Kamala Harris, première femme noire et d'origine sud-asiatique à aspirer à la présidence américaine, cite fréquemment sa mère, Shyamala Gopalan Harris, comme une source d'inspiration majeure. Née le 20 octobre 1964, l'ancienne procureure générale de Californie est issue d'une famille multiculturelle, son père, Donald Harris, étant jamaïcain et sa mère, Shyamala Gopalan Harris, indienne. Shyamala Gopalan est arrivée aux États-Unis à l'âge de 19 ans, munie d'un diplôme de l'université de Delhi. Elle fut admise à l'université Berkeley, en Californie, pour y poursuivre un doctorat en nutrition et endocrinologie.

Rencontre et mariage

C'est à Berkeley que Shyamala Gopalan rencontra Donald Harris, qu'elle épousa en 1963. Elle obtint son doctorat en 1964, l'année même de la naissance de Kamala, sa première fille. Deux ans plus tard, elle donna naissance à Maya Harris, avocate et activiste des droits civiques.

Influence maternelle et racines indiennes

Le couple divorça en 1971. Kamala et Maya vécurent avec leur mère, qui eut une grande influence sur leur vie. "Elle savait que sa patrie d'adoption nous verrait, Maya et moi, comme des filles noires, et elle était déterminée à faire en sorte que nous devenions des femmes noires sûres d'elles et fières de l'être", écrivit Kamala Harris dans son mémoire, "The Truths we Hold", paru en 2019.

Les deux sœurs ne grandirent toutefois pas éloignées de leurs racines indiennes. Kamala Harris détaille dans son livre que, si leur père fit partie de leur enfance et de leur adolescence, les filles Harris ne le virent que "le week-end" ou pendant les étés passés à Palo Alto, en Californie. "Mais c'est ma mère qui a pris en charge notre éducation."

Le rôle du père

Contrairement à sa mère, la candidate démocrate parle peu de sa figure paternelle. Lors de son discours d'investiture à la convention nationale démocrate, en août dernier, Kamala Harris n'a évoqué son père que lors de ce souvenir : "Mes premiers souvenirs de nos parents ensemble sont très joyeux. Une maison remplie de rires et de musique : Aretha, Coltrane et Miles. Au parc, ma mère disait : 'Reste près de moi', mais mon père disait, en souriant : 'Cours, Kamala, cours. N'aie pas peur. Ne laisse rien t'arrêter'."

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Donald Harris est né en 1938 en Jamaïque. Il obtint une licence à l'université de Londres, puis s'installa aux États-Unis pour passer un doctorat en économie à l'université de Berkeley. Durant sa vie, il occupa plusieurs postes d'enseignant : à l'université Northwestern, à Urbana-Champaign, université de l'Illinois, et à Madison, université du Wisconsin. En 1972, il fut engagé comme professeur d'économie à Stanford, devenant ainsi le premier chercheur noir à être titularisé au sein de l'école d'économie, rapporte USA Today. Il prit sa retraite en 1998. "Mon père est quelqu'un de bien, mais nous ne sommes pas proches", a déclaré Kamala Harris en 2003, rapporte Fox News.

Donald Harris lui-même se fit discret sur la carrière de sa fille. Il ne parla publiquement de Kamala Harris qu'en 2019, après que la femme politique eut déclaré en plaisantant ne pas être opposée à la légalisation de la marijuana car "la moitié de [sa] famille est originaire de Jamaïque". "Mes parents décédés doivent se retourner dans leur tombe", avait réagi Donald Harris. "En mon nom et au nom de ma famille jamaïcaine immédiate, nous souhaitons nous dissocier catégoriquement de cette parodie". Il est revenu plus tard sur sa déclaration, et a annoncé rester à l'écart de "tout le brouhaha politique", détaille The Root.

L'héritage de Berkeley

Hier comme aujourd’hui, la ville universitaire de la baie de San Francisco reste un bastion de gauche, où règnent les maîtres mots “militantisme” et “solidarité”. Ses habitants soutiennent ardemment la candidate démocrate, qui y a passé une bonne partie de son enfance, souligne ce reportage du “Los Angeles Times”.

