La dénutrition, définie comme un déséquilibre entre les apports et les besoins nutritionnels de l’organisme, représente un enjeu majeur de santé publique, particulièrement préoccupant chez le nourrisson en raison de son impact direct sur la croissance et le développement. Bien que souvent associée aux pays en développement, la dénutrition infantile existe également dans les pays industrialisés, où elle touche notamment les enfants atteints de pathologies chroniques ou en situation de précarité. Cet article explore les signes de dénutrition chez le nourrisson, ses causes potentielles, les méthodes de dépistage et les stratégies de prise en charge.

Importance de la surveillance de la croissance

La surveillance régulière de la croissance staturo-pondérale constitue l’outil principal de dépistage de la dénutrition. Les professionnels de santé doivent effectuer une évaluation systématique lors de chaque consultation. La surveillance des courbes de croissance révèle souvent les premiers signes de dénutrition. Une cassure dans la courbe de poids constitue un signal d’alarme précoce, suivi quelques mois plus tard par un ralentissement de la croissance en taille. Cette séquence caractéristique traduit l’installation d’une dénutrition chronique.

Signes de dénutrition chez le nourrisson

Les manifestations physiques de la dénutrition sont multiples et doivent être surveillées attentivement. La dénutrition se caractérise par la perte ou l’absence de prise de poids, avec ou sans ralentissement de la croissance staturale. Elle entraîne des altérations profondes de l’organisme, avec une fonte musculaire visible et une diminution du tissu adipeux sous-cutané.

Voici quelques signes à surveiller :

  • Perte de poids involontaire ou stagnation pondérale : C'est un signe d'alarme majeur.
  • Ralentissement de la croissance : Un retard de croissance (taille, poids) est un signe de dénutrition.
  • Fonte musculaire : Diminution de la masse musculaire, visible notamment au niveau des bras et des jambes.
  • Diminution du tissu adipeux sous-cutané : Perte de graisse sous la peau, rendant les os plus apparents.
  • Fatigue et irritabilité : L'enfant peut sembler plus fatigué et irritable que d'habitude.
  • Retard de développement : La dénutrition peut affecter le développement moteur et cognitif.

Causes de la dénutrition chez le nourrisson

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la dénutrition chez le nourrisson :

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  • Apports nutritionnels insuffisants :
    • Allaitement maternel inadéquat : Problèmes de lactation, mauvaise technique d'allaitement, sevrage précoce.
    • Préparation incorrecte des biberons : Dilution excessive ou insuffisante des formules infantiles. L'eau non-bouillie, un biberon non-stérilisé, une dilution incorrecte du produit peuvent rendre les nourrissons et enfants en bas âge malades. Il est important de suivre les instructions mentionnées sur l'étiquette du produit.
    • Diversification alimentaire tardive ou inappropriée : Introduction tardive d'aliments solides, choix d'aliments peu nutritifs.
  • Maladies chroniques : Certaines pathologies peuvent interférer avec l'absorption des nutriments ou augmenter les besoins nutritionnels.
    • Troubles digestifs : Malabsorption, diarrhée chronique, vomissements.
    • Infections : Infections répétées, parasitoses.
    • Maladies cardiaques ou respiratoires : Augmentation des besoins énergétiques.
    • Allergie aux protéines de lait de vache (APLV) : Consultez notre check-list des symptômes, pour identifier facilement et rapidement les symptômes pouvant suggérer une APLV. Il est conseillé de poursuivre l'allaitement même lorsque le bébé souffre d'une allergie aux protéines de lait de vache. Si votre médecin décide d'utiliser une formule destinée aux nourrissons, il est important de suivre les instructions mentionnées sur l'étiquette du produit.
  • Facteurs socio-économiques :
    • Précarité : Difficulté d'accès à une alimentation saine et suffisante.
    • Manque d'information : Connaissances limitées sur les besoins nutritionnels du nourrisson.
  • Troubles du comportement alimentaire : Refus de s'alimenter, troubles de l'oralité.
  • Dénutrition maternelle pendant la grossesse : Peut affecter la croissance du fœtus et augmenter le risque de dénutrition postnatale.

Conséquences de la dénutrition chez le nourrisson

La dénutrition chez l’enfant entraîne des conséquences graves et multiples qui peuvent compromettre son développement global et sa santé future. Elle a des conséquences fonctionnelles et structurelles délétères, pouvant mener à une augmentation de la morbidité voire de la mortalité d’une éventuelle pathologie sous-jacente.

  • Retard de croissance et de développement : La dénutrition peut entraîner un retard de croissance staturo-pondérale et affecter le développement moteur et cognitif. Les troubles de la croissance désignent une faible croissance ou un défaut de croissance chez le nourrisson.
  • Affaiblissement du système immunitaire : Augmentation du risque d'infections et de complications.
  • Troubles cognitifs : La nutrition joue un rôle essentiel dans le développement cérébral de l’enfant. Chez les enfants hospitalisés ou atteints de pathologies chroniques, la dénutrition peut ainsi affecter les capacités cognitives, menant à des difficultés d’apprentissage et une baisse des performances scolaires.
  • Problèmes de comportement : Irritabilité, troubles de l'attention.
  • Séquelles à long terme : La dénutrition sévère pendant la petite enfance peut avoir des conséquences irréversibles sur le développement cérébral et la santé à l'âge adulte.

Dépistage de la dénutrition

Il n’existe à l’heure actuelle aucun indice de référence consensuel permettant de définir la dénutrition chez les enfants. Cependant, l’analyse des différents outils à disposition a permis d’identifier que l’usage de l’Indice de Masse Corporel (IMC) couplé aux courbes de croissance de références figurant dans le carnet de santé représentait un outil simple et fiable pour évaluer l’état nutritionnel de l’enfant. Il est donc essentiel de peser et mesurer les enfants quel que soit le contexte de visite ou d’hospitalisation. de calculer l’IMC en cas d’absence de suivi.

