Chaque année, près de 16 000 cas de grossesses extra-utérines sont dénombrés en France, représentant environ 2 % des grossesses. Cette complication, bien que potentiellement grave, peut être gérée efficacement grâce aux avancées médicales. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble complète de la grossesse extra-utérine, de ses causes et symptômes à son diagnostic et ses traitements, tout en abordant les aspects liés à la fertilité future.
Qu'est-ce qu'une grossesse extra-utérine (GEU) ?
En temps normal, la fécondation de l'ovule a lieu dans une trompe de Fallope, avant que l'embryon ne migre vers l'utérus pour s'implanter dans l'endomètre, la muqueuse qui tapisse l'utérus. Une grossesse extra-utérine (GEU) se produit lorsque l'œuf fécondé s'implante et commence à se développer en dehors de la cavité utérine. Dans 95 % des cas, l'implantation anormale se produit dans une trompe de Fallope, on parle alors de grossesse tubaire. Plus rarement, l'œuf peut s'implanter dans un ovaire, sur le péritoine ou dans la cavité abdominale.
Pourquoi la GEU est-elle une urgence médicale ?
Une grossesse extra-utérine ne peut être menée à terme. Le développement de l'embryon en dehors de l'utérus peut entraîner la rupture de l'organe où il s'est implanté, provoquant une hémorragie interne potentiellement mortelle pour la mère. C'est pourquoi la GEU est considérée comme une urgence médicale nécessitant une intervention rapide. Dans les pays développés, la mortalité liée à une grossesse extra-utérine reste exceptionnelle grâce à l'amélioration des méthodes diagnostiques et à la prise en charge rapide.
Les différentes localisations de la GEU
Bien que la localisation tubaire soit la plus fréquente, d'autres localisations sont possibles, bien que plus rares :
- Grossesse interstitielle ou cornique : L'embryon s'implante dans la zone où l'utérus et la trompe se rencontrent.
- Grossesse myométriale : L'implantation se fait dans le myomètre, la zone musculaire entourant la cavité utérine.
- Grossesse sur cicatrice de césarienne : L'œuf s'implante dans une cicatrice utérine résultant d'une césarienne antérieure.
- Grossesse cervicale : L'implantation a lieu dans le canal cervical.
- Grossesse ovarienne : L'œuf se niche dans l'ovaire.
- Grossesse abdominale : L'implantation se produit dans la cavité abdominale, sur un organe comme le foie ou la rate.
- Grossesse hétérotopique : Il s'agit d'une situation très rare où coexistent une grossesse intra-utérine normale et une grossesse extra-utérine.
Facteurs de risque de grossesse extra-utérine
Plusieurs facteurs peuvent augmenter le risque de GEU :
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- Antécédents de GEU : Une femme ayant déjà eu une GEU a un risque plus élevé d'en développer une autre.
- Infections sexuellement transmissibles (IST) : Les IST, en particulier celles qui entraînent une infection des trompes (salpingite), peuvent endommager les trompes de Fallope et augmenter le risque de GEU.
- Antécédents de chirurgie des trompes : Une chirurgie antérieure des trompes, qu'elle soit réparatrice ou liée à une ligature des trompes, peut augmenter le risque de GEU.
- Procréation médicalement assistée (PMA) : Les traitements de PMA, tels que la fécondation in vitro (FIV) et l'induction de l'ovulation, sont associés à un risque légèrement accru de GEU. L'induction de l'ovulation par des gonadotrophines humaines ou un anti-œstrogène (clomifène) peut altérer le transport ciliaire et multiplier le risque de GEU par 4 ou 5.
- Tabagisme : Le tabagisme féminin est un facteur de risque important de GEU. Une femme qui fume a trois fois plus de risques de faire une GEU qu'une non-fumeuse. La consommation de tabac entraîne une GEU sur 5.
- Âge maternel avancé : Les femmes plus âgées ont un risque légèrement plus élevé de GEU.
