Introduction
Le marché des bébés aux États-Unis est en pleine expansion, alimenté par les progrès de la science et l'évolution des normes sociétales. Des pratiques telles que la fécondation in vitro (FIV), la congélation d'ovules, le recours aux mères porteuses et le diagnostic préimplantatoire sont de plus en plus courantes. Cependant, ces avancées soulèvent des questions éthiques complexes, notamment en ce qui concerne la sélection des embryons et la commercialisation de la reproduction.
Heliospect Genomics et la Sélection des Embryons pour un QI Supérieur
La start-up américaine Heliospect Genomics a développé un concept controversé : sélectionner les meilleurs embryons pour garantir un quotient intellectuel (QI) plus élevé aux futurs enfants de ses clients. Cette entreprise propose aux parents ayant recours à la fécondation in vitro (FIV) de tester 100 embryons en utilisant la méthode du dépistage génétique, moyennant 50 000 dollars (environ 46 000 euros). Selon un employé, les parents peuvent ensuite classer les embryons en fonction de leurs caractéristiques, notamment le sexe, la taille, le risque d'obésité et de maladies mentales, ou encore le potentiel intellectuel.
L'objectif affiché est d'avoir un enfant avec un QI plus élevé de six points. Bien que cette technologie soit encore en développement et que l'optimisation de l'intelligence soit difficile à affirmer, le PDG d'Heliospect, Michael Christensen, a assuré que « des bébés sont en route ». Lors d'une conférence téléphonique en novembre 2023, il a évoqué cinq couples ayant suivi le protocole, et selon des vidéos analysées, plus d'une douzaine de couples auraient désormais eu recours à cette méthode.
Avant son lancement public, Heliospect a indiqué que le prix de départ pour les tests serait de 4 000 dollars (3 700 euros) et qu'ils auraient lieu aux États-Unis, où cette pratique est moins réglementée qu'en France.
Les implications éthiques de la sélection des embryons
Cette initiative soulève de nombreux problèmes éthiques. Katie Hasson, du California’s Center for Genetics and Society, déplore que ces technologies « normalisent l’idée de gènes supérieurs et inférieurs » et « renforce la croyance selon laquelle les inégalités proviennent de causes biologiques plutôt que sociales ». La question se pose de savoir si nous voulons vraiment pousser aussi loin les tests génétiques, et si cela ne risque pas de conduire à une société où la valeur d'un individu est déterminée par son potentiel génétique.
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Heliospect Genomics compte parmi ses cadres Jonathan Anomaly, ancien professeur à Duke et Oxford, et fervent défenseur de l’eugénisme libéral, une version plus consentie de l’eugénisme développé historiquement dans le cadre de régimes politiques autoritaires.
Le Marché de la Fertilité aux États-Unis: Un Aperçu
Le cabinet est situé en face du Metropolitan Museum, sur la Ve avenue de New York. Au mur sont accrochées quelques toiles de maître dont un Miró - «un vrai!» précise Majid Fateh. Installé dans le chic Upper East Side depuis une trentaine d'années, cet obstétricien a fait fortune dans un «business» qui n'existe pas en France: celui des bébés. Il a créé le New York Fertility Institute, qui propose tous les services imaginables autour de la conception: la fécondation in vitro, bien sûr, mais aussi la congélation d'embryons, la vente d'ovules et de sperme, les mères porteuses et les diagnostics préimplantatoires - qui permettent d'étudier l'ADN des embryons afin de sélectionner les meilleurs.
