La mortalité maternelle, définie par l’Organisation mondiale de la santé comme un décès survenu au cours de la grossesse ou bien dans les 42 jours suivants, pour une cause liée ou aggravée par cette grossesse ou sa prise en charge, demeure un indicateur clé de la santé maternelle et de la performance des systèmes de soins maternels, même dans les pays riches, où elle est devenue rare. Les comparaisons entre pays peuvent mettre en lumière des profils communs ou des singularités, et alors révéler des mécanismes causaux et des pistes d'amélioration possibles. Cet article vise à explorer les disparités et les tendances en matière de mortalité maternelle à travers le monde, en se basant sur des statistiques récentes et des études comparatives.
Tendances Mondiales de la Mortalité Maternelle
S’il faut se réjouir que la mortalité maternelle ait été réduite d’un tiers en 20 ans, la situation reste aujourd’hui préoccupante. Un rapport de l'ONU publié le 23 février dernier dresse un constat alarmant : qui aurait en effet imaginé qu’en 2023, une femme décéderait toutes les deux minutes dans le monde de complications liées à la grossesse ou à l’accouchement ? Certes, des progrès considérables ont été engagés depuis les années 2000, mais ils ont marqué le pas depuis 2015.
Dans le monde, 287 000 femmes sont mortes pendant leur grossesse, au moment de l’accouchement ou dans les quarante-deux jours suivant l’interruption de grossesse en 2020, selon les derniers chiffres de l’ONU. Ces données indiquent un recul majeur pour la santé maternelle : les décès maternels ont augmenté ou stagné dans presque l’ensemble des régions du monde. Au-delà de ces terribles décès, il y a d’autres manques en termes de santé maternelle et reproductive : environ un tiers des femmes ne bénéficient pas de la moitié des contrôles prénatals recommandés ou ne reçoivent pas les soins postnatals essentiels. Aussi, dans beaucoup de pays, on dépossède les femmes de leur liberté de choix concernant leur propre santé et leur corps.
L’Organisation mondiale de la santé estime que près d’un demi-million de femmes meurent chaque année dans le monde en raison d’une grossesse ou d’un accouchement. Plus de la moitié de ces décès surviennent en Afrique (53 % en 1995), les autres ayant lieu surtout en Asie (42 %) et, secondairement, en Amérique latine (4 %). Moins de 1 % des décès maternels se produisent en Europe ou en Amérique du Nord.
Pour neutraliser les variations liées aux effectifs des populations ou aux taux de natalité, on calcule habituellement le nombre de décès maternels pour cent mille naissances vivantes, appelé taux de mortalité maternelle. Cette mesure permet de mieux apprécier les variations du risque de décès lié à la maternité d’une région ou d’un pays à l’autre.
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Disparités Nationales et Régionales
Les chiffres mondiaux cachent de grandes disparités nationales en matière d’accès aux soins de santé. Les décès maternels sont largement concentrés dans les régions les plus pauvres du monde et dans les pays touchés par des conflits. Par exemple, environ 70 % de l’ensemble des décès maternels ont été enregistrés en Afrique subsaharienne. Cependant, même certains pays riches ne sont pas épargnés par l’augmentation des taux de mortalité maternelle.
Une étude descriptive comparative a été menée à partir des données de huit pays européens dotés de dispositifs renforcés pour identifier, documenter et examiner les décès maternels (Danemark, Finlande, France, Italie, Pays-Bas, Norvège, Slovaquie et Royaume-Uni). Les ratios de mortalité maternelle (RMM), jusqu'à 42 jours après la fin de la grossesse et définis comme le nombre de décès maternels pour 100 000 naissances vivantes au cours d'une période donnée, ont été calculés puis comparés à ceux obtenus avec les statistiques officielles de mortalité.
Les RMM, jusqu'à 42 jours après la fin de la grossesse, variaient d'un facteur 4, allant de 2,7 en Norvège et 3,4 au Danemark à 9,6 au Royaume-Uni et 10,9 en Slovaquie pour 100 000 naissances vivantes. Les statistiques officielles de mortalité sous-estimaient la mortalité maternelle de 36% ou plus partout sauf au Danemark.
Certaines régions du globe restent concernées par des hausses inquiétantes (Europe, Amérique du Nord, Amérique Latine, Caraïbes, Venezuela, Chypre, Grèce, États-Unis). C’est malheureusement l’Afrique subsaharienne qui en pâtit le plus.