- Antécédents d'infertilité : Les femmes ayant des antécédents d'infertilité ont un risque accru de GEU.
- Exposition au Distilbène (DES) : Les femmes dont les mères ont pris du Distilbène (DES) pendant leur grossesse ont un risque accru de GEU.
- Stérilet (dispositif intra-utérin) : Bien que le stérilet soit un moyen de contraception efficace, une grossesse survenant sous stérilet a plus de chances d'être extra-utérine. Le stérilet, en particulier hormonal, baisse également le risque de grossesse en rendant l’utérus moins propice à la nidation.
- Autres facteurs : Des antécédents d'infections pelviennes, de curetages (interruptions volontaires de grossesse ou IVG), et la prise de certains médicaments (benzodiazépines) avant la grossesse ont également été associés à un risque accru de GEU.
Symptômes de la grossesse extra-utérine
La difficulté avec une grossesse extra-utérine est que ses signes peuvent être confondus avec des symptômes courants du cycle menstruel. Cela complique souvent le diagnostic précoce et peut retarder la prise en charge médicale. Les symptômes d'une GEU peuvent varier d'une femme à l'autre. Certaines femmes peuvent ne présenter aucun symptôme au début, tandis que d'autres peuvent ressentir des symptômes légers à sévères. Les symptômes les plus courants comprennent :
- Retard de règles : Comme pour toute grossesse (hors cas de déni de grossesse), une nidation entraîne un retard de règles, même si l’implantation ne se fait pas dans l’endomètre. Ce symptôme peut être caractéristique d’une grossesse extra-utérine.
- Saignements vaginaux anormaux : Des pertes de sang brunâtre (couleur sépia) ou des saignements légers et irréguliers sont fréquents. Ces saignements peuvent être différents des règles habituelles. La grossesse extra-utérine peut être asymptomatique, bien qu’elle provoque généralement des saignements vaginaux au cours des premières semaines de grossesse. De telle sorte que cela peut aller de saignements abondants à des saignements très légers.
- Douleurs abdominales : La douleur est généralement unilatérale et localisée dans le bas-ventre, d'abord sourde puis plus intense. Elle peut être constante ou intermittente, et peut varier en intensité. La douleur abdominale qui l’accompagne n’est pas très pertinente et ne diffère généralement pas de la douleur qui peut être ressentie au cours du premier trimestre d’une grossesse normale.
- Douleurs à l'épaule : Une douleur soudaine et intense à l'épaule peut être un signe de rupture de la trompe de Fallope et d'hémorragie interne.
- Vertiges ou étourdissements : Ces symptômes peuvent être causés par une perte de sang due à une hémorragie interne.
- Malaise ou évanouissement : Dans les cas graves, une hémorragie interne importante peut entraîner un malaise ou un évanouissement.
Il est important de consulter immédiatement un médecin si vous présentez un retard de règles associé à des saignements vaginaux anormaux et/ou des douleurs abdominales, surtout si vous avez des facteurs de risque de GEU.
Diagnostic de la grossesse extra-utérine
Le diagnostic précoce est essentiel pour préserver la santé et la fertilité de la femme. Plusieurs examens sont utilisés pour diagnostiquer une GEU :
- Test de grossesse : Un test de grossesse positif confirme la présence de l'hormone HCG (hormone chorionique gonadotrope), produite pendant la grossesse.
