Les limaces de mer, également appelées nudibranches, sont des gastéropodes marins fascinants qui se distinguent par leur corps mou, l'absence de coquille chez l'adulte et une grande variété de couleurs et de formes. Allant du bleu saphir au jaune fluo, de quelques millimètres à 50 cm, les limaces de mer ne manquent pas d’originalité. Certaines sont capables de photosynthèse quand d’autres dérobent les toxines de leurs proies pour se défendre. Décidément, les limaces de mer sont bien plus exubérantes que leurs cousines terrestres ! Cet article explore les caractéristiques distinctives de ces créatures, leurs habitats, leur alimentation, leur mode de vie et les défis auxquels elles sont confrontées.

Caractéristiques générales des limaces de mer

Les opisthobranches (du grec opisthos signifiant postérieur) sont des gastéropodes marins ayant une réduction ou une perte complète de leur coquille et des branchies placées à l'arrière du corps. Le corps des opisthobranches, allongé, mou et dépourvu de coquille, est souvent orné de motifs colorés et lumineux. Ces couleurs vibrantes servent principalement à avertir les prédateurs de leur toxicité (phénomène d’aposématisme). Sur leur tête, des petites antennes (rhinophores) font fonction de capteurs sensoriels pour détecter les substances chimiques dans l’eau, facilitant ainsi la recherche de nourriture ou de partenaires. Certaines espèces, telles les nudibranches, développent des branchies plumeuses sur le dos, utilisées pour la respiration. La taille des limaces de mer varie considérablement : certaines espèces (comme Cuthona nana) mesurent 3 à 4 mm quand d’autres, (Aplysia gigantea ou Aplysia vaccaria) peuvent dépasser les 50 cm de long.

Les nudibranches (Nudibranchia) sont célèbres pour leurs couleurs vives et leurs branchies exposées. Elles regroupent le plus grand nombre d’espèces ;Les Cephalaspidea, souvent fouisseuses, arborent une coquille interne ou résiduelle ;Les limaces sacoglosses (Sacoglossa) sont connues pour pouvoir survivre pendant des mois après avoir ingéré les chloroplastes des algues (des organites qui servent à la photosynthèse) ;Les Anaspidea, surnommées lièvres de mer, sont généralement grandes et herbivores ;Les ptéropodes (Thecosomata et Gymnosomata), parfois appelés papillons de mer, ont des adaptations leur permettant de nager en eau libre.

Différences avec les limaces terrestres

Limaces de mer et limaces terrestres affichent une ressemblance frappante mais elles se distinguent en raison de leurs adaptations à des habitats totalement différents. Au cours de l’évolution, les limaces terrestres ont abandonné leurs branchies au profit de poumons primitifs par lesquels elles respirent de l'air grâce à un orifice (le pneumostome) placé sur le côté de leur corps. Quant aux limaces de mer, elles respirent à travers des branchies externes (situées en arrière du cœur) ou via une diffusion cutanée dans l'eau.

Habitat et répartition géographique

Les opisthobranches colonisent presque tous les océans et mers du globe, aussi bien les eaux tropicales et subtropicales que les régions tempérées et polaires. Les récifs coralliens abritent une grande diversité de limaces de mer, en particulier dans les eaux chaudes et claires de l’océan Pacifique et de l’océan Indien. Des espèces spécifiques, comme celles des genres Elysia et Glaucus, préfèrent les eaux peu profondes près des côtes quand d'autres s'aventurent dans les abysses océaniques. Les limaces de mer occupent divers habitats marins, allant des récifs coralliens aux herbiers marins, en passant par les substrats rocheux et les fonds sablonneux. En Méditerranée, Flabellina affinis, parée de mauve et d’orange, est très commune, tout comme Felimare picta, reconnaissable à ses rayures bleues et jaunes ;L'Atlantique et la Manche abritent les limaces Doris verrucosa, au corps brun-jaune bosselé et Crimora papillata, translucide avec des motifs orangés. Parmi les herbivores, Elysia viridis se distingue par sa couleur verte due à la photosynthèse ;Dans les Antilles françaises, le dragon bleu (Glaucus atlanticus) est connu pour flotter en surface et se nourrir de méduses.

Lire aussi: Dépistage de la Trisomie 21 : Informations essentielles

Alimentation et comportement

Les opisthobranches ont un régime alimentaire carnivore qui inclut des éponges, des anémones de mer, des coraux et même d’autres limaces de mer. Les mollusques gastéropodes se nourrissent en utilisant leur radula, une structure semblable à une langue couverte de minuscules dents, pour râper ou sucer leur nourriture. Comme vu plus haut, les espèces herbivores du genre Elysia ingèrent les chloroplastes des algues dans leurs cellules pour tirer parti de l’énergie solaire (photosynthèse) et ainsi survivre dans des environnements pauvres en nourriture. Un comportement unique dans le règne animal.

