au masculin. Et quand on l'envisage au féminin, le regard est souvent biaisé par des clichés sexualisants et pornographiques, par le fantasme de deux femmes hétéros se donnant du plaisir pour satisfaire les désirs des hommes.

Un exemple récent de cette invisibilisation est la polémique autour de la censure d'une scène montrant un baiser lesbien dans le film Buzz l'éclair de Disney-Pixar. Bien que la presse se soit emparée de l'information, elle n'en a pas analysé la profondeur et la spécificité. L'homophobie est incontestable du côté de la célèbre firme, dont les films d'animation ne sont teintés que de rumeurs autour d'un hypothétique progressisme.

Au-delà de l'élément de langage, la polémique pointe le problème éducatif. En Floride, une loi interdit d'enseigner à l'école des sujets en lien avec l'orientation sexuelle ou l'identité de genre. Cette loi, nommée « Don’t say gay » par les opposant-e-s, choque et suscite rapidement des réactions dénonçant la haine LGBTIphobe. La lesbophobie dépasse les frontières de la Floride et du Moyen-Orient. En France, la loi sur l'éducation à la vie sexuelle et affective existe depuis 2001, mais son non-respect ne choque personne.

L'allaitement Induit: Une Option pour les Couples de Femmes

Dans ce contexte de lutte pour la visibilité et la reconnaissance, l'allaitement induit émerge comme une option pour les couples de femmes qui souhaitent partager l'expérience de l'allaitement. Cette technique permet à la partenaire qui n'a pas porté l'enfant de développer une lactation et de nourrir le bébé au sein.

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Chloé, par exemple, n'a pas porté Paloma, le bébé qu'elle a eu au mois d'août avec son épouse Julie, mais elle la nourrit elle aussi depuis sa naissance grâce à la lactation induite. Julie et Chloé sont ensemble depuis plus de dix ans et se sont mariées en 2020. Leur désir d'enfant est né au fur et à mesure qu'a grandi leur couple. Elles se sont donc lancées dans une PMA (procréation médicalement assistée) au printemps 2022.

Elles ont commencé leurs démarches administratives par la recherche d'une clinique. Leur choix s'est porté sur le Danemark, car elles souhaitaient avoir la possibilité de sélectionner leur donneur sur une banque de sperme internationale, ce qui n'est par exemple pas le cas en France ou en Espagne. Après une stimulation ovarienne, elles se sont rendues à Copenhague pour réaliser la ponction des follicules. Le transfert d'embryons s'est fait ultérieurement.

C'est avant la grossesse de Julie qu'elles ont découvert ce qu'était la lactation induite, en écoutant un épisode du podcast Bliss stories. Dans cet épisode, une maman racontait avoir réussi à nourrir son bébé alors que sa compagne l'avait porté. Depuis la naissance de Paloma, elles se sont rendu compte que la séparation de la charge du nourrissement était non négligeable. Au-delà du lien avec leur enfant, la lactation induite leur a aussi permis de tenir le coup, car après une césarienne en urgence, il fallait aussi que Julie ait la possibilité et le temps de se réparer.

Le Protocole de Lactation Induite: Une Approche Médicale

Le problème, quand on se lance dans l'aventure de la lactation induite et du co-allaitement entre deux mamans, c'est qu'il existe actuellement très peu de ressources. Chloé et Julie ont trouvé quelques informations sur le site de de la Leche League au sujet de la lactation induite, qui promeut le protocole de Newman. Elles ont été aidées par leur gynécologue de Montpellier pour la mise en place (il avait notamment déjà supervisé des lactations auprès de personnes en transition de genre).

Pour commencer, à 4 mois de grossesse, Chloé a pris une pilule contraceptive en continu pour stopper ses cycles de règles. Cette technique permet de « duper » le cerveau pour lui faire croire à une grossesse. Il faut ensuite la coupler avec une prise de Domperidone. Chloé a commencé avec une prise de 30 mg et a augmenté progressivement une fois par mois, jusqu'à 90 mg. Pris à haute dose comme ici, la Domperidone peut provoquer des effets secondaires chez certaines femmes (des troubles du rythme cardiaque et des dépressions notamment). Ensuite, six semaines avant le terme annoncé de la grossesse, elle a arrêté la pilule et commencé des tirages réguliers au tire-lait pour stimuler la lactation.

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Le Co-Allaitement: Un Partage Égalitaire

Paloma est née le 12 août après un accouchement un peu chaotique. Après les premiers soins et pendant que les médecins s'occupaient de Julie, Chloé a pu faire du peau à peau. Elle pleurait beaucoup et Chloé voyait qu'elle cherchait instinctivement son sein. Elle n'a pas osé lui donner avant que Julie ne revienne en salle de réveil, car c'est elle qui devait lui donner la tétée d'accueil pour que Paloma puisse recevoir le colostrum, mais aussi pour encourager sa montée de lait. Très fatiguée par l'opération, elle l'a finalement incitée à lui donner sa première tétée. C'était fou, Paloma a bu tout de suite, hyper facilement.

La suite du co-allaitement s'est mise en place tout aussi facilement. Elles ont décidé d'alterner directement, de jour comme de nuit. Quand l'une allaite, l'autre tire son lait. L'objectif est qu'elles aient chacune environ 8 tétées et/ou tirages de lait par jour pour stabiliser leur lactation.

Seulement une semaine après être rentrée à la maison, Chloé a connu une baisse de lactation assez significative, surtout sur les tirages, où elle n'avait quasiment pas de lait. Elle a donc repris la Domperidone, qu'elle avait arrêté après l'accouchement sur les conseils de son gynécologue. Elle a recommencé à 30 mg et augmenté de 10 mg tous les trois ou quatre jours. C'était très frustrant de ne quasiment rien avoir au tire-lait, mais ce qui l'a rassurée, c'est que Paloma a continué à prendre son sein.

Les Bénéfices du Co-Allaitement et de la Lactation Induite

Allaiter est un vrai plaisir. C'est d'autant plus agréable que Paloma n'a pas de problème de succion et va de l'une à l'autre sans problème. La nuit, c'est aussi super de pouvoir se relayer pour dormir et de bénéficier de vrais cycles de sommeil. Elles savent aussi ce que chacune vit, elles s'apportent donc beaucoup de soutien d'un point de vue technique !

Chloé et Julie ne peuvent que recommander le co-allaitement et le fait d'induire une lactation : pour le co-parent, pour la maman, mais aussi pour le lien incroyable que l'on développe avec son bébé. Si l'expérience vous tente, il ne faut pas hésiter à faire le tour des gynécologues pour trouver le bon, qui saura vous accompagner et vous conseiller. Ne vous laissez pas non plus décourager par des professionnel·les de santé qui, parce qu'ils n'y connaissent rien ou qu'ils ont peur, vont tenter de vous dissuader.

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