Introduction
Depuis une trentaine d'années, l'allaitement maternel est reconnu comme le mode d'alimentation le plus adapté aux besoins des nourrissons et sa promotion constitue une préoccupation importante de santé publique. L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) préconise l'allaitement « à la demande », exclusif durant les six premiers mois de vie, puis complété par d'autres apports alimentaires et liquides, jusqu'à l'âge de deux ans ou plus. Cet article explore les aspects scientifiques de la lactation, les défis rencontrés par les mères et les solutions possibles.
L'allaitement maternel : un phénomène biologique, culturel et émotionnel
L'allaitement s'inscrit comme un élément fondamental d'une « intensification » de la maternité, définie comme une tendance croissante, selon laquelle le rôle social de mère aurait largement dépassé les prérogatives strictement liées à l'élevage des enfants pour devenir un projet de vie en soi. Les gestes de la vie quotidienne, comme « toucher, parler, nourrir, ne sont plus perçus comme des finalités, mais comme des outils qu'il est demandé aux mères de perfectionner pour assurer un développement optimal » à leur·s enfant·s.
Cette intensification de l’investissement maternel est liée au rôle historique joué par la pédopsychiatrie, incarnée en France notamment par Françoise Dolto qui, dès la fin de la seconde guerre mondiale, entreprend d’éduquer les mères afin d’affranchir les enfants de l’éducation traditionnelle. L’objectif est plus précisément de les préserver des "risques psychologiques", définis par les psychanalystes sur la base de leurs travaux cliniques. Aux États-Unis comme en Europe, les travaux de Bowlby sur les effets d’une carence précoce d’attention maternelle ont rencontré un succès retentissant, et continuent d’exercer une influence importante auprès des professionnel·le·s de la périnatalité. Dans ces discours, l’allaitement est identifié comme contribuant au bonding (la création de liens affectifs) entre la mère et l’enfant, et fait dès lors partie des standards culturels de la maternité intensive.
En favorisant le contact peau-à-peau et les stimulations sensorielles, l’allaitement est aussi présenté par la psychologie développementale comme une manière d’optimiser le développement du cerveau de l’enfant, contribuant à « construire un meilleur bébé », voué à devenir un « meilleur » individu une fois adulte. Wall relève ainsi une concordance entre l’essor de la promotion pour l’allaitement et la rationalité néolibérale dans lequel il s’inscrit, sous-tendue par des valeurs autonomistes, valorisant la responsabilité individuelle dans la prise en charge de la santé. Dans ce contexte, les mères sont moralement contraintes à allaiter et le succès de l'allaitement, témoin de leur engagement dans une "bonne" maternité, occupe une place essentielle dans la construction de l'identité maternelle. La mise en place de l'allaitement, accompagnée par les professionnel·le·s, devient dès lors un enjeu central du post-partum immédiat et marque la transition vers la maternité. Sous la guidance des professionnel·le·s, les mères s’engagent dans le travail corporel et émotionnel requis par l’allaitement pour « se faire un corps » maternel. Dans ce contexte, l’allaitement « fait » ou « défait » littéralement la mère.
Bien qu'identifié par la recherche socio-anthropologique comme un phénomène biologique culturellement construit, l’allaitement est aussi une expérience corporelle et une « technique du corps », au sens où l’entend Marcel Mauss, nécessitant un processus d’apprentissage. Dans les sociétés néolibérales, étayées par des valeurs individualistes, l'allaitement - à plus forte raison l'allaitement "long" - pose problème en ceci qu'il brouille les frontières corporelles et sociales entre l'enfant et sa mère. Or l'enveloppe corporelle agit comme un séparateur entre les individus : pour qu'il y ait individu, il faut respecter les frontières du corps. L'allaitement - qui implique qu'un fluide corporel passe d'un corps à un autre - transgresse cet ordre. Il se situe ainsi dans la continuité de la grossesse et agirait comme un rappel de l' « incorporation » du corps de l'enfant à celui de sa mère qui a opéré pendant la grossesse. Défiant l'idéal néolibéral d'individu autonome, il incarnerait dans cette perspective « une forme alternative et radicale de subjectivité incorporée ».
