Le théâtre à Crêches-sur-Saône et dans les environs possède une riche histoire, marquée par une volonté de démocratisation culturelle et une forte implication des acteurs locaux. Cet article explore l'évolution du théâtre dans la région, en mettant en lumière les initiatives passées et présentes, ainsi que les enjeux contemporains auxquels il est confronté.

Une Volonté de Démocratisation Culturelle

À la fin des années 1950, la France a connu une ère nouvelle où la culture s'est déplacée des salons d'élite vers le cœur des villes et des régions. En 1959, André Malraux est devenu le premier ministre des Affaires culturelles, incarnant une politique ambitieuse visant à démocratiser l'accès à la culture en la rendant présente partout. « Rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité au plus grand nombre » est devenue la devise.

Cette dynamique culturelle nationale a trouvé un écho singulier à Mâcon. Dès 1968, la ville s'est dotée d'un animateur culturel - l'une des premières expériences de ce type en France sans Maison de la Culture. Cette approche innovante de Maison de la Culture éclatée a été saluée comme « une intéressante expérience culturelle » par la presse. Elle s'appuyait sur une multitude d'initiatives pour faire entrer la culture dans tous les quartiers et auprès de tous les publics : bibliocar sillonnant les zones périphériques, ateliers de théâtre à l’Hôtel de Ville, récitals dans les maisons de jeunes, débats dans les entreprises. « À Mâcon, tous ceux qui ont des responsabilités culturelles et éducatives se retrouvent parfois autour d’un même sujet », écrivait Gérard Guillot à l’époque.

C’est dans le contexte de la ZUP (Zone à Urbaniser en Priorité) de Marbé, symbole de l’urbanisme des Trente Glorieuses, que la construction du théâtre a été décidée. Dans les années 1960-1970, alors que Mâcon connaissait un essor démographique et urbain, la ville rêvait d’un équipement à la hauteur : un centre culturel pour accueillir théâtre, danse, expositions, concerts. « On ose à peine prononcer le mot théâtre tant les Mâconnais taxent ce projet de serpent de mer… », notait le bulletin municipal à l’époque. Le projet de théâtre, discuté, repoussé, remanié pendant plus de 10 ans, est devenu presque une légende locale. Pendant ce temps, la ville a poursuivi son action et son engagement : le service de l’Action Culturelle a organisé lectures, spectacles, expositions dans les écoles, les maisons des jeunes, les foyers ruraux, et même les entreprises. En 1970, les projets de l’Action Culturelle ont touché près de 55 000 personnes dans toute la région. Les spectacles se sont multipliés au Théâtre de l’Hôtel de Ville rénové en urgence en 1970 pour accueillir Léo Ferré et autres grandes productions.

L'Émergence du Théâtre Amateur

Le théâtre amateur joue un rôle essentiel dans le paysage culturel de Crêches-sur-Saône et de ses environs. De nombreuses troupes, groupes et ateliers présentent des spectacles, contribuant à la vitalité de la scène locale.

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Il est difficile de recenser précisément le nombre de troupes de théâtre amateur, car elles n'adhèrent pas nécessairement à des fédérations, ne déclarent pas toujours leurs présentations à la Société des auteurs et ne cherchent pas toujours à se faire connaître au-delà de leur village ou de leur quartier. De plus, cette étude n'aborde pas le théâtre tel qu'il est pratiqué en milieu scolaire, où l'on observe pourtant un foisonnement d'activités théâtrales.

Les troupes régulièrement constituées en association comptent en général une vingtaine d'adhérents, dont l'âge varie en moyenne de 18 à 40 ans. Elles possèdent souvent leurs propres locaux, aménagés et entretenus par les adhérents. Leurs moyens d'existence proviennent des cotisations, de la recette des spectacles, parfois aussi des fêtes et des tombolas organisées à leur bénéfice, et surtout de l'énergie et du dévouement de chacun.

Certaines troupes, surtout rurales, ont de très lointaines origines. C'est parfois toute une famille, ou « une équipe de joyeux copains » qui assure cette pérennité. Mais la longévité est parfois cause de sclérose. Le vieillissement des participants, leur audience auprès de leur public peuvent effaroucher les possibles nouveaux. Alors la troupe s’étiole peu à peu, les mêmes pièces sont reprises à intervalles de plus en plus rapprochés.