Beaucoup de choses ont changé, ici, depuis l’époque où Kamala Harris, aujourd’hui âgée de 60 ans, était une petite fille qui vivait à Berkeley. Mais le militantisme reste au cœur de l’ADN de la ville et de nombreux enfants trouvent parfaitement normal de parler de politique. Cette ville universitaire progressiste de la baie de San Francisco, célèbre pour sa contre-culture hippie, sa liberté de ton et ses mouvements antiguerre, a contribué à façonner Kamala Harris dès son plus jeune âge. Ses ambitions se sont sans doute épanouies à l’école primaire Thousand Oaks, où elle a été parmi les premières à bénéficier du programme de mixité raciale de la ville de Berkeley, alors que de nombreuses autres parties du pays résistaient à ces mesures de déségrégation.

Hommages et inspirations

"Elle était dure, courageuse et pionnière dans la lutte pour la santé des femmes. Elle nous a appris à ne jamais nous plaindre de l'injustice, mais à la combattre." C'est ainsi que Kamala Harris a rendu hommage à sa mère, Shyamala Harris, lors de son discours d'investiture à la Convention nationale démocrate, le 22 août. Une mère qui l'a inspirée et l'a poussée à s'engager en politique. Née en Inde, Shyamala Gopalan a quitté son pays à l'âge de 19 ans pour venir étudier à l'université de Berkeley, avec le rêve de trouver un remède au cancer du sein. Elle fait partie des tous premiers immigrés indiens, et se heurte d'emblée, au seuil des années 1960, à la violence d'une Amérique raciste. Elle s'engage alors dans le mouvement des droits civiques. Elle y rencontre un jeune Jamaïcain, avec lequel elle aura deux filles. Persuadée qu'elles seront d'abord perçues à travers leur couleur de peau, elle décide de les élever comme des femmes noires, fières de leur identité. Aux côtés de la mère, Regina Shelton, amie d'université de Shyamala, va transmettre aux deux filles tous les codes de la culture afro-américaine, et devenir une véritable figure maternelle. Elle héberge Shyamala et ses filles dans un appartement situé au-dessus de la crèche qu'elle dirige, passe de nombreuses heures à s'occuper des fillettes pendant que leur mère, qui prend elle-même sous son aile de jeunes scientifiques immigrées, travaille dans son laboratoire. Regina meurt à 77 ans, en 1999.

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Le village de Thulasendrapuram

Dans le village de Thulasendrapuram, dans l'Etat du Tamil Nadu (Sud), où est né le grand-père maternel de Kamala Harris, P.V., les villageoises ont réalisé un rangoli, une oeuvre colorée dessinée sur le sol, écrivant: "Félicitations à Kamala Harris"."C'est une question de fierté pour toute la population féminine", a déclaré à l'AFP Arul Mozhi Sudhakar, une femme au foyer. L'oncle indien de Mme Harris, Balachandran Gopalan, un universitaire, a dit avoir toujours su qu'elle réussirait. "Je suis soulagé, parce que je savais qu'elle allait gagner, et je le lui ai dit hier", a-t-il déclaré à WION TV depuis New Delhi. Vendredi, il avait déclaré à l'AFP que la famille de Mme Harris vivant en Inde se rendrait aux Etats-Unis pour assister à son investiture en janvier. "Nous étions en famille lorsqu'elle a prêté serment en tant que sénateur. Et nous serons tous ensemble lors de sa prestation de serment en tant que vice-présidente des États-Unis.

Parcours de Shyamala Gopalan

Shyamala Gopalan est une biologiste de nationalité indienne et américaine née le 7 décembre 1938 à Chennai (Madras à l'époque), en Inde. Son père est sténographe et la famille déménage souvent. Sa mère souhaite voir ses enfants devenir médecins, ingénieurs, ou avocats. Après des études en économie domestique, Shyamala s'oriente vers un doctorat d'endocrinologie et nutrition. Côté vie privée, elle rencontre à une réunion de l'Afro-American Association l'étudiant en économie originaire de Jamaïque Donald J. Harris. Le mariage du couple a lieu en 1963, suivi de la naissance de leur fille aînée, Kamala Harris, en 1964. Celle-ci devient vice-présidente des Etats-Unis en 2021. Sa soeur Maya naît en 1967 et devient avocate et écrivaine.