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Deborah Lupton propose la notion d'intercorporéité pour comprendre la manière dont les mères « pensent et ressentent le corps de leurs enfants ». L'intercorporéité implique que des corps « apparemment autonomes et individualisés sont en fait expérimentés à un niveau phénoménologique comme entremêlés ». Par la proximité et l'intimité qu'il nécessite, l'allaitement peut être vu comme un acte d' "extrême" intercorporéité : une partie du corps de la mère - mamelon et lait en lui-même - est inséré dans la bouche de l'enfant pendant de longues périodes, de façon à ce que leurs corps fusionnent « d’une manière autant littérale que métaphorique ». D'une part, comme c'était le cas in utero, le corps de l’enfant se développe littéralement à partir de celui de la mère. D'autre part, les mères peuvent ressentir cette fusion à un niveau émotionnel : allaiter, ce serait en quelque sorte accepter de continuer à "partager" son corps pendant plusieurs mois, voire plusieurs années après l'accouchement.
Dans le contexte culturel euro-américain, les seins sont perçus à la fois comme des pourvoyeurs de lait et comme des objets sexuels, cette deuxième dimension étant clairement prépondérante. Dans cette perspective et selon une vision hétéronormée, les seins sont d'abord liés à la sexualité et doivent rester l’apanage du partenaire. Les mères sont ainsi confrontées à une contradiction de l'allaitement : il faut allaiter, mais également rester sexuellement disponible pour son partenaire. Or un "bon corps maternel", soit un corps allaitant, ne peut pas être simultanément un corps sexuel, les "fonctions" sexuelles et maternelles étant pensées comme indépendantes. Étant donné la préférence culturelle pour les seins "sexuels" plutôt que pour les seins "nutritifs", les femmes qui allaitent enfreignent à la fois les limites du bon corps maternel et la norme du corps féminin comme objet (hétéro)sexuel.
Debra Gimlin utilise le terme « travail corporel » en référence « au travail que des individus entreprennent sur leur propre corps et au travail rémunéré performé sur le corps d’autrui ». Cindy Stearns propose d'appliquer cette notion à l'allaitement, qui implique les deux dimensions nommées ci-dessus : il s'agit à la fois d'un travail que les mères entreprennent sur leur propre corps et d'un travail - non rémunéré - performé sur le corps de leur enfant. Mes observations de terrain révèlent que l'identité maternelle se construit à travers l'accomplissement de ce travail corporel. Après la grossesse et l'accouchement, l'allaitement agit comme une ultime transformation, un accomplissement du corps et de l'identité maternelle. Mais, à la différence de ces processus limités dans le temps et durant lesquels le corps est soumis à des mécanismes se dérobant à son contrôle, pour se mettre en place et se maintenir sur la durée, l'allaitement requiert un travail continu et exigeant - à la fois physiquement et émotionnellement - de la part des mères.
La complexité de la lactation : aspects biologiques et hormonaux
L’allaitement maternel peut sembler simple : une femme porte son enfant à son sein, le bébé s’y accroche et c’est à lui de jouer. Mais, comme les mères le savent, la lactation est en réalité un processus complexe qui peut facilement mal tourner. « Il s’agit d’un arrangement finement réglé de différentes hormones qui se lient à leurs récepteurs très spécifiques et provoquent des réactions très précises. » Tout ce qui interfère avec ces réactions « interrompt la lactation, parfois en l’espace de quelques heures. » Les seins n’atteignent leur pleine maturité qu’au cours de la grossesse, qui inonde le corps d’un cocktail d’hormones incitant la mécanique de production de lait à se mettre en place.
Les glandes mammaires sont composées de canaux lactifères et d'alvéoles. Les cellules à l’intérieur des alvéoles produisent du lait, et les cellules musculaires entourant ces structures se contractent, poussant le lait dans les canaux. À la naissance du bébé, le retrait du placenta déclenche une chute soudaine de la progestérone, qui déclenche la production de lait. Une autre séquence complexe d’événements est nécessaire pour libérer le lait. Lorsque le bébé tète, il active des impulsions nerveuses sensorielles dans le corps de la mère qui libèrent la prolactine et l’ocytocine. Ces hormones encouragent ensuite les cellules de la glande mammaire à produire du lait.