Les limaces de mer sont des créatures solitaires qui ne se rassemblent qu’exceptionnellement, pour s’accoupler ou pour profiter d'une nourriture abondante. Elles se déplacent lentement à l’aide de leur pied musculeux, qui sécrète du mucus leur permettant de glisser sur diverses surfaces. Certaines espèces, telles les nudibranches, utilisent également des cerques pour générer des courants d'eau et faciliter leur déplacement.

Mécanismes de défense

Le comportement défensif des opisthobranches mérite qu’on s’y attarde. En effet, certaines espèces (comme Glaucus atlanticus et Phyllidia varicosa) ainsi que les genres Aeolidia ou Chromodoris, accumulent les toxines de leurs proies (méduses, éponges de mer) dans des sacs spécialisés appelés cnidosacs. Il leur suffit ensuite de libérer une décharge venimeuse quand un prédateur (poissons, crabes et autres carnivores marins) tente de les attaquer.

Reproduction et cycle de vie

(dotés à la fois d’organes reproducteurs mâles et femelles leur permettant de se reproduire seuls si nécessaire), les opisthobranches se reproduisent souvent de manière sexuée. Lors de l'accouplement, les deux partenaires échangent des gamètes et fécondent mutuellement leurs œufs qui sont ensuite pondus sous forme de rubans, de spirales ou de grappes fixés à des substrats tels que des roches, des algues ou des coraux. Les œufs éclosent en larves planctoniques, appelées véligères, qui flottent dans l'eau avant de se métamorphoser en adultes. Le développement peut durer plusieurs semaines, en fonction de la température de l’eau et des conditions environnementales.

Menaces et conservation

Les opisthobranches ne sont pas considérés comme gravement menacés dans leur ensemble mais certaines populations locales subissent une pression due à la dégradation de leur habitat, la pollution et le changement climatique. Les régions tropicales (Caraïbes, Océan Indien, Pacifique) sont les plus touchées en raison de leur biodiversité marine riche et de l’intensité des activités humaines mais les zones tempérées, comme la Méditerranée, ne sont pas épargnées. La durée de vie des limaces de mer est relativement courte. Par exemple, les nudibranches et autres petits opisthobranches affichent une longévité d'environ 1 an, tandis que les aplysies (lièvres de mer) peuvent vivre jusqu'à 3 ans ou plus.

Lire aussi: Guide des Libellules Jaunes et Noires

Exemples d'espèces de limaces de mer

Hypselodoris acriba

Hypselodoris acriba Ev. Marcus & Er. Cette espèce semble peu commune mais assez largement répandue. Le corps allongé et mince peut atteindre 60 mm de long. Le fond est bleu marine couvert d’un treillage très serré couleur jaune d'or. Selon les motifs et les individus, on peut le voir également comme un fond jaune avec des taches bleues.Les rhinophores* sont lamellés (30 feuillets) et d'un bleu violet uniforme.Le bord du manteau* forme des festons ondulés. Il est blanc à rose, virant au gris sur la marge interne, et comporte des séries irrégulières de taches noires. Felimare marci (Ev. Marcus, 1971) est également une espèce ressemblante de la zone Atlantique Ouest (Venezuela, Belize, Brésil…). Les motifs réticulés avec un treillage jaune-orange sur fond bleu sont présents, ainsi qu'une marge blanche (parfois finement bordée d'orange) à taches noires. Pas de données spécifiques. La ponte n'a pas été observée. Elle se nourrit en râpant les Spongiaires dont elle se nourrit avec sa radula. La forme et la disposition des denticules sur la radula sont un critère d'identification précieux. Pour F. acriba, la formule radulaire (selon Ev. Marcus) est de 83X 175.0.175. Felimare : du latin [felis] = chat et [mar-] = mer : chat de mer. Nom de genre créé par Eveline et Ernst Marcus, malacologues brésiliens.