Le rôle de Kamala Harris dans la politique américaine

Favorite du camp démocrate pour la présidentielle américaine depuis que Joe Biden s’est retiré de la course, Kamala Harris compte bien se battre pour obtenir la Maison-Blanche. Depuis qu’elle a été élue comme bras droit du président des États-Unis en 2021, l’ancienne procureure générale de Californie a su faire ses preuves.

Exit la politicienne qui semblait parfois confuse et peu sûre d'elle. À moins de quinze jours du scrutin, Kamala Harris prouve à chacune de ses apparitions - en meeting, en débat ou auprès de ses millions d'abonnés sur les réseaux sociaux - qu'elle a désormais la stature d'une future présidente. Même Oprah Winfrey s'interroge sur cette transformation. «Elle n'a pas la réputation d'être une excellente oratrice, mais elle est bonne dans les situations écrites, comme les speechs, elle se prépare énormément. Elle a beaucoup gagné en assurance depuis ses débuts en tant que vice-présidente, relève Alexis Buisson, journaliste, auteur de Kamala Harris, la biographie (Éd. Il était finalement normal qu'on n'ait pas beaucoup entendu parler d'elle auparavant, c'est le job du vice-président d'être effacé.» Hormis sa défaite à la primaire démocrate de 2019, la politicienne n'a perdu aucune des élections auxquelles elle s'est présentée : procureure de San Francisco en 2003, procureure générale de Californie en 2010, puis sénatrice du même État en 2017. Malgré cela, «elle a été sous-estimée pendant toute sa carrière. Y compris chez les démocrates, où on la disait trop effacée, souligne le journaliste. Aujourd'hui, elle prend sa revanche. Rappelons qu'elle a réussi à gagner le contrôle de la campagne en quarante-huit heures. Issue, faut-il le rappeler, de parents immigrés indien et jamaïcain, Kamala Harris est bel et bien le visage de ce nouveau parti démocrate qui a évolué avec la population. L'ancienne procureure générale avait certes la réputation d'une femme de fer. Elle a souvent été critiquée pour ses discours très durs sur la sécurité, comme pour sa proposition d'envoyer en prison les parents d'enfants manquant trop souvent l'école. Une position qu'elle a par la suite regrettée. «Elle fonctionne beaucoup par consensus. Elle aime aussi montrer une certaine flexibilité sur certains sujets», poursuit Alexis Buisson. «Il s'agit aux États-Unis d'un réseau très puissant, composé de centaines de milliers de femmes, et qui joue un rôle très important dans cette campagne. Véritable “armée” à son service, elles donnent de l'argent, organisent des levées de fonds et s'adressent aux larges communautés noires des swing states (états pivots qui balancent d'un camp à un autre, NDLR), comme le Michigan et la Georgie», souligne encore le biographe. Kamala Harris s'est notamment entourée de stratèges politiques autobaptisées les colored girls, des Afro-Américaines rompues aux élections et familières de la Maison-Blanche.

L'équipe de Kamala Harris

Ancienne cheffe syndicale, Laphonza Butler est une étoile montante de la politique. À 45 ans, elle est devenue la première femme lesbienne noire membre du Sénat, nommée pour remplacer la sénatrice de Californie, décédée en octobre 2023. L'Américaine est aussi une amie et conseillère de longue date de Kamala Harris. Son expérience auprès des travailleurs et son rôle à la tête de l'organisation politique Emily's List, qui encourage l'élection de femmes démocrates pro avortement, lui permettent de conseiller la candidate sur ces sujets. Elle l'a notamment incitée à se concentrer sur les préoccupations des électeurs des swing states. Elle est sans conteste l'artisane du succès de Kamala Harris face à Donald Trump, le 10 septembre dernier.

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Avocate de premier plan, Karen Dunn est la «Madame débat» des démocrates : elle a préparé tous les candidats du parti à la présidence et à la vice-présidence depuis 2008. Un rôle ponctuel qui revêt toutefois une importance cruciale, car ces débats permettent aux candidats de s'adresser en particulier aux indécis, dont le vote s'annonce décisif. À 48 ans, Karen Dunn a travaillé comme directrice de la communication d'Hillary Clinton, lorsque celle-ci était sénatrice, puis au sein de son équipe de campagne pour la présidentielle de 2016.