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Les défis de l'allaitement : obstacles et solutions
En France, deux nouveau-nés sur trois sont allaités à la naissance. Six mois plus tard, seuls 22,8 % des bébés français sont encore allaités. Beaucoup de mères, dès la fin de leur congé maternité, commencent à compléter l’alimentation de leur enfant avec du lait maternisé. En dépit du fait que ce sujet concerne une grande majorité de femmes, peu de recherches ont été menées sur la façon dont la lactation peut mal se passer et le soutien institutionnel pour les femmes qui essaient d’allaiter est tout aussi minime. Ces dernières années, la recherche a commencé à prendre de l’ampleur, les scientifiques étudiant des facteurs tels que la génétique, les expositions environnementales et le régime alimentaire des jeunes mères, dans l’espoir de trouver des réponses pour les générations futures.
Il existe plusieurs pièges qui peuvent empêcher de produire suffisamment de lait. Parfois, on attend juste trop longtemps avant de mettre le nouveau-né au sein, ou alors on lui donne du lait maternisé au biberon dès les premiers jours de vie. C’est une période très critique pour la mise en place de la lactation. Les experts recommandent d’allaiter dans l’heure qui suit la naissance afin de lancer le processus de signalisation hormonale. Proposer du lait maternisé prive également le nouveau-né de colostrum : la première forme de lait maternel que l’organisme produit pendant deux à quatre jours après la naissance, qui regorge de nutriments, d’anticorps et d’antioxydants vitaux.
De nombreuses femmes peuvent surmonter leurs problèmes d’approvisionnement en lait avec du soutien et des informations. La plupart des nouveaux parents ne reçoivent qu’une formation de base sur l’allaitement, et ils ne sont pas les seuls. La plupart des écoles de médecine elles-mêmes offrent peu de formation sur la science de la lactation. Si les parents et les médecins étaient mieux informés, ils seraient plus à l’aise. D’une part, ils s’inquiéteraient peut-être moins d’une faible production de lait s’ils comprenaient que la quantité de lait produite varie en fonction du stade de développement du bébé, et que parfois le bébé n’a pas besoin d’une grosse quantité. Et si de nombreux parents donnent du lait maternisé lorsque la quantité de lait semble faible, cela peut se retourner contre eux et faire chuter davantage la production de lait.
Si vous souhaitez allaiter, « il faut que vous mettiez votre enfant au sein chaque fois qu'il a faim pour que votre corps sache qu’il doit produire du lait. » « Il faut parfois des semaines pour constituer vos réserves. Ce n’est pas comme un interrupteur que l’on peut allumer et éteindre. » Parfois, le problème peut aussi venir du bébé. Des problèmes tels que l’ankyloglossie, lorsque le bout de la langue est attaché au fond de la bouche en raison d’une petite anomalie, peuvent empêcher le bébé de stimuler correctement le mamelon. Les nouveaux parents ne devraient pas se retrouver seuls face à tous ces problèmes potentiels et devraient avoir accès à des consultantes en lactation, qui peuvent les aider à trouver des solutions.
Facteurs biologiques influençant la lactation
Plusieurs conditions médicales peuvent interférer avec la lactation. Par exemple, la chirurgie mammaire, qu’il s’agisse d’une mastectomie, d’un agrandissement ou d’une réduction, peut détruire l’architecture de la glande mammaire. Un autre problème de santé rare entraîne un développement insuffisant du tissu mammaire chez certaines femmes pendant la puberté. Les problèmes de thyroïde, le diabète et le syndrome des ovaires polykystiques peuvent aussi tous avoir un impact sur les niveaux d’hormones et perturber l’interaction délicate qui est nécessaire à la production de lait. Enfin, le stress chronique priverait également l’organisme de l’énergie dont il a besoin pour produire du lait.
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D’autres facteurs biologiques peuvent aussi affecter la production de lait d’une femme. L’alimentation est le facteur le mieux connu par les chercheurs. L’obésité et la malnutrition affectent toutes les deux les niveaux d’hormones du corps et, selon Parul Christian, le régime alimentaire d’une mère peut avoir une influence sur le profil lipidique et vitaminique de son lait. C’est pourquoi de nombreuses femmes qui allaitent prennent des compléments alimentaires et sont encouragées à suivre un régime sain, et à éviter les déficits caloriques soudains. La communauté scientifique s’intéresse de plus en plus au rôle que les antioxydants pourraient également jouer dans la réduction du stress oxydatif, un état dans lequel des électrons indésirables dans l’organisme « commencent à attaquer différentes parties de la cellule ». Si ces électrons tuent les cellules de la glande mammaire, ils peuvent rétrécir les alvéoles et les ramener à un état antérieur à la grossesse. Les antioxydants comme le fenugrec, un ingrédient courant dans les suppléments de lactation, aideraient à stabiliser ces électrons.