Mais, de toute façon, que ces troupes vieillissent mal ou qu’elles se renouvellent, le public local ne les boude jamais. En moyenne, les troupes donnent cinq ou six représentations. Encouragées par leur succès à domicile, certaines organisent avec des fortunes diverses, des « tournées » dans les localités voisines. D’autres jouent une dizaine de fois, d’autres encore se contentent d’une ou deux sorties « au profit d’une œuvre de bienfaisance » ou se risquent à affronter le public d’une grande ville. D’autres enfin, quelquefois très anciennes elles aussi, mais urbaines pour la plupart du temps, ne craignent pas de jouer des pièces qui appartiennent au grand répertoire. Parfois aussi, des troupes vont jouer sur invitation dans des villes voisines et se constituent peu à peu un public de connaisseurs. Quelques une participent à des Festivals ou des Concours hors région, deux troupes au moins ont été invitées au Québec.

Une autre forme de pratique amateur s’est développée à partir des années 1965. À la campagne, les foyers ruraux ont presque tous leur « groupe théâtral » ; en ville, les MJC, les Maisons de quartier, les Centres socio-culturels possèdent leur « atelier théâtre » ou leur « club théâtre ». Pour la plupart, la date de leur apparition correspond à la mise en place de ce type de structures associatives.

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Quelquefois, en ville comme à la campagne, ils deviennent prépondérants ; ils accèdent alors à une autonomie quasi totale au sein de l’association, ce qui ne va pas sans provoquer parfois quelques remous ou même des conflits avec les autres sections qui reprochent aux "Théâtreux" d’être à la fois trop repliés sur eux-mêmes et de se livrer à des activités envahissantes et coûteuses. En effet, ces groupes et la dernière catégorie des troupes dont nous avons parlé plus haut font appel aux grands auteurs classiques.

Il arrive que l’animation des ateliers-théâtre soit confiée à des intervenants professionnels recrutés par des associations qui ne se sentent pas en mesure d’assumer de telles fonctions. Le travail s’organise alors avant tout autour de l’apprentissage des techniques : expression corporelle, voix, diction, mime, improvisations ; la phase de réalisation n’apparaît qu’ensuite. Au moment des représentations, si l’intervenant joint de réelles qualités pédagogiques à la maîtrise de son métier, les résultats peuvent être remarquables (solide direction d’acteurs, précision de la mise en scène, originalité du propos). L’animateur a su mettre au jour les potentialités du groupe et créer une œuvre qui soit non seulement la sienne, mais celle de tous.

De grandes difficultés peuvent surgir si, en cours d’année, l’intervenant se trouve engagé professionnellement dans un spectacle. D’autres problèmes se posent à propos de certains intervenants dont les objectifs ne sont pas toujours évidents, ni pour l’association, ni pour eux-mêmes. Viennent-ils dans le groupe pour s’entraîner eux-mêmes ? Sont-il sûrs de ce qu’ils enseignent ? Cherchent-ils à se servir des structures d’accueil dans un but personnel ? Les interventions de « spécialistes » peuvent donc mettre dans l’embarras les associations et leurs tutelles. Une formation spécifique des intervenants basée sur des rapports création/pédagogie, épanouissement personnel/développement collectif, devrait leur permettre de s’adapter le mieux possible aux situations diverses auxquelles ils sont confrontés. La Fédération des œuvres laïques du Jura a mis en place depuis septembre 1990 des « modules de formation » destinés aux animateurs et formateurs de « jeu dramatique en milieu scolaire ».

Certaines troupes n’ont qu’une existence éphémère. Elles se produisent trois ou quatre ans puis disparaissent. Cette précarité est-elle due aux difficultés rencontrées durant les répétitions ? aux problèmes de locaux , de finances ? au manque d’entente réelle entre les participants ? au découragement causé par l’échec de prestations précédentes ? Il arrive aussi que des troupes changent de statut lorsqu’apparaît une volonté de professionnalisation. (Ce type de mutation, dont les symptômes se déclenchent souvent au sein de jeunes troupes urbaines, s’est développé à partir des années 1980.)