Elle est à la fois la petite sœur, la confidente et la conseillère politique de Kamala. Fusionnelles, elles ont beaucoup en commun. Comme Kamala, Maya Harris est devenue avocate et œuvre en politique. Mais l'Américaine de 57 ans préfère les coulisses aux tribunes. Elle milite pour des politiques publiques, notamment en faveur des femmes et pour l'égalité raciale. Un rôle prépondérant qui n'aurait pas été du goût des autres conseillers de Kamala Harris. Certains l'ont accusée d'avoir mené une campagne chaotique, centrée autour de ses propres idées et d'être ainsi partiellement responsable de la défaite de sa sœur à l'époque. Cette fois, l'avocate n'occupe aucun rôle officiel mais continue à l'épauler, de très près, dans l'ombre.

Elle fut la première politicienne noire élue au Congrès américain, en 1968, et la première personne de couleur à se présenter à une élection présidentielle quatre ans plus tard. Originaire de Brooklyn, elle avait choisi comme slogan de campagne Unbought and unbossed («incorruptible et insoumise»), en référence au racisme et au sexisme auxquels elle était sans cesse confrontée. «Une quantité extraordinaire de talents sont perdus pour notre société parce que ces talents portent des jupes», répétait cette inspiratrice, morte en 2005. Kamala Harris la cite régulièrement. Elle lui avait rendu hommage lors de la primaire démocrate de 2019 en reprenant des marqueurs visuels de sa campagne. Shirley Chisholm œuvrait notamment pour l'égalité raciale, les droits des femmes, notamment le droit à l'avortement. Des valeurs partagées par la candidate démocrate. Elle fut parmi les premières à recevoir un coup de téléphone de Kamala Harris pour l'informer de son intention de briguer la présidence des États-Unis, aussitôt suivie d'un appel à son soutien.

Pour financer sa campagne, Kamala Harris peut compter sur le soutien d'un groupe d'amies californiennes milliardaires, comme Laurene Powell Jobs, dont la contribution s'élèverait à plusieurs millions de dollars, selon le New York Times. La veuve du fondateur d'Apple utilise sa fortune, estimée à plus de 12 milliards de dollars, pour défendre la justice sociale, l'éducation et l'environnement. Peu de décisions importantes sont prises sans elle. Minyon Moore est l'une des amies les plus fidèles de Kamala Harris. Présidente du comité de la Convention nationale démocrate, elle fait partie d'une poignée de politiciennes noires américaines parvenues à s'imposer dans les hautes sphères du parti démocrate. À 66 ans, sa connaissance fine des rouages politiques, et notamment de la Maison-Blanche - elle a été directrice des affaires politiques sous Bill Clinton -, lui a permis de guider Kamala Harris depuis son entrée au Capitole. Femme discrète, elle joue de son influence en coulisses. Bien qu'elle soit (encore) du même bord politique que Donald Trump, Liz Cheney est l'une de ses plus ferventes critiques. L'ancienne représentante du Wyoming, qui fut la troisième figure du Parti républicain à la Chambre des représentants, a annoncé son soutien à Kamala Harris dès le 4 septembre. Un moment minutieusement choisi, en dehors de la convention démocrate, et quelques jours seulement avant l'ouverture du vote par correspondance, pour maximiser son impact. Son père, l'ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney, a également annoncé qu'il voterait pour Kamala Harris.

Vice-présidence et héritage

Kamala Harris est entrée dans l’histoire lundi 7 novembre en devenant la première femme élue vice-présidente des États-Unis. Pour célébrer sa victoire au côté du président élu Joe Biden, Kamala Harris est apparue le 7 novembre entourée de ses proches sur scène à Wilmington. Une présence essentielle pour cette pugnace sénatrice, fière de sa famille mixte et recomposée. À 56 ans, elle devient la première femme vice-présidente des États-Unis, un titre de pionnière de plus parmi tant d'autres : première femme noire procureure de San Francisco, première Indo-Américaine au Sénat et première femme noire élue de Californie.

La base de l'ascension de Kamala Harris repose en effet sur ses parents. Sa mère, Shyamala Gopalan, née en 1938, était originaire du Tamil Nadu, un État du sud de l'Inde. Arrivée aux États-Unis en 1958 pour intégrer l'université de Berkeley, elle y étudia la nutrition et l'endocrinologie. Sur le campus, elle rencontre son futur mari, Donald J.Harris, aussi né en 1938, en Jamaïque. Installé dès 1961 son le sol américain, il entre à Berkeley dont il sort diplômé avec un doctorat en économie. Il demeure à ce jour professeur émérite d'économie à l'université de Stanford. Puis Shyamala Gopalan quitte les États-Unis quatre ans plus tard, pour déménager avec ses filles à Montréal au Canada. Ainsi, Kamala Harris a passé son bac dans un lycée francophone avant d'intégrer la Howard University à Washington. Avec sa sœur cadette, elles ont poursuivi des études dans le droit, puis se sont retrouvées en politique. Alors que Kamala Harris enchaîne les postes de procureure et sénatrice, Maya Harris travaille au sein de think tanks progressistes, ainsi que de l'équipe de campagne d'Hillary Clinton en 2016. Cette dernière a par ailleurs transmis la passion de l'activisme et de la justice à sa fille unique, Meena.

Dans la vie politique de Kamala Harris, ses parents jouent un rôle de premier plan : la candidate démocrate ne cesse de rappeler le souvenir de sa mère, Shyamala Gopalan Harris (décédée en 2009), à laquelle elle a dédié son discours de remerciement lorsqu'elle est devenue la vice-présidente des États-Unis en 2020, ainsi que son discours d'investiture par la Convention nationale démocrate (DNC) : « Le chemin qui m'a menée ici (…) a été inattendu. Mais les drôles de chemins improbables ne sont pas inconnus dans ma famille. Ma mère, Shyamala Harris, a eu le sien. Elle me manque tous les jours, surtout aujourd'hui. Et je sais qu'elle me regarde et qu'elle sourit. » Son père, Donald Harris, a quant à lui décidé il y a bien longtemps de ne jouer aucun rôle dans la carrière politique de sa fille. La dernière fois qu'il était intervenu, c'était en 2019, pour reprocher à sa fille une blague qui associait la Jamaïque et la marijuana pendant une émission de radio. C'est plutôt par l'entremise de Donald Trump qu'on entend parler de ce dernier. Lors du débat qui les opposait, le candidat républicain avait accusé Kamala Harris d'être « marxiste » parce que son père était un « économiste marxiste ». Si son père reconnait l'influence de Marx sur sa propre vision de l'économie, le dépeindre ainsi est plus que mensonger.

Aujourd'hui retraité de l'université de Stanford, Donald Harris a rencontré Shyamala Gopalan à Berkeley, dans les années 1960, en plein mouvement des droits civiques. Lui étant d'origine jamaïcaine et elle d'origine indienne, tous deux nés en 1938, ils ont pour point commun d'être nés sujets coloniaux du Royaume-Uni.

La rencontre à Berkeley

C'est en 1962, soit l'année même de l'indépendance de la Jamaïque, que Donald Harris arrive sur le campus de Berkeley grâce à une bourse du gouvernement colonial, pour y effectuer un doctorat en science économique. Shyamala est quant à elle une étudiante en sciences qui a été forcée de quitter son pays pour poursuivre ses études - à l'époque l'Inde ne propose pas encore de diplômes plus élevés pour les femmes. Elle s'inscrit donc à master en endocrinologie à Berkeley (une matière dans laquelle elle obtiendra ensuite un doctorat). Elle change de continent pour suivre son rêve : « Elle l'a fait toute seule, a expliqué son frère à la BBC. À la maison, personne n'était au courant. » Elle finit par obtenir la bénédiction de sa famille, mais le voyage la confronte à un véritable choc culturel. Cette femme toujours vêtue d'un sari et de sandales, qui avait été primée dans un concours de chant traditionnel, trouve une oreille attentive à sa condition minoritaire chez l'AAA (Association afro-américaine), une des plus influentes organisations dans les luttes pour les droits civiques (l'un de ses créateurs à Berkeley, Donald Hover, sera ensuite le mentor des fondateurs des Black Panthers, qui eux, étaient marxistes).