Chelidonura amoena

La chélidonure charmante a un corps gracieux, effilé avec une tête large et aplatie appelée bouclier céphalique.céphalique : relatif à la tête ou au cerveau Elle n'a pas de panache branchialbranchial : qui comporte des organes internes ou externes chez les animaux aquatiques leur permettant de respirer en utilisant l'oxygène dissous dans l'eau. ni de rhinophoresrhinophore : tentacule sensoriel localisé derrière la tête ou au niveau de la partie antérieure du dos des mollusques opisthobranches.. Par contre, elle possède de chaque côté du bouclier des récepteurs chimiques, les organes d'Hancock. Deux lobes latéraux appelés parapodesparapode : Expansion latérale du corps parfois utilisée pour se déplacer et/ou respirer se replient sur son dos. Sa couleur est blanche à jaune pâle translucide avec sur les parties supérieures de délicats motifs noirs plus ou moins étendus. Indo-Pacifique : Chelidonura amoena taches noires, pas de bord jaune le long des parapodes ni de la tête ; Chelidonura electra bord jaune le long des parapodes et de la têteAustralie, Nouvelle-Calédonie : Chelidonura pallida bordure du pied, parapodes et tête noire puis orange. Chelidonura amoena vit dans le biotope suivant : fonds rocheux ou coralliens. Ces gastéropodesgastéropode : Mollusque rampant sur un large pied ventral, souvent pourvus d'une coquille dorsale. opistobranchesopistobranches : du grec opisthen=derrière, signifie branchie sur l'arrière du coeur. Mollusques gastéropodes exclusivement marins dont la coquille est réduite parfois interne ou absente. vivent sur les fonds sableux, rocheux ou coralliens où l'on peut les observer principalement de jour. Ils se nourrissent de petites proies, comme les vers plats, qu'ils détectent à l'aide de leurs poils sensoriels situés à l'avant de la tête et qu'ils aspirent avec leur bouche dépourvue de radularadula : Sorte de langue munie de rangées de dents, que l'on trouve dans la cavité buccale de la plupart des mollusques, agissant comme râpe lors de la nutrition.. Ils ont une fine coquille calcaire à l'intérieur et à l'arrière sous leur manteaumanteau : partie du corps des mollusques qui sécrète la coquille ou dessus du corps des opistobranches.. Ils peuvent s'envelopper de mucusmucus : sécrétion visqueuse et translucide produite par les muqueuses d'un organisme afin de le protèger. pendant qu'ils rampent ou se reposent, et en situation de stress. Le regroupement de plusieurs individus parfois en file indienne appelé "trailing" est commun dans cette famille et précède souvent la reproduction de ces espèces hermaphroditeshermaphrodite : Individu doté des organes reproducteurs mâles et femelles soit de façon simultanée soit de façon successive au cours de leur vie.. Quand ils sont agressés, ils émettent un liquide jaune orange toxique pour leur prédateur,prédateur : Animal qui capture des proies vivantes pour s'en nourrir. capable de paralyser et de tuer des vers polychètespolychète : Ver annélide à nombreuses soies. de 5cm, selon l'expérience faite par Bill Rudman, mais les spécialistes restent réservés sur la fonction exacte de ce liquide. La ponte de Chelidonura amoena forme un amas gélatineux blanc translucide fixé au substrat comme un fil avec des minuscules perles. Indo-Pacifique ouest tropical de l'Indonésie, sud du Japon à l'Australie.

Hypselodoris cantabrica

Hypselodoris cantabrica Bouchet & Ortea, 1980A longtemps été confondu avec Felimare picta jusqu’à la publication de Philippe Bouchet et J. Tout le golfe de Gascogne selon Bouchet 1980, de Roche-Bonne (Charente-maritime) au nord à Oviñana (Asturies) au sud-ouest. Doridien élevé et allongé, mesurant jusqu’à 65 mm en extension (110 mm selon Ortea 1996), de couleur générale bleu foncé avec de multiples lignes et taches blanches, jaunes et bleu clair. Le pied* est surélevé et dépasse largement le manteau* en arrière.Les individus de tous les âges ont le manteau* entouré d’une fine bordure jaune, bordée à l’intérieur d’une bande bleu clair.Une ligne médiane jaune démarre en avant des rhinophores, parcourt toute la longueur, entoure les branchies et se poursuit jusqu’au bord postérieur du manteau. Cette ligne devient discontinue chez les individus adultes. Elle se poursuit sur le dessus du pied.Entre cette ligne et la bordure bleue, de multiples taches jaunes irrégulièrement disposées apparaissent au fur et à mesure que l’individu grandit : quasiment aucune à 10 mm, deux lignes discontinues à 20 mm, un tapis irrégulier à 60 mm. Le pied* bleu foncé se couvre de taches jaunes également au fur et à mesure de la croissance. Le manteau* a un aspect légèrement verruqueux et porte dans son épaisseur des glandes à mucus toxique situées autour des rhinophores* et en arrière des branchies. Les rhinophores pennés* sont bleu très foncé presque noir, chaque lamelle porte à l’arrière une tache jaune, constituant une ligne pointillée. Les branchies* au nombre de 8 à 14 sont rétractiles facilement, dès que l’animal est inquiété. Sur les côtes françaises, la confusion est possible entre divers doris bleus et notamment des juvéniles de Felimare cantabrica et Felimare tricolor adulte. Felimare tricolor a une seule ligne claire à l’extérieur des branchies* et non un V inversé. Essentiellement des éponges, du genre Dysidea. La prédation de Dysidea fragilis a été prouvée.