L’évolution des troupes ne conduit pas nécessairement à la professionnalisation, heureusement ! Ce plaisir qu’ont les amateurs à se rencontrer pendant des mois plusieurs fois par semaine pour répéter, ils savent bien qu’il est unique et irremplaçable. C’est un plaisir plus complet et plus durable que celui de jouer en public, plus intense il est vrai mais plus fugace. Ils savent bien aussi qu’ils ne trouveraient plus la plénitude dont ils jouissent lorsqu’ils sont ensemble, s’ils donnaient à leur travail une autre forme.

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Des troupes peuvent contribuer à l’organisation et au développement de festivals de renom. Elles peuvent créer des « services » à la disposition d’autres troupes amateur.

Le Festival de Théâtre Amateur

Le Festival de Théâtre Amateur, organisé par les Associations et les Foyers Ruraux, est un événement incontournable dans la région. En 2023, il s'est déroulé du 16 au 19 février dans quatre communes : Chaintré, Vinzelles, Romanèche-Thorins et Crêches-sur-Saône.

Le Foyer Rural de Grand Secteur Mâconnais Sud est un des sept secteurs géographiques de la FDFR 71. Du 16 au 19 février, le programme s’annonçait riche. À commencer donc le jeudi 16 février à la salle polyvalente de Chaintré, avec le spectacle Trois Moments d’Égarement par la compagnie À la Traverse des Songes. On passe la démultiplié le vendredi 17 février à la salle des fêtes de Vinzelles avec deux spectacles : Hortense a dit : « Je m’en fous ! » (Plaisirs du Théâtre) à 19 h 30 puis avec La Maison est Close (Acrêchcoeur). Double de plaisir aussi le samedi à la salle des fêtes de Romanèche-Thorins (salle Moulin-à-vent) avec Les Potins de la Table Ronde (Troupe du GRAAL de Beaujeu) et le spectacle Intra-Muros (Les Balladins), respectivement à 19 heures puis 21 heures Enfin, la clôture se fera en beauté le dimanche avec Comme un souffle de… (Les Cadoles de Verzé) et Accrochez-Vous ! Une buvette sera à la disposition des spectateurs et des sandwichs seront proposés à la vente. Aucune réservation n’est requise.

Soutien aux Arts et Spectacles

De nombreuses associations soutiennent activement le théâtre et les spectacles à Crêches-sur-Saône et dans la région. Ces associations ont des objectifs variés, tels que :

  • Création et diffusion de spectacles culturels, axés en priorité sur le théâtre et la poésie.
  • Animation d'un atelier théâtre réservé aux élèves mineurs de l'enseignement public.
  • Organisation de stages de sensibilisation et de formation.
  • Faire découvrir et apprendre à une catégorie de jeunes de 08 à 20 ans la comédie, le chant, la danse et le monde du spectacle.
  • Organiser des échanges culturels.
  • Permettre à des amateurs de théâtre de pratiquer leur art, d'organiser des sessions de formation, de préparer et de jouer des spectacles.
  • Créer et diffuser des spectacles professionnels de théâtre, organiser des animations autour de ces spectacles, promouvoir auprès des groupements amateurs la création théâtrale.
  • Promouvoir et développer le spectacle vivant en soutenant l'initiative des personnes morales et/ou physiques et en développant ses propres initiatives.
  • Diffuser les techniques du spectacle (marionnette, théâtre, théâtre noir, théâtre d'ombre, chants, etc…) pour tous (enfants à partir de 8 ans, ados et adultes).
  • Organiser des événements d'animation culturelle principalement musicaux (concerts, festivals) et portés sur les arts de rue (théâtre, cirque, graffitis).
  • Démocratiser l'accès à la culture afin de la rendre accessible au plus grand nombre.

Le Théâtre et la Petite Enfance

En 2023, le Théâtre, scène nationale de Mâcon, s’est associé à la Direction de la Petite Enfance de Mâconnais-Beaujolais Agglomération pour proposer aux professionnelles de la Petite enfance un parcours de formation autour de l’éveil artistique et culturel du tout-petit, en particulier en lien avec le spectacle vivant. Ce parcours de formation s’est clôturé tout en douceur avec la présentation d’un spectacle au plus près des tout-petits, au sein même de leurs crèches ou en proximité de ces dernières.