Le dépistage de la dénutrition repose sur :

  • Surveillance régulière de la croissance : Mesurer régulièrement le poids et la taille du nourrisson et reporter ces données sur les courbes de croissance du carnet de santé.
  • Calcul de l'IMC (Indice de Masse Corporelle) : L'IMC est un indicateur du poids par rapport à la taille. Un IMC inférieur aux valeurs de référence peut signaler une dénutrition.
  • Examen clinique : Rechercher les signes physiques de dénutrition (fonte musculaire, diminution du tissu adipeux).
  • Anamnèse : Recueillir des informations sur l'alimentation du nourrisson, ses antécédents médicaux et les facteurs socio-économiques.

Prise en charge de la dénutrition

La prise en charge de la dénutrition chez l’enfant nécessite une approche méthodique et personnalisée, reposant sur une collaboration étroite entre les différents acteurs de santé. Cette synergie entre médecin traitant, pédiatre, diététiciens nutritionnistes et autres spécialistes permet d’assurer une prise en charge globale et adaptée, chacun apportant son expertise spécifique dans le traitement et le suivi. Il s’agit de définir un poids cible et d’y adapter les apports protéino-énergétiques.

L’évaluation nutritionnelle initiale constitue le socle d’une prise en charge efficace de la dénutrition chez l’enfant. Cette première étape comprend une analyse approfondie de l’historique pondéral complet avec étude détaillée des courbes de croissance. Le calcul des besoins énergétiques s’effectue selon une formule adaptée à l’âge. Une évaluation précise des apports alimentaires sur trois jours permet d’établir un diagnostic nutritionnel complet, renforcé par un examen clinique détaillé recherchant les signes de dénutrition.

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La stratégie nutritionnelle doit être adaptée au contexte (hospitalisation ou ambulatoire) et aux caractéristiques du patient (âge, pathologie sous-jacente).

Les principales stratégies de prise en charge sont :

  • Optimisation de l'alimentation :
    • Allaitement maternel : Favoriser et soutenir l'allaitement maternel exclusif pendant les six premiers mois, puis le poursuivre en complément de l'alimentation diversifiée. AVIS IMPORTANT : Le lait maternel est l'aliment idéal du nourrisson.
    • Formules infantiles : Utiliser des formules infantiles adaptées à l'âge et aux besoins du nourrisson, en respectant les recommandations de préparation.
    • Diversification alimentaire : Introduire progressivement des aliments solides, en commençant par des purées de légumes et de fruits, puis des protéines et des féculents.
    • Enrichissement de l'alimentation : Ajouter des matières grasses (huile, crème, beurre) et des protéines (poudre de lait, fromage râpé) aux repas. En ambulatoire, elle débute généralement par un enrichissement alimentaire ciblé avec l’ajout de matières grasses (huile, crème, beurre) et un enrichissement protéique (poudre de lait, fromage râpé).
  • Compléments nutritionnels oraux (CNO) : En cas d’échec ou d’insuffisance de l’enrichissement, la prescription de compléments nutritionnels oraux (CNO) constitue la deuxième étape. Ces produits, disponibles sous différentes formes (boissons lactées, crèmes, jus de fruits, soupes) et saveurs, sont spécifiquement adaptés à l’âge de l’enfant.
  • Nutrition entérale : En milieu hospitalier ou en cas d’échec des mesures précédentes, le recours à la nutrition entérale peut être envisagé.
  • Traitement de la cause sous-jacente : Si la dénutrition est due à une maladie, il est essentiel de la traiter.
  • Suivi régulier : Le monitoring s’effectue de manière rigoureuse avec une pesée hebdomadaire durant les premiers mois, associée à une mesure mensuelle de la taille.

Rôle des professionnels de santé et des parents

Un enfant qui ne mange pas ou qui maigrit génère beaucoup d’anxiété chez ses parents. Au-délà du signe de gravité que représente la dénutrition, il y a aussi la relation à l’enfant qui est mise en question au travers de la symbolique de l’alimentation. Un « forçage » est souvent entrepris, mais contre-productif. Il faut expliquer cela aux parents et leur apprendre à « optimiser » les repas, à choisir et enrichir les aliments, en tentant de lever leur anxiété. Il faut alors trouver les mots pour convaincre et rassurer. C’est pourquoi nous devons améliorer la communication en direction des professionnels et du grand public. Mais nous devons également encourager le patient et sa famille à être acteurs du processus afin d’améliorer l’évaluation nutritionnelle et sa prise en charge chez l’enfant. Cet accompagnement est un point majeur de l’approche thérapeutique, notamment chez l’enfant.

Les professionnels de santé disposent aujourd’hui d’une large étendue de produits et les dispositifs modernes de nutrition permettent de les administrer en toute sécurité. Il reste bien entendu des situations où la prise en charge nutritionnelle reste en défaut, soit parce que la maladie limite la mise en place des solutions, soit parce que celles-ci sont mal tolérées. De même, la stratégie nutritionnelle est parfois mal comprise par la famille, car exposée trop tardivement.

La dénutrition est un phénomène préoccupant, notamment en raison de ses conséquences néfastes chez l’enfant. Son dépistage et sa prise en charge doivent être généralisés dans la pratique courante. Il faut faire en sorte que l’on parle de la dénutrition très tôt dans l’évolution d’une maladie pour éviter qu’elle tombe comme un couperet lorsque celle-ci s’aggrave.

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