Felimare picta

La grande variation des couleurs et des dessins du manteau, ainsi que la large distribution des deux côtés de l’Atlantique de ce nudibranche fait qu’il est connu sous de nombreux noms :Hypselodoris picta picta (Schultz in Philippi, 1836)Hypselodoris elegans (Cantraine, 1835).Hypselodoris webbi (d'Orbigny, 1839) ou Polycera webbi d'Orbigny, 1839Hypselodoris valenciennesi (Cantraine, 1841). (Autrefois, Glossodoris valenciennesi et Chromodoris valenciennesi)Hypselodoris edenticulata (White, 1952), [Caraïbes (Florides)] : pour l’auteur Cervera J.L., il s’agirait d’une espèce à part, compte tenu de différences biologiques notables avec H. picta. Pour d’autres auteurs, il s’agirait d’une sous-espèce nommée H. L’ensemble des sous-espèces issues de F. picta est présent dans : tout le bassin méditerranéen, l’Adriatique, dans l’Atlantique Est adjacent de l’Espagne (golfe de Gascogne) à l’Afrique de l’Ouest et en Atlantique Ouest, de la Floride au Brésil.Mais l'ancienne sous-espèce Felimare picta picta n’était présente qu’en Méditerranée où elle était considérée comme endémique* (d’Israël à Gibraltar où elle était progressivement remplacé par F. picta webbi). Notez que cette sous-espèce, F. picta picta, correspondait à l’espèce (F. Rencontrée sur des fonds durs, dans les herbiers de posidonies ou sur des fonds détritiques, souvent en ambiance sciaphile, cette doris géante sera observée de la surface à 60 m de fond, souvent sur des éponges du genre Ircinia, sur des hydraires ou sur des gorgones. Il s’agit de la plus grande doris de Méditerranée, Elle peut atteindre 20 cm de long (10 à 15 cm le plus souvent). Le corps élevé de ce nudibranche est de section grosso modo carrée, il est lisse et allongé. La couleur générale de cette ancienne sous-espèce méditerranéenne (Felimare picta picta, devenue non valide et regroupée sous F. picta) est le plus souvent à dominante jaune et claire, dans d’autres cas, la dominante bleu-violet, vert clair, voire brune (couleur de fond du manteau) prend le dessus. Le manteau est parcouru par une série de points, taches, petits cercles et fines lignes plus ou moins interrompues de couleur jaune vif opaque. Les juvéniles ont trois lignes longitudinales et dorsales jaunes bien marquées, ils diffèrent nettement des adultes, où ces trois lignes peuvent fortement s’estomper, voire disparaître. Dans tous les cas, les deux lignes jaunes latérales restent visibles dans la zone des rhinophores qu’elles rejoignent et entourent.La périphérie du manteau forme un ourlet nettement ondulé (bord festonné). Le manteau est bordé de jaune au dessus, et plus clair en périphérie et au dessous. Le manteau recouvre l’avant du corps (la « tête »), pas l’arrière du pied qui reste bien dégagé et visible. Les flancs et le pied sont parcourus par les mêmes dessins que le manteau.La « tête » possède deux tentacules buccaux courts.L’imposant panache branchial est penné et composé de onze feuillets branchiaux, chacun marqué d’une fine ligne jaune interne et d’une ligne plus large (souvent en pointillés) sur la face externe. Les rhinophores et le panache branchial peuvent se rétracter dans des fourreaux clairement visibles chez cet animal. Les rhinophores sont d'un bleu indigo dégradé (la pointe est la plus foncée) et un anneau jaune à la base de chaque rhinophore marque le haut du fourreau. Chaque rhinophore comporte vingt-deux à trente lamelles obliques.

Importance écologique

Ces petits êtres qui font le bonheur des plongeurs ont également un rôle écologique très important ! Il faut toujours se méfier de la couleur, ce n’est pas déterminant pour l’identification. On dénote une baisse importante de la diversité des gastéropodes opisthobranches depuis les années 60.

Lire aussi: Berceuse : comment enrichir votre lexique

tags: #sorte #de #limace #corps #mou #jaune

Articles populaires: