Introduction

Au sein de l'École Nationale Vétérinaire d'Alfort (EnvA), les étudiants de 4e année réalisent des césariennes pédagogiques sur des brebis. Celles-ci sont pratiquées quelques jours avant le terme, entraînant la naissance d'agneaux prématurés. Le développement fœtal incomplet de ces agneaux nouveau-nés conduit à une mortalité néonatale accrue. Pour atténuer ce problème, un protocole à base de dexaméthasone administrée aux brebis est utilisé pour aider à accélérer le développement fœtal des agneaux. Cependant, le taux de mortalité élevé constaté a incité à une réflexion sur l'optimisation des protocoles et des techniques d'évaluation de la santé néonatale.

Contexte et Problématique

Durant l’année 2017-2018, le taux de mortalité des agneaux nés par césarienne était de 24 % durant les premières 24 heures de vie. Ce taux de mortalité important a motivé une réflexion sur l’utilisation de nouveaux protocoles d’induction des mises bas ainsi que sur les techniques d’évaluation de la santé néonatale des agneaux. Ainsi, lors des césariennes de l’année 2019, le protocole à base de dexaméthasone a été modifié (utilisation de faibles doses) et un monitoring des agneaux a été mis en place.

Protocole à Base de Dexaméthasone et Monitoring des Agneaux

La dexaméthasone est un corticostéroïde synthétique qui peut accélérer la maturation pulmonaire fœtale, un facteur essentiel pour la survie des agneaux prématurés. L'étude a porté sur la modification du protocole de dexaméthasone (utilisation de faibles doses) et la mise en place d'un monitoring des agneaux.

Méthodologie de l'Étude

Cette étude a été réalisée sur trente agneaux nés suite à vingt césariennes (dix brebis ont eu des jumeaux). Les brebis, de races Romane et Ile-de-France, provenaient de deux centres INRA. Chaque agneau a été suivi par un évaluateur qui a réalisé un examen clinique permettant d’établir un score APGAR à 5 minutes et 60 minutes de vie. Une prise de sang a également été effectué afin d’évaluer les paramètres sanguins des agneaux.

L'évaluation de la santé néonatale des agneaux s'est appuyée sur plusieurs paramètres :

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  • Score APGAR : Évalué à 5 et 60 minutes de vie, le score APGAR permet d'évaluer rapidement l'état général du nouveau-né. Il prend en compte plusieurs critères tels que la fréquence cardiaque, la respiration, le tonus musculaire, la réactivité aux stimuli et la couleur de la peau.
  • Analyse des gaz sanguins : La mesure des gaz sanguins (pH, pCO2, bicarbonates) fournit des informations précieuses sur l'oxygénation et l'équilibre acido-basique de l'agneau.
  • Température corporelle: La température corporelle est un indicateur important de la capacité de l'agneau à s'adapter à son environnement.

Résultats et Observations

Le taux de mortalité des agneaux nés entre 136 et 143 jours de gestation a été de 21 % (7 morts sur 33 agneaux) en 2017-2018 et de 0 % (aucun mort sur 8 agneaux) en 2019.

La proportion d’agneaux avec un score APGAR élevé (au moins 9) tendait à être plus faible à T5 pour les agneaux les plus prématurés (de moins de 143 jours) que pour les agneaux d’au moins 143 jours (p = 0,07). Les agneaux nés avant 143 jours ont tendance à avoir un pH plus faible que ceux nés après 143 jours (p=0,07). La valeur du score APGAR n’était pas influencée par la durée de manipulation de l’utérus, le poids des agneaux, le nombre d’agneaux in utero, l’expulsion de méconium in utero, la pCO2 ou la concentration sanguine en bicarbonates.

Ces résultats suggèrent que la modification du protocole à base de dexaméthasone, combinée au monitoring des agneaux, a eu un impact positif sur la survie des agneaux prématurés.