- Dosage de l'HCG : La mesure du taux HCG dans le sang est une étape essentielle pour diagnostiquer une grossesse extra-utérine (GEU). En cas de GEU, l’évolution du taux HCG peut être inhabituelle : son augmentation est plus lente qu’en cas de grossesse intra-utérine normale. Le taux de bêta-HCG qui correspond à une grossesse débutante en évolution est supérieur à 10 mUI /ml et double tous les deux jours. Pour une grossesse normale de 5 semaines d’aménorrhée le taux est égal ou supérieur à 3000 UI/ml. La cinétique des béta-HCG peut avoir un intérêt diagnostique mais peut également mimer la cinétique d’une grossesse intra-utérine (doublement du taux toutes les 48 heures). La confrontation entre la cinétique des béta-HCG et de l’échographie est primordiale. Il est établi, par les données de la littérature que la valeur de béta-hCG la plus faible au-delà de laquelle un sac endo-utérin peut toujours être visualisé en échographie endo-vaginale est de 1 500 UI/L. Au-dessus de ce seuil, le diagnostic de GEU est porté s’il n’y a pas de sac gestationnel visible dans l’utérus.
- Échographie : L'examen échographique réalisé au niveau vaginal est le premier outil de détection. Cet examen permet de localiser l’implantation de l’embryon. En revanche, si le taux HCG est positif, mais qu’aucun sac gestationnel n’est visible dans l’utérus, le médecin suspectera une GEU. L’échographie endo-vaginale doit toujours être réalisée en première intention. Elle permet de localiser une grossesse précoce dans 90% des cas et une GEU dans 74% des cas. La GEU apparait comme une masse annexielle anormale située près de l’ovaire. Le signe indirect est la vacuité utérine. L’épanchement péritonéal témoigne du saignement lié soit à l’avortement tubo-abdominal, soit à la rupture tubaire. La sensibilité de l’échographie varie de 20% à 84%. Sa spécificité varie de 98,9% à 100% selon les signes. L’intérêt est évident si les béta-hCG sont supérieurs au seuil de discrimination. Une visualisation directe de l’image intra-tubaire rend ainsi possible un diagnostic échographique précoce des GEU.
- Laparoscopie : En plus des examens “classiques”, une laparoscopie permet d’observer directement une GEU et d’évaluer l’état des structures concernées, notamment les trompes de Fallope.
- Autres examens : La progestérone est stable durant les premières semaines d’une grossesse évolutive. La créatine-kinase est le marqueur de l’invasion tubaire par le trophoblaste.
Traitement de la grossesse extra-utérine
Le traitement d'une GEU vise à interrompre la grossesse et à éliminer l'œuf implanté en dehors de l'utérus. Il existe deux options principales de traitement :
- Traitement médical : Le traitement médical repose sur l'utilisation du méthotrexate, un médicament qui arrête la croissance des cellules trophoblastiques (les cellules qui forment le placenta). Cette technique a l’avantage de ne comporter aucun danger pour la trompe. Parmi les agents cytotoxiques, la molécule la plus fréquemment utilisée est le Méthotrexate®, essentiellement en injection intramusculaire. La posologie est de l’ordre de 1 mg/kg ou 50 mg/m2. Le taux de succès est compris entre 90 et 94 %. La surveillance nécessite des dosages des bêta-HCG plasmatiques au deuxième, cinquième et dixième jour, puis tous les 7 à 10 jours jusqu’au retour à la normale du taux des bêta-HCG. Ce traitement est privilégié en cas de grossesse extra-utérine peu actives en raison d’une part de la préférence des patientes mais aussi des risques moindres notamment de par l’absence d’anesthésie et de chirurgie. Cependant, étant donné l’absence de différence pour la fertilité ultérieure, le traitement chirurgical doit être proposé en première intention aux femmes dont on craint qu’elles ne soient pas observantes (la surveillance après traitement médical pouvant être prolongée pendant plusieurs semaines).
- Traitement chirurgical : L’opération chirurgicale, réalisée le plus souvent par cœlioscopie, vise autant que possible à n’enlever que le " produit " de la grossesse en conservant la trompe pour éviter des problèmes de stérilité ultérieurs. Mais la conservation n’est pas toujours possible et il faut alors procéder à l’ablation de la trompe (salpingectomie). Cette opération d’une grossesse extra-utérine est indiquée lorsque le traitement médicamenteux au méthotrexate est contre-indiqué ou inefficace. En cas de grossesse extra-utérine avancée ou de rupture de la trompe de Fallope, une salpingectomie (ablation complète de la trompe) peut être nécessaire. Si la trompe est en bon état, le chirurgien fait une simple incision dans la trompe pour aspirer l’œuf et le sang. Si la trompe est endommagée ou qu’elle s’est rompue, il faut malheureusement l’enlever. Lors de l’opération, les médecins doivent regarder l’état de la deuxième trompe. Le traitement cœlioscopique conservateur nécessite, au 2ième jour, une surveillance du taux des bêta-HCG car il existe un taux d’échec d’environ 5 à 10 %.
Le choix du traitement dépend de plusieurs facteurs, notamment la taille et la localisation de la GEU, l'état de santé de la femme et son désir de grossesse future.
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Impact de la GEU sur la fertilité
Grâce aux avancées médicales, une grossesse extra-utérine (GEU) ne signifie pas nécessairement une infertilité. Cependant, la GEU et son traitement peuvent avoir un impact sur la fertilité :
- Salpingectomie : Si une trompe de Fallope a été retirée (salpingectomie) ou endommagée, la fertilité peut être réduite, mais l’autre trompe peut permettre une conception naturelle. Le taux de fertilité est abaissé à 45 % en cas de salpingectomie.
- Traitement médical : Le traitement médical par méthotrexate n'a généralement pas d'impact négatif sur la fertilité future.
- Risque de récidive : Après une GEU, le risque de récidive est plus élevé, passant de 2.5 à 11% environ. En cas d’antécédent de GEU, il faut donc être vigilante. L’état antérieur et l’antécédent de GEU sont des facteurs contributifs de la récidive contro-latérale de celle-ci.
Il est important de discuter avec votre médecin des options de traitement et de leur impact potentiel sur votre fertilité future.
Prévention de la grossesse extra-utérine
Il n’est pas possible d’éliminer totalement le risque de grossesse extra-utérine (GEU), mais certains moyens de contraception peuvent le réduire. Le stérilet, en particulier hormonal, baisse également le risque de grossesse en rendant l’utérus moins propice à la nidation. Bien qu'il n'existe pas de moyens infaillibles de prévenir la GEU, certaines mesures peuvent aider à réduire le risque :
- Prévention des IST : La prévention et le traitement des IST peuvent aider à prévenir les infections des trompes de Fallope et à réduire le risque de GEU.
- Arrêt du tabac : Le tabagisme est un facteur de risque important de GEU. Arrêter de fumer peut aider à réduire le risque.
- Consultation médicale précoce : En cas de suspicion de grossesse, il est important de consulter rapidement un médecin pour un suivi approprié.
Importance de la communication entre professionnels de santé et patients
Un cas rapporté dans une expertise judiciaire illustre l'importance cruciale de la communication entre les professionnels de santé et les patients pour un diagnostic précoce et une prise en charge adéquate de la GEU. Dans ce cas, un retard de diagnostic a été attribué à un manque de communication entre le médecin généraliste, le radiologue et la patiente, ainsi qu'à une interprétation erronée des résultats des examens. Cet exemple souligne la nécessité pour les professionnels de santé de confronter les résultats des examens (dosage de l'HCG et échographie), de communiquer clairement avec les patients et de s'assurer de leur compliance au suivi médical.
Grossesse de localisation inconnue (PUL)
Lorsqu'un test de grossesse est positif mais qu'aucune grossesse (intra-utérine ou extra-utérine) n'est visible à l'échographie, on parle de grossesse de localisation inconnue (PUL, pour pregnancy of unknown location). Dans ce cas, une surveillance étroite du taux d'HCG est nécessaire. Si le taux d'HCG ne double pas toutes les 48 heures, une GEU doit être suspectée et des examens complémentaires doivent être réalisés.
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