C'est au cours des assemblées de l'association que les deux étudiants étrangers raconteront leur expérience de sujets coloniaux. Harris pour faire part des relations de pouvoir issues de l'esclavage dans son pays natal et Gopalan pour parler de son statut de fille d'un fonctionnaire ayant servi les deux régimes, l'Inde coloniale et l'Inde indépendante. La conversation se poursuit et rapidement, ils se mettent en couple. « Mon père, écrit Kamala Harris dans son autobiographie, a été le premier petit ami de ma mère. » Une relation qu'elle décrira devant la convention démocrate de 2020 comme une image de l'Amérique : « Deux personnes qui se soulèvent pour la justice, dans le mouvement des années 1960. »

Le divorce et l'influence paternelle

Rapidement, le couple se marie, puis donne naissance à son premier enfant, Kamala, en 1964. Sa mère termine alors son doctorat tandis que son père décroche un premier poste d'enseignant dans une université de l'Illinois. Maya, la sœur de Kamala, naît en 1967, peu avant la rupture du couple. Séparés pendant cinq ans, les parents se partagent la garde des filles jusqu'au divorce en 1972, une période évoquée avec nostalgie par Donald Harris dans une lettre ouverte publiée sur le site Jamaica Global, publication de la diaspora jamaïcaine. Il raconte comment il fait visiter son île natale à ses deux filles et dépeint la jeune Kamala comme une enfant intrépide et aventureuse, à laquelle il essaie de transmettre ses propres leçons de vie : « Je voulais leur apprendre qu'il n'y a pas de limite à ce que l'on peut faire lorsqu'on travaille dur et qu'on y croit, et qu'il est important de ne pas perdre de vue tous ceux qui ont été laissés de côté par le système d'injustice, par la violence ou les privilèges. » Un héritage sur lequel la vice-présidente revient dans son autobiographie : « Mon père voulait que je sois libre. Il regardait ma mère et disait : “Laisse-la courir, Shyamala”, puis il se tournait vers moi et me disait : “Cours, Kamala, cours aussi vite que tu peux”. Et je m'enfuyais, avec le sentiment de pouvoir faire tout ce que je voulais. »

Donald Harris a souvent regretté que les tribunaux l'aient privé de la garde de ses filles. « Pour la justice californienne, un homme caribéen ne peut pas être un bon père », dénonce-t-il. Après le divorce, les relations entre Donald et Shyamala se tendent, ils ne se parlent pas pendant des années, même si les deux filles vont chez leur père le week-end et les jours fériés, car leur père obtient un poste de titulaire à l'Université de Stanford, et que leur mère poursuit son chemin au sein de l'université de Californie, devenant une spécialiste du cancer du sein.

Donald et Shyamala ne se revirent qu'à peu de reprises. Et Shyamala s'imposa comme une figure tutélaire dans la vie de leurs filles. Pour sa cérémonie de diplôme, Kamala Harris invite ses deux parents, craignant que sa mère refuse de se trouver dans la même pièce que son ex-mari. Mais l'endocrinologue fait une entrée digne d'une star de cinéma, « dans une robe rouge pétante, avec des talons ». La vice-présidente est revenue sur le divorce de ses parents : « Je me dis souvent que s'ils avaient été un peu plus âgés, un peu plus mûrs, écrit-elle dans son autobiographie, ils auraient pu sauver leur couple. Mais ils étaient tellement jeunes. » On peut pourtant voir l'influence de son père dans son choix d'étudier les sciences politiques et l'économie.

Décès de Shyamala Gopalan

« Ma mère, Shyamala, est arrivée seule aux États-Unis à l'âge de 19 ans. Shyamala n'aura pas vécu assez longtemps pour voir les plus grands triomphes de sa fille : elle est décédée d'un cancer du côlon en février 2009, trois mois après que Kamala a annoncé qu'elle se présentait au poste de procureur général de Californie, premier pas de sa brillante carrière politique. Un parcours exemplaire qui allait la hisser au sommet étape après étape (procureur, sénatrice, vice-présidente, candidate à la présidence), rappelant à chaque fois le souvenir de sa mère.

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