Aux États-Unis, le taux de mortalité maternelle a encore augmenté en 2020 pour atteindre un plus haut depuis un demi-siècle, selon des données publiées ce mercredi 23 février, qui montrent en outre que les femmes noires ont trois fois plus de risque de mourir que les femmes blanches. Au total, 861 femmes sont ainsi décédées aux États-Unis en 2020. Le taux de mortalité maternelle s’est par conséquent élevé à 23,8 décès pour 100.000 naissances, selon un rapport du National center for health statistics publié mercredi. Il s’agit du pire taux parmi les pays industrialisés. Le Canada enregistre par exemple un taux de mortalité maternelle de 7,5 décès pour 100.000 naissances, selon les statistiques de l’OCDE pour la même année. En 2020, le taux de mortalité maternelle était ainsi de 55,3 pour 100.000 naissances parmi les femmes noires, contre 19,1 chez les femmes blanches.
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Causes Principales et Facteurs de Risque
Trop de femmes meurent de causes évitables, c’est-à-dire de symptômes qui auraient pu être traités si elles avaient eu accès à des soins de santé de qualité. Parmi ces causes, on note les hémorragies graves, l’hypertension artérielle, les infections liées à la grossesse, les complications des avortements à risque et les affections sous-jacentes susceptibles d’être aggravées par la grossesse (comme le VIH/sida et le paludisme). Si on cherche les raisons profondes des décès maternels, il faut donc se pencher sur le manque d’accès aux services de santé et aux médicaments et l’absence de service de protection sociale pour les populations les plus fragiles.
Les RMM par âge étaient plus élevés pour les mères les plus jeunes et les plus âgées (Risques relatifs (RR) poolés : 2,17, avec un intervalle de confiance à 95%, IC95%: [1,38-3,43] pour les femmes âgées de plus de 20 ans, 2,10 [1,54-2,86] pour celles âgées de 35 à 39 ans, et 3,95 [3,01-5,19] pour celles âgées de 40 ans et plus, par rapport aux femmes âgées de 20 à 29 ans). Excepté en Norvège, les RMM étaient généralement plus élevés chez les femmes nées à l'étranger ou d'origine ethnique minoritaire, définies différemment selon les pays. Les maladies cardiovasculaires étaient une des principales causes de mortalité dans tous les pays.
La situation aux États-Unis s’empirait depuis plusieurs années. Le taux était de 20,1 décès pour 100.000 naissances en 2019, et de 17,4 en 2018. Pour ce qui est de 2020, “le Covid-19 a probablement contribué”, a dit à l’AFP Donna Hoyert, qui a participé au rapport. Mais cette maladie n’était pas mentionnée dans 88% des cas, et n’est donc responsable que d’une partie du tableau général, a-t-elle souligné.
Importance d'Investir dans la Santé des Femmes
Tout d’abord, pour sauver des vies et améliorer la santé des femmes et des filles. Donner accès à la santé pour les femmes, c’est aussi faire progresser leurs droits. Quand les femmes ont à leur disposition des services de santé sexuelle et reproductive, elles sont libres de leurs choix et de décider de leur futur. Elles peuvent choisir de poursuivre leurs études, s’impliquer dans leur communauté, participer à l’économie. C’est toute la société qui en profite. Aussi, il ne faut pas oublier que les femmes constituent 70 % du personnel de santé dans le monde.
Solutions et Interventions
La réduction de la mortalité maternelle demeure l’un des défis sanitaires mondiaux les plus urgents. Pour que chaque femme puisse survivre à sa grossesse et que chaque mère voit ses enfants s’épanouir, voici les actions essentielles :
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- Donner accès à des soins adaptés au plus près de chez soi, y compris pour les personnes en situation de précarité. C’est pourquoi l’association CARE soutient les systèmes de santé locaux (financements, formations, fourniture de matériels et médicaments) pour rendre les services de santé accessibles et équitables.
- Soutenir les travailleurs de la santé. CARE forme et collabore avec du personnel de santé afin d’améliorer la qualité des services de santé.
Des dispositifs renforcés d'étude de la mortalité maternelle, comme l'Enquête nationale confidentielle sur la mortalité maternelle en France, sont essentiels pour recueillir des données fiables sur la mortalité maternelle. Parmi les pays européens avec de tels dispositifs, il existe des différences de niveau et de causes de mortalité maternelle jusqu'à 42 jours, non liées à des variations de mesure de la mortalité maternelle. Des analyses approfondies des différences de qualité des soins et des performances des systèmes de santé au niveau national sont nécessaires pour réduire davantage la mortalité maternelle en tirant des enseignements des meilleures pratiques et de l'expérience des autres pays.
Pénurie de Sages-Femmes
Que ce soit en amont de la grossesse, pendant la grossesse ou après l’accouchement, encore trop de femmes ne bénéficient pas des soins indispensables à leur état. Ces chiffres soulignent l’importance de répondre de façon urgente aux besoins de millions de femmes d’avoir accès à des services de santé indispensables pendant leur grossesse et après leur accouchement. Mais comment faire dans un contexte de pénurie mondiale de sages-femmes ? 900 000 manquent toujours à l’appel et à ce rythme, c’est un million de femmes en plus qui verront leur vie menacée d’ici 2030 !
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