Lorsqu’il s’agit de comprendre l’impact de la génétique sur la lactation, les études sur les humains sont très rares et irrégulières. Les recherches se sont concentrées sur la manière dont les mutations génétiques affectent le transport du zinc dans la glande mammaire. Ce minéral est fortement concentré dans le colostrum. Une autre étude récente a montré qu’une variation dans un gène produisant la protéine lactadhérine était associée à un faible volume de lait.
Une vie entière d’expositions environnementales à des produits chimiques, des microplastiques et d’autres substances nocives pourrait avoir un impact sur la quantité et la qualité du lait produit par les humains. Par le passé, il a été difficile pour les chercheurs d’obtenir des fonds pour étudier les facteurs biologiques qui affectent l’allaitement. Cela est notamment dû à la discrimination sexuelle que l’on retrouve dans d’autres secteurs de la santé mais, selon Kelleher, résoudre les problèmes liés à l’allaitement n’est pas une priorité pour les personnes en charge des financements qui considèrent le lait maternisé comme une solution de secours adéquate.
Les bienfaits du lait maternel : composition et propriétés
L’OMS recommande un allaitement exclusif pour les 6 premiers mois de vie de bébé afin de lui assurer une croissance, un développement et une santé optimale. Le lait maternel évolue dans le temps, au cours de l’allaitement et même au cours de la tétée, selon les besoins nutritionnels de l’enfant. Voici tous les composants retrouvés dans le lait maternel :
- Une multitude de cellules vivantes qui renforcent son système immunitaire, favorisent le développement et la guérison, si besoin, des organes.
- Plus de 1 000 protéines et acides aminés qui vont aider votre bébé à grandir et à se développer. Ces protéines permettent en particulier d’activer son système immunitaire, de développer et de protéger les cellules de son cerveau en pleine construction.
- Plus de 40 enzymes favorisant la digestion et le développement du système immunitaire de bébé.
- Des anticorps qui protègent votre bébé contre les maladies et les infections en neutralisant les bactéries et les virus.
- Plus de 200 sucres complexes qui alimentent les « bonnes bactéries » de sa flore intestinale et qui empêchent également les infections. Le plus connu et le principal de ces sucres est le lactose, qui est celui qui est le mieux assimilé par le nouveau-né.
- Des facteurs de croissance qui permettent à votre petit bout d’chou de se développer en bonne santé.
- De nombreuses hormones qui garantissent le bon fonctionnement des tissus et des organes.
Les tout premiers jours de bébé, le lait maternel est appelé colostrum. Connu aussi sous le nom d’« or liquide », il va non seulement nourrir mais aussi protéger le bébé, tout en étant adapté à ses capacités de digestion. C’est un véritable boost immunitaire pour votre enfant. Il agit comme une sorte de vaccin. De plus, il a un rôle très important pour le système digestif car il sert de laxatif pour éliminer les premières selles de bébé (méconium). Pendant les semaines suivantes, la quantité de lait change au fil des jours et sa composition se charge en matières grasses afin d’aider à la bonne croissance de votre bout d’chou. C’est aux alentours de J15-J20 que le lait maternel atteint sa maturité et contient tous les composants permettant à votre enfant de grandir en bonne santé : protéines, sucres, vitamines, minéraux, hormones, facteurs de croissance, enzymes et cellules vivantes. La nature des micronutriments qu’il contient va continuer à évoluer.
Le lait maternel est un vrai « alicament ». En effet il possède plusieurs propriétés. La première est de renforcer les défenses immunitaires de bébé. Les enfants allaités semblent moins sensibles aux différentes maladies bénignes de la petite enfance, notamment l’otite. L’action d’allaiter contribue de plus au bien-être psychologique de bébé.