Ainsi, du 17 au 20 octobre puis du 6 au 10 novembre, le spectacle Rêve d’air de la compagnie la Tortue s’est invité dans une dizaine de lieux différents : en crèche, dans des salles des fêtes ou encore au Théâtre, de Senozan à La Chapelle-de-Guinchay, en passant par Charnay-les-Mâcon, Prissé, Mâcon dont ses quartiers de la Chanaye ou des Blanchettes ou encore Crêche-sur-Saône. En tout, ce sont 17 représentations qui ont pu se dérouler sur tout le territoire, pour accueillir plus de 200 enfants de 15 crèches ou du LAEP, mais aussi plus d’une centaine d’enfants accompagnés par leurs assistantes maternelles, en lien avec le Relais Petite Enfance de l’agglomération.

Un moment de douceur partagé en petit comité, adressé à un maximum de 25 enfants par représentation, avec Delphine Noly, qui nous accueille dans un décor inspiré de l'histoire du Facteur Cheval. Accompagnée de sa kora, instrument à cordes, la musicienne nous a plongés dans son univers poétique. Ce fut l’occasion pour les plus petit·e·s de s’initier au spectacle vivant, en présence de tous les adultes qui les accompagnent, des professionnel·le·s de la petite enfance aux parents. Au milieu de cette tournée hors les murs, Rêve d’air a fait une halte au Théâtre pour que le public puisse découvrir le spectacle en famille lors de trois représentations pendant notre temps fort Changeons de saison ! les 21 et 22 octobre. Des premières expériences de spectateurs et spectatrices tout en douceur !

"La Crèche" : Une Pièce de Théâtre Engagée

La pièce "La Crèche" de François Hien aborde des questions de laïcité, d'identité et de relations dans le milieu professionnel. L'auteur s'est inspiré de l'affaire de la crèche Baby Loup, qui s'est déroulée entre 2008 et 2013. Cette affaire l'avait particulièrement touché, et il a voulu en faire un film documentaire avant de se tourner vers l'écriture théâtrale.

Ce qui a attiré l'auteur dans cette histoire, c'est le fait qu'elle mettait aux prises des personnes qui avaient réussi à travailler ensemble pendant 20 ans. Ces femmes avaient un outil social qui fonctionnait bien dans le quartier, et en même temps, il s'est passé une affaire qui a complètement déchiré une équipe alors qu'elle se considérait elle-même comme une sorte de famille.

D'un point de vue dramaturgique, l'auteur a voulu organiser le récit de façon que l'on puisse comprendre chacune des protagonistes principales : la directrice et l'ancienne directrice adjointe. Il a voulu raconter cette affaire de telle sorte, où personne a tout à fait raison, ou tout à fait tort.

La première partie de la pièce commence par une longue scène d'affrontements entre Francesca, directrice de la crèche et Yasmina, l'ancienne directrice adjointe, durant laquelle le conflit va naître. Puis elles ne se croisent plus pendant une heure et demi de pièce. On voit alors ce conflit enfler. Elles vont chacune de leur côté chercher des soutiens. Ensuite, un flash-back nous ramène quinze ans plus tôt qui nous permet de saisir l'origine de leur relation.

La pièce met en scène aussi un certain nombre de salariées de la crèche, un jeune homme du quartier et sa mère… La communauté de travail dans la crèche, le quartier, la sphère médiatique permettent d'étudier les échos que cette affaire provoque.

La mise en scène est très vive, ressemblant presque à un film. On passe d'un espace à un autre. La pièce est extrêmement dynamique. Sur scène, neuf interprètes jouent une quarantaine de personnages avec des changements de costumes très rapides. Il s'agit d'un théâtre de paroles et de mouvement.

"La Crèche" a été créée en 2017. Le texte a été retravaillé avec une nouvelle distribution de jeunes interprètes, qui offrent une réflexion poignante sur des thèmes contemporains tels que la discrimination, l'islamophobie et le travail social.

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