Analyse et Interprétation

L'étude met en évidence plusieurs points importants :

  • Impact du protocole de dexaméthasone : La modification du protocole à base de dexaméthasone (utilisation de faibles doses) semble avoir contribué à la réduction de la mortalité néonatale. Cependant, il n’est pas possible d’exclure que des facteurs autres que la modification du protocole à base de dexaméthasone puissent expliquer la différence de taux de mortalité entre les deux périodes.
  • Importance de l'évaluation néonatale : Le score APGAR, combiné à la température corporelle et à l'analyse des gaz sanguins, est un outil précieux pour identifier les agneaux en difficulté et mettre en place des mesures de réanimation adaptées. Le score APGAR seul ne permet pas d’identifier tous les agneaux en difficultés, il doit être associé à la température corporelle des agneaux et à l’analyse des gaz sanguins.
  • Facteurs de risque : La prématurité (moins de 143 jours de gestation) semble être un facteur de risque de score APGAR plus faible et de pH sanguin plus bas.

Perspectives et Recommandations

De par les résultats encourageants qui ont été obtenus, le nouveau protocole de préparation des mises bas sera maintenu pour les années à venir. Cela permettra d’évaluer si la diminution du taux de mortalité se confirme sur un effectif plus important d’animaux étudiés. L'évaluation de l'intérêt du score APGAR sera également continuée.

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Il est crucial de poursuivre les recherches pour :

  • Confirmer l'efficacité du protocole modifié : Des études complémentaires avec un échantillon plus important d'animaux sont nécessaires pour confirmer l'impact positif du protocole de dexaméthasone sur la survie des agneaux.
  • Optimiser les protocoles d'évaluation néonatale : Il est important d'affiner les critères d'évaluation néonatale et de déterminer les seuils d'intervention pour améliorer la prise en charge des agneaux en difficulté.
  • Identifier les facteurs de risque : Une meilleure compréhension des facteurs de risque de mortalité néonatale permettra de mettre en place des mesures de prévention ciblées.

Anesthésique local : Pronestesic ND

Médicament Melchior Santé animale a organisé en février une série de conférences en ligne, deux mois après la mise sur le marché de Pronestesic ND, un nouvel anesthésique local à longue durée d'action à base de procaïne et d'adrénaline. Ce fut l'occasion de partager avec un confrère praticien les premiers retours du terrain concernant l'utilisation de ce produit chez les animaux de rente et le cheval.

A l'occasion de la mise sur le marché de Pronestesic ND, nouvel anesthésique local longue durée, Melchior Santé animale a organisé en février une série de conférences en ligne donnant aux vétérinaires l'occasion de partager l'expérience de notre confrère Jocelyn Amiot, praticien à Epinac (71), qui a essayé ce nouveau produit sur le terrain.

Durée d'action doublée par rapport à celle de la procaïne seule

« Pronestesic ND contient non seulement de la procaïne fortement dosée à 40 mg/ml mais aussi de l'adrénaline à la dose de 0,036 mg/ml », explique notre confrère Franck Dairin, directeur général chez Melchior Santé animale. « Cette catécholamine entraîne localement une vasoconstriction, ce qui diminue non seulement les saignements mais aussi l'absorption systémique du produit. »

La durée d'action de Pronestesic ND est ainsi prolongée, ses effets persistant entre 45 et 90 min. Disponible en flacon de 100 ml, ce nouveau produit dispose d'une AMM* chez les bovins, les ovins, le porc et le cheval. Aucun délai d'attente n'est nécessaire dans ces espèces.

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Pour Franck Dairin, la commercialisation de Pronestesic ND illustre parfaitement la volonté de Melchior Santé animale de répondre aux besoins spécifiques des vétérinaires.

Des tests sur le terrain pour définir les protocoles les plus adaptés aux actes courants

Jocelyn Amiot a utilisé Pronestesic ND dans sa clientèle entre décembre 2022 et janvier 2023. Il partage aujourd'hui son expérience. Pour une anesthésie locale en L inversé, lors d'une césarienne de vache par exemple, notre confrère a utilisé seulement 35 ml de produit, répartis en 5 points d'injection minimum. « Il s'agit d'une quantité plus faible que celle que j'utilise habituellement, quasiment deux fois moins », précise-t-il. Cependant, la dose doit être augmentée dans certains cas. Ainsi, chez les animaux « viandés », dotés d'une très forte paroi musculaire comme les bleus blancs belges, il faut envisager de monter jusqu'à 40 ou 45 ml, sans toutefois dépasser 50 ml.