Allaitement et bien-être maternel : le rôle des hormones
L’ocytocine est une hormone naturellement synthétisée par notre organisme. Elle intervient dans le cadre de la régulation de nos émotions. Une de ses premières fonctions est notamment d’accélérer le déclenchement de l’accouchement. Ensuite, un pic d’ocytocine favoriserait l’instinct maternel, chez la mère, pour son nouveau-né et stimulerait l’amour qu’elle lui apporte dès les premiers instants. Dans les jours qui suivent l’accouchement, l’ocytocine va permettre à l’utérus de retrouver sa taille initiale, ce qui explique les contractions utérines ressenties par certaines mamans au début de l’allaitement. Enfin, concernant l’allaitement, cette hormone provoque une contraction des cellules qui entourent les alvéoles qui contiennent du lait et enclenchent alors son éjection.
Une étude met en évidence que le lait maternel joue un rôle important sur le sommeil de bébé ! En effet, il existe une version jour et une version nuit du lait. Sa composition est donc différente selon l’heure de la journée. Le matin, le lait contient du cortisol qui aura l’effet d’une tasse de café sur votre bébé, lui apportant une dose d’énergie importante.
L’allaitement a également des vertus sur le sommeil et la récupération de la maman. La prolactine accélère le passage en sommeil lent (sommeil récupérateur). Durant l’allaitement, la mère bénéficie ainsi de 30% de sommeil lent en plus que chez une femme non allaitante ou non enceinte. Les femmes qui allaitent ont 2 fois plus de sommeil lent que les femmes qui n’allaitent pas. L’ocytocine permet de favoriser un climat de détente et d’apaisement particulièrement propice au repos et à la somnolence. Au moment de la tétée sont également libérées des beta-endorphines et de la dopamine. Ce sont des hormones associées au sentiment de plaisir et la dopamine permet également de préparer le réveil. Autrement dit, durant l’allaitement, les mères ont un sommeil plus profond et récupérateur mais également plus de facilité à se réveiller afin de répondre aux besoins du bébé.
L'allaitement induit : une option pour les mères adoptives
Les mamans qui adoptent un bébé expriment parfois le désir de l’allaiter. Démarrer un allaitement en dehors d'une grossesse, on l’imagine, n'est pas une entreprise aisée. Le projet n’est d’ailleurs pas couronné de succès à tous les coups. Pourtant, certaines réussissent. Parmi les motivations qui poussent les mères à allaiter un enfant qu'elles vont adopter, on retrouve bien sûr la volonté de le « nourrir » avec un lait dont les effets bénéfiques ne sont plus à démontrer. Il ressort également très souvent des études que les mamans souhaitent développer une solide interaction avec le bébé qu'elles n'ont pu porter : l'allaitement procure un contact physique soutenu avec l'enfant et contribue aussi à développer le lien d'attachement mère-enfant.
Peu de travaux ont été publiés sur ce sujet mais il semble que l'allaitement exclusif soit plus difficile à atteindre : produire du lait en quantité significative est par contre très souvent possible et c'est déjà une belle réussite pour les mamans. Une étude américaine expose l'expérience d'une femme de 33 ans qui a déjà mené une grossesse (mais pas à terme), et qui décide, à la suite de problèmes de stérilité, d'adopter un enfant. Ce sont des jumeaux nouveau-nés qu'elle va alors adopter. Plusieurs mois avant la naissance des jumeaux et après de nombreuses discussions avec des consultantes en lactation, la future mère exprime son désir d’allaiter et de tout mettre en œuvre pour y parvenir. On lui propose alors un programme qui comprend la prise de dompéridone accompagnée d'un traitement hormonal (pendant dix semaines) et la stimulation au tire-lait électrique (double recueil) toutes les trois heures (sur une durée de 20 minutes) dès l'arrêt du traitement hormonal. Elle produit du lait au bout de deux semaines. A la naissance des jumeaux à 34 semaines d’aménorrhée (poids de 1,96 et 1,85 kg), elle parvient à les allaiter alors qu'ils sont accueillis dans une unité de néonatalogie. La prise du sein par les bébés est immédiatement efficace mais en raison de leur faible poids de naissance, on décide de les complémenter. A l'âge de deux mois, les jumeaux sont allaités exclusivement par leur mère adoptive. L'étude d'une équipe espagnole date de 2017 et présente le cas d'une jeune femme de 37 ans qui devient stérile à la suite d'une fausse-couche survenue à 22 SA.
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