Introduction
Dans le paysage de la poésie contemporaine, une tendance notable émerge : l'écriture du silence. Cette approche se manifeste par un jeu constant avec l'illisibilité, une importance primordiale accordée au blanc, un délabrement de la narration (fragmentation, aporie), et un détournement de l'usage habituel de certains signes typographiques. Cet article se propose d'explorer cette écriture du silence, en examinant ses origines, ses manifestations et ses implications pour la lecture et l'interprétation.
Le Silence comme Questionnement du Sens
Le silence, dans ce contexte, peut être compris comme une remise en question fondamentale du sens. Le processus d'écriture devient un espace où la question du sens est relancée de manière instable. L'écriture ne prend sa valeur qu'en préfigurant une lecture intrinsèquement questionnante, car toute lecture est une recherche de sens, même si ce sens est protéiforme. Cette approche remet en cause les habitudes de lecture et la facilité avec laquelle elle se déploie ordinairement. La lecture, résultant de l'apprentissage et de l'habitude, est attaquée dans ses structures les plus profondes et les plus intimes.
La lecture devient une poursuite du questionnement initial, non par choix, mais par nécessité. Elle devient questionnante à mesure qu'elle se déploie, cherchant à faire advenir le sens, à en distinguer les contours et à en reconnaître la spécificité. Dans la poésie contemporaine, le lecteur est ainsi invité à devenir le co-auteur de l'écriture du silence.
Le silence, en tant qu'absence de parole et de signifiance, est inscrit au cœur même du dire et du sens. Il représente la façon dont le sens s'interroge sur lui-même, sur sa nécessité, sa vérité et sa présence. Cette écriture du silence, bien que semblant être un signe distinctif de la modernité littéraire, trouve ses racines plus loin dans le temps.
Les Prémices de l'Écriture du Silence au Début du XXe Siècle
Dès l'aube du XXe siècle, on observe les prémices de cette écriture du silence, suivant un sens légèrement différent. Déjà à cette époque, la question de l'écriture possible et nécessaire du silence passionnait certains littérateurs. Une note dans la rubrique « Art Moderne » du Mercure de France en novembre 1902, au sujet de Trachsel, souligne cette convergence des disciplines : « Cet architecte […] est un écrivain, ce peintre […] est un philosophe […] [O]n sent en lui la conception fondamentale d’une synthèse vaste […] ».
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Albert Trachsel, un artiste aujourd'hui relativement méconnu, avait suscité l'intérêt de figures telles que Fagus et Alfred Jarry. Bien que son œuvre soit davantage picturale que littéraire, on observe une redécouverte progressive de son travail, notamment grâce à des expositions et des publications sur l'art suisse.
L'Intérêt d'Alfred Jarry pour Trachsel
L'intérêt d'Alfred Jarry, l'auteur d'Ubu Roi, pour Trachsel est particulièrement significatif. Trachsel participait aux activités du cercle symboliste et fréquentait les soirées de La Plume, où se réunissaient des artistes et des écrivains. Il exposa également au premier Salon de la Rose+Croix en 1892, un événement auquel Jarry était attentif.
De plus, Aurier, dont l'influence sur Jarry est reconnue, était sensible à l'œuvre picturale de Trachsel. La volonté de Jarry de rendre compte du Cycle de Trachsel témoigne d'un intérêt pour l'auteur, bien que la nature exacte de leur relation reste une hypothèse. À cette époque, Jarry participait financièrement à L'Art littéraire, y publiant des textes hermétiques, et envisageait la critique comme un moyen d'accéder aux institutions littéraires et de faire reconnaître son style littéraire.
Le Cycle de Trachsel et la Visée Musicale du Silence
Dans Le Cycle, Trachsel utilise les points de suspension avec une visée musicale, cherchant à indiquer au lecteur la durée des silences qui creusent les phrases ou les séparent les unes des autres. Il qualifie certaines de ses pièces de « Musique Littéraire », accompagnant certaines d'entre elles d'indications musicales. Dans Les Jours et les Nuits, cette parole de silence devient « voix mathématique ».
Jarry semble s'inspirer de cette approche, rappelant la capacité de certains personnages à communiquer par gestes. Cette attention au silence et à la musicalité du langage est une caractéristique importante de l'écriture de Trachsel et de son influence sur Jarry.
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La Musique du Langage et l'Humour dans la Poésie Contemporaine
David Christoffel, un poète contemporain, rend la musique audible dans le langage, non seulement par la rythmique et l'accentuation des syllabes, mais aussi par d'autres moyens subtils. Il utilise l'humour de la même manière, créant une présence en soi qui résonne en nous et qui questionne notre monde, le langage et la poésie. Cet humour nous pousse au rire, à la surprise et à une forme de déshabillage des choses.
L'humour chez Christoffel retrouve son existence originelle, qui est d'être humour. Il ne sert pas à aiguiller le sens, mais a une existence propre qui frappe. Cette musique d'un humour souverain, s'affranchissant de la sémantique, a des affinités avec celle de Bartók. Cette musique, qui est l'irruption du sens du sensible, se manifeste dans le langage, dans et hors du langage.
La Vitalité Discursive et le "Gros Doudou Général"
La forte vitalité discursive dans laquelle nous baignons est parfois traitée comme une espèce de "gros doudou général". Cette image suggère une forme de confort et de réconfort que nous trouvons dans le langage, mais aussi une potentielle superficialité et un manque de profondeur.
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