Dans environ un cas sur deux, les saignements ont paru limités à Jocelyn Amiot et, surtout, ils semblent s'arrêter plus rapidement, ce qui améliore le confort de travail du vétérinaire. Si cette impression semble partagée par d'autres confrères et consoeurs ayant testé Pronestesic ND, de nouveaux essais sont attendus pour quantifier le phénomène. « Dans le cadre d'une césarienne, je suis en tout cas satisfait de la sécurité apportée par le produit, autant la mienne que celle de l'animal », conclut Jocelyn Amiot. « La rapidité d'action de Pronestesic ND assure par ailleurs un gain de temps très appréciable ! »

Une amélioration du bien-être des animaux et de la sécurité du praticien

Pour réaliser une épidurale chez un bovin, une dose de 4 ml de Pronestesic ND suffit largement selon notre confrère, qui recommande toutefois de monter à 5 ml en cas de prolapsus utérin. En effet, cette dose améliore à la fois le bien-être de l'animal et la sécurité du praticien.

Pour intervenir au niveau de C1-C2, Jocelyn Amiot conseille de diluer Pronestesic ND dans 4 ml de sérum physiologique. « C'est une façon simple et rapide d'augmenter le volume total injecté et d'éviter d'éventuels problèmes de migration du produit », explique-t-il.

Des indications aussi chez le veau

Jocelyn Amiot a fait un essai associant procaïne 4 % (0,7 ml pour 10 kg) et xylazine (0,1 ml pour 10 kg) pour traiter une fracture du tibia chez un veau charolais. « Si on descend à 0,5 ml, on peut ajouter du sérum physiologique pour augmenter le volume total », précise-t-il. « Mais attention de ne pas injecter trop rapidement le produit, en raison des risques de migration antérieure et d'atteinte des muscles respiratoires. »

Une diminution des saignements au cours des premières observations

En ce qui concerne l'écornage des bovins, Jocelyn Amiot a fait un essai très satisfaisant avec Pronestesic ND à la dose de 7 ml par salière. « Avec 10 ml, le confort de travail du praticien est optimal », précise-t-il. Chez le veau, les doses conseillées pour l'ébourgeonnage vont de 3 à 5 ml.

Pour une anesthésie sous garrot, en cas d'amputation d'un onglon par exemple, certains vétérinaires ayant testé Pronestesic ND rapportent un manque de confort de travail à la dose de 20 ml. Jocelyn Amiot suppose que la vasoconstriction quasi instantanée due à l'adrénaline nuit dans ce cas à la diffusion du produit. Pour sa part, notre confrère ne constate aucun problème à la dose de 30 ou 40 ml. Les premiers résultats semblent également satisfaisants en ce qui concerne l'anesthésie locale podale mais davantage de retours sont nécessaires d'après le conférencier.

Des résultats encourageants chez le cheval

Notre confrère a fait un essai chez le cheval lors d'une castration, à raison de 12 ml de produit injectés dans le cordon testiculaire et de 10 ml dans le scrotum. Il rapporte très peu de saignements lors de l'incision cutanée. « L'utilisation de Pronestesic ND est particulièrement appréciable chez les animaux les moins dociles, car la dose à administrer est plus faible », précise Jocelyn Amiot. « Plusieurs de mes confrères ont par ailleurs trouvé ce produit parfait pour l'âne. »

Un autre essai a été effectué chez le cheval lors de l'extraction d'une tumeur cutanée de type sarcoïde. Des petites doses ont été injectées en périphérie de la masse. L'expérience du conférencier est très positive dans ce cas, en raison notamment de la diminution des saignements. Des études complémentaires sont cependant nécessaires pour évaluer les risques de nécrose cutanée chez le cheval, particulièrement élevés dans cette espèce en raison de la finesse de la peau. Des cas ayant été décrits en Belgique avec des produits analogues, Jocelyn Amiot conseille de rester vigilant.

Et les petits ruminants ?

Pronestesic ND possède une AMM chez les ovins mais pas chez les caprins. Dans ces deux espèces, Jocelyn Amiot suggère de commencer par une dose équivalant à la moitié de celle de lidocaïne utilisée habituellement et d'observer le résultat. Un essai satisfaisant a ainsi été réalisé sur une césarienne de brebis par une consoeur.

Pronestesic ND est commercialisé depuis deux mois en France mais il existe déjà de nombreuses données bibliographiques concernant des produits similaires dans d'autres pays, notamment en Belgique. Les premiers retours du terrain sont globalement positifs, même si d'autres avis sont attendus pour préciser les protocoles à respecter lors des interventions le plus courantes, chez les animaux de rente comme chez le cheval.

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