La Sélection des Sexes
Majid Fateh est surtout passé maître dans la sélection des sexes: «Je suis le premier à avoir lancé ça à New York. C'est très populaire et tellement simple: on prend un ovule, on le fertilise avec des spermatozoïdes et si l'embryon correspond au sexe souhaité par les parents, on l'implante dans l'utérus.» Illicite dans la plupart des pays d'Asie et d'Europe (dont la France), la pratique est parfaitement légale aux États-Unis… Une aubaine pour Majid Fateh, qui draine une clientèle du monde entier: «Je reçois beaucoup de Français, de Scandinaves, d'Irlandais et d'Italiens.» Le service est facturé 15000 dollars. Et Majid Fateh n'est pas du genre à s'encombrer de questions morales: «Les Chinois et Indiens nous demandent surtout des garçons. Chez les Européens, c'est parfaitement équilibré entre garçons et filles.»
La Congélation d'Embryons et d'Ovules
La dernière tendance à New York? La congélation d'embryons. Elle s'adresse aux couples qui ne veulent pas compromettre ou ralentir leur carrière en ayant des enfants dès leurs premières années d'union. Parmi eux, des pontes de la finance, de la publicité et du droit. Les agences de fertilité leur proposent de geler cinq embryons, qui pourront se développer dix ou vingt ans plus tard dans l'utérus de la mère. La procédure coûte, au total, l'équivalent de 20000 dollars.
La congélation d'ovules est aussi devenue monnaie courante. Le montant correspond à la congélation d'une vingtaine d'oeufs - chiffre idéal selon les médecins. Ces programmes rendent-ils vraiment service aux femmes? Certains en doutent: «Avec ces prétendus progrès sociaux, les entreprises laissent entendre que le travail passe avant la famille et la santé. Elles poussent les femmes à travailler au maximum quand elles sont fécondes et à espérer que leurs ovules congelés fonctionnent quand elles ne le sont plus», dénonce Harriet Minter, en charge de la question des femmes pour le quotidien britannique The Guardian. «On travaille désormais avec des sociétés de toute taille et de tout secteur», affirme Gina Bartasi, PDG de Progyny, une entreprise située à New York qui commercialise des programmes de fertilité pour les entreprises.
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Le succès est tel que certains se demandent si la congélation d'ovules ne va pas se banaliser, au même titre que la pilule contraceptive dans les années 70. L'écart entre les tarifs - quelques dollars pour la seconde et des dizaines de milliers pour la première - rend la comparaison hasardeuse. Mais cela n'empêche pas Beth Seidenberg, une investisseuse qui finance plusieurs start-up du secteur via son fonds KPCB, de rapprocher les deux pratiques: «La pilule a permis de libérer la femme, en lui donnant le choix du moment où elle faisait des enfants. La congélation d'ovules procède de la même logique: elle permet aux femmes de maîtriser encore mieux leur calendrier.»
Dans les faits, les entreprises américaines font encore la différence: si elles sont 89% à financer la contraception de leurs salariées via des contrats d'assurance-santé, elles ne sont que 29% à subventionner leurs programmes de fertilité, qu'il s'agisse de congélation d'ovules, de fécondation in vitro ou de gestation pour autrui (GPA). «On fait tout pour que ces deux chiffres se rejoignent», indique Beth Seidenberg. Des soirées sont ainsi organisées à New York ou Los Angeles pour banaliser l'acte. Baptisées «egg freezing parties» (soirées «congélation d'ovule»), elles permettent aux femmes de poser toutes les questions sensibles à des obstétriciens, dans une ambiance de discothèque plutôt que dans celle, plus intimidante, d'un cabinet médical.
Le Recours aux Mères Porteuses
Les New-Yorkais ont également de plus en plus recours aux mères porteuses. «C'est devenu la routine», dit Majid Fateh. Certains de ses clients ne peuvent pas avoir d'enfants parce qu'ils sont infertiles, homosexuels, célibataires ou trop âgés. «Nous ne portons aucun jugement sur l'âge des parents, c'est leur problème. Nous avons une cliente de 60 ans qui a récemment eu recours à une mère porteuse», explique-t-il. Des femmes viennent aussi le voir, qui préfèrent déléguer leur grossesse plutôt qu'interrompre leur carrière ou «abîmer» leur corps. «C'est un cas très minoritaire. Mais j'accepte tout, je ne suis pas là pour juger.» Majid Fateh reçoit ainsi beaucoup de stars de Broadway et d'Hollywood qui viennent à New York parce que c'est «plus discret que Los Angeles». Car si les mères porteuses sont légion, elles relèvent encore du tabou: «Je croise parfois mes clientes dans les soirées cocktail. Au regard qu'elles me jettent, je sens bien qu'elles n'ont pas envie que je leur dise bonjour.»
Le plus étonnant est que le recours aux «surrogate mothers» est interdit à New York. Mais les agences n'ont aucun mal à contourner la loi, qui diffère d'un État à l'autre: elles recrutent des femmes dans ceux où la pratique est légale (Virginie, Pennsylvanie, Californie, etc.). Celles-ci viennent rencontrer les futurs parents à New York pour faire connaissance et aborder les sujets qui fâchent: sont-elles prêtes à enfanter des jumeaux ou des triplés? À avorter en cas de handicap? À aider un couple homosexuel? Si les deux parties s'entendent sur ces questions essentielles, la mère porteuse est inséminée et s'en retourne chez elle pour neuf mois de gestation. C'est ce parcours qu'ont vécu Rob et Luca, un couple qui habite Manhattan depuis une quinzaine d'années. Les deux hommes ont fait appel à une mère porteuse dans le Wisconsin, qui leur a donné une fille, Julia. La procédure leur a coûté 110000 dollars. La mère porteuse, Beth, a reçu 40000 dollars. L'agence qui a organisé la «rencontre» entre elle et les futurs parents a engrangé 20000 dollars. La clinique a prélevé 40000 dollars de frais médicaux. Les avocats, chargés de rédiger le contrat entre les différentes parties, ont gagné 10000 dollars.
Rob et Luca ne sont toutefois pas très à l'aise quand on en vient à parler d'argent. «Ce n'est pas comme d'acheter des chips: personne n'a envie de reconnaître la dimension commerciale des bébés», pointe Debora Spar, auteur d'un livre de référence sur le sujet, The Baby Business: how money, science and politics drive the commerce of conception. Le «business» ne répond d'ailleurs pas vraiment aux habituelles règles de marché. «Le désir d'enfant peut rapidement tourner à l'obsession. Le prix est moins important que sur un marché classique, poursuit Debora Spar. Ce qui est paradoxal, c'est que 90% de la population fabrique gratuitement des bébés. Les autres paient entre 25000 et 150000 dollars selon les traitements. Il n'y a pratiquement aucun marché où l'on trouve une telle distorsion.»
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Le Don d'Ovules
D'argent, on en parle donc le moins possible: les Américains disent que les ovules sont «donnés» alors qu'ils sont vendus à des prix variables, parfois exorbitants, selon les qualités physiques et intellectuelles des donneuses. Le médecin Majid Fateh a, lui, pris l'habitude de recruter les donneuses d'ovules à l'université de Columbia, l'une des meilleures du pays. Tous les quatre mois, il publie des annonces dans le journal universitaire. Les étudiantes qui mesurent plus de 1,75 m et affichent d'excellents résultats au SAT - l'équivalent du bac - peuvent monnayer jusqu'à 40000 dollars leur lot d'ovules. Les femmes «normales» se contentent de 10000 dollars.
Rien n'est laissé au hasard. Les donneuses doivent remplir un dossier d'une trentaine de pages, dans lequel elles détaillent leurs caractéristiques physiques et intellectuelles, leur vie sexuelle, leurs talents artistiques et leurs habitudes alimentaires. «Nos clientes en savent plus sur la donneuse qu'elles n'en sauront jamais sur leur mari!» plaisante Majid Fateh. Les ovules asiatiques sont ceux qui se vendent le mieux, les Japonaises et les Coréennes étant très réticentes à l'idée de vendre les leurs. Idem pour le Moyen-Orient, où l'offre est très inférieure à la demande.
Les Coûts de la FIV et du Don d'Ovocytes
Les coûts d’un traitement de FIV utilisant les propres ovocytes d’une patiente diffèrent considérablement d’un pays à l’autre - à partir de 2,500€ dans les destinations les moins chères comme l’Inde, en passant par 4,500 € en moyenne en Europe et jusqu’à 15,000€ aux États-Unis. De nombreux patients choisissant de recourir à une FIV à l’étranger basent leur décision sur des coûts de traitement inférieurs. D’autres choisissent de se faire soigner à l’étranger faute d’avoir accès à certaines procédures ou techniques dans leur pays d’origine.
Le coût moyen d’un traitement de FIV aux États-Unis est d’environ 13,000€ (25,000 € pour le don d’ovocytes). Le coût des transferts d’embryons congelés varie selon les pays : de 200€ à 400€ dans des destinations moins chères comme l’Inde, de 450€ à 1,800€ en Europe et jusqu’à 6,000$ US aux États-Unis.
Les coûts moyens que nous avons indiqués n’incluent pas les coûts de qualification pour le traitement de FIV, ni les tests médicaux requis avant le début des procédures. Selon le programme, il sera demandé au couple de se soumettre à certains tests médicaux qui lui permettront de procéder au traitement, notamment des tests infectieuses et hormonaux, une hystéroscopie, un spermogramme et des tests génétiques (par exemple caryotype et CFTR). Selon les programmes, ces tests peuvent coûter entre 350 € et 2,000 € par couple.
L'Aide de Donald Trump pour Réduire les Coûts de la FIV
Donald Trump a annoncé des mesures pour faire baisser le coût très élevé des fécondations in vitro (FIV) aux Etats-Unis, une de ses promesses de campagne destinée à relancer la natalité en berne du pays mais qui divise ses soutiens conservateurs. Des traitements hormonaux du laboratoire EMD Serono pourront ainsi être achetés sur un site Internet baptisé en l’honneur du président républicain, avec des remises variant selon le revenu fiscal des acheteurs. Selon l’administration Trump, cette mesure permettrait une économie pouvant aller jusqu’à 2 200 dollars (soit 1 854 euros) par cycle de FIV, les traitements comptant pour environ 20 % du coût total de la procédure.
Par ailleurs, le gouvernement américain va inciter les entreprises à proposer à leurs employés une forme d’assurance-maladie spécifique pour les soins de fertilité, sur le modèle de celles déjà proposées pour les soins dentaires ou de vision.
La Réglementation du Marché des Bébés aux États-Unis
Né il y a une trentaine d'années, le marché des bébés est ainsi en pleine expansion aux États-Unis. Entre les mères porteuses, le don de sperme, la congélation d'ovules et les traitements de fertilité, il représente l'équivalent de 4 milliards de dollars par an, selon le cabinet Harris Williams & Co. Les États-Unis occupent une place à part: c'est le seul pays occidental à autoriser la commercialisation de l'utérus, des ovules et du sperme.
Le business des bébés laisse d'autant plus songeur qu'il échappe pratiquement à toute réglementation - les rares contraintes étant celles que s'impose la profession elle-même, la fameuse Société américaine pour la médecine reproductive.
Le Don d'Embryons au Canada
Le bonheur a un prix. Pour les couples canadiens souhaitant avoir un enfant, il coûte 13.500 dollars. Une agence canadienne de conseil à la procréation et à l'adoption lance, le premier service national de dons d'embryons. Le principe est de permettre à des couples stériles d'avoir accès aux dizaines de milliers d'embryons congelés dans les cliniques du pays, moyennant finance. Le don d'embryon est gratuit pour les donneurs. Le couple de receveurs, quant à lui, paiera 13.500 dollars canadiens (environ 9.900 euros), hors prise en charge médicale en vue de l'implantation des embryons.
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