Introduction
Le géant chinois du commerce en ligne Shein est régulièrement sous le feu des critiques en raison de ses pratiques commerciales controversées. Parmi les accusations les plus graves figurent le travail des enfants, l'exploitation des ouvriers, le non-respect des normes de sécurité et la vente de produits dangereux. Cet article se penche sur les différentes enquêtes et révélations concernant ces pratiques, en mettant en lumière les enjeux éthiques et les conséquences sociales et environnementales de la fast fashion.
Révélations de cas de travail d'enfants
En 2024, Shein a révélé deux cas de travail d'enfants chez ses fournisseurs. Cette information a été communiquée par Yinan Zhu, la conseillère juridique générale de Shein pour l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique (EMEA). L'un des enfants concernés était âgé de 15 ans et 3 mois. Ces révélations ont suscité une vive indignation et ont relancé le débat sur les conditions de travail dans l'industrie textile.
Vente de poupées sexuelles à caractère pédopornographique
Outre les accusations de travail des enfants, Shein a également été pointé du doigt pour la vente de poupées sexuelles à caractère pédopornographique. La répression des fraudes a signalé à la justice la présence de ces poupées sur le site d'e-commerce. Ces poupées, présentées comme des jouets sexuels et vendues à près de 187 euros, avaient des visages d'enfants et des attributs physiques réalistes. Suite à l'alerte, Shein a retiré ces produits de la vente et a évoqué une "défaillance majeure". Le parquet de Paris a confié quatre enquêtes à l'Office des mineurs (Ofmin) concernant cette affaire.
Enquêtes sur les jouets dangereux
Une enquête menée par l'UFC Que Choisir sur les plateformes Shein et Temu a révélé des résultats alarmants concernant les jouets destinés aux enfants de moins de trois ans. Sur les cinquante-quatre jouets testés, vendus entre 1,69 € et 12,33 €, un seul respectait les normes européennes de sécurité. Les autres présentaient de multiples défaillances, à la fois chimiques, mécaniques et acoustiques.
Niveaux sonores extrêmes et produits chimiques
Selon l'étude, certains jouets émettent des niveaux sonores extrêmement élevés, comme une balle sonore atteignant 115 décibels, l'équivalent du bruit d'un marteau-piqueur, potentiellement dangereux pour l'audition d'un jeune enfant. Les analyses chimiques ont révélé la présence de substances toxiques bien au-delà des seuils autorisés : jusqu'à 164 mg/kg de formaldéhyde, soit plus de cinq fois la limite légale, et jusqu'à 440 mg/kg de nonylphénol éthoxylate, un perturbateur endocrinien dont la teneur maximale autorisée est de 100 mg/kg.
Lire aussi: Guide d'achat : vêtements d'allaitement Shein
Risque d'ingestion de piles et d'étouffement
Les jouets fonctionnant avec des piles se sont également révélés non conformes. « Sur les 3 modèles fonctionnant avec des piles, le compartiment des batteries s’est ouvert trop facilement à cause de la faible résistance de la vis de protection», indique l’étude. Ce qui expose les enfants à un risque d’ingestion de piles, susceptible de provoquer des brûlures internes graves. Par ailleurs, de nombreuses références comportaient de petites pièces qui se détachaient trop aisément, augmentant le risque d'étouffement.
Un seul produit conforme
Au total, seul un jouet sur cinquante-quatre respectait les exigences de sécurité européennes. L'étude conclut qu'une grande partie des jouets vendus sur ces plateformes à bas prix représente un danger réel pour la santé et la sécurité des jeunes enfants, et déconseille donc fortement leur achat.
Exploitation des ouvriers dans les usines de sous-traitance
Dans un rapport publié en 2025, deux ONG, ActionAid France et China Labor Watch, ont accusé Shein d'"exploitation organisée" à travers ses entreprises de sous-traitance. Les enquêteurs de ces ONG se sont infiltrés pendant de longs mois dans des ateliers de confection textile situés dans le village urbain de Kangle, dans la métropole de Guangzhou.
Conditions de travail inhumaines
Le rapport dénonce des "cadences infernales", des "discriminations de genre" et une "absence de protection sociale". Les employés travaillent sans contrat, avec des journées pouvant durer jusqu'à 16 heures, et sont payés à la tâche, de 0,06 à 0,27 centime d'euro la pièce. Ils doivent consacrer au minimum 11 heures par jour, 6 à 7 jours sur 7, sans véritable temps de repos, pour obtenir un "bon salaire".
Les femmes particulièrement exposées
Les femmes sont particulièrement mal traitées dans ces ateliers. Elles sont cantonnées aux postes les plus précaires et les moins rémunérés, tandis que les hommes conservent un accès privilégié aux postes valorisés. Certaines mères de familles amènent leur enfant dans l'usine, où ils jouent à proximité d'équipements industriels à haut risque.
Lire aussi: Maternité confortable : Pyjamas Shein vs options responsables
Accusations rejetées par Shein
Contactée, l'entreprise Shein rejette totalement les accusations présentes dans le rapport, qu'elle juge infondées. Shein affirme s'engager à créer un environnement de travail sûr à tous les employés de ses fournisseurs tiers et à garantir que les travailleurs de sa chaîne d'approvisionnement soient traités équitablement et conformément aux lois et réglementations locales, ainsi qu'aux normes internationales du travail.
La fast fashion : un modèle économique controversé
La "fast fashion", ou mode éphémère, est une pratique commerciale qui se caractérise par la mise sur le marché d'un très grand nombre de nouveaux modèles, un renouvellement quasi permanent des collections, des prix très bas et de fortes incitations à l'achat par une publicité très agressive. Les pratiques de la mode express ont des conséquences néfastes sur le plan environnemental (pollution), social (travail des enfants…) et économique.
Impact environnemental
Produire un t-shirt nécessite 2160 litres d'eau (pour un t-shirt porté trente fois). L'industrie textile est responsable de 20% de la pollution industrielle mondiale de l'eau causée par la teinture utilisée pour les textiles et de 4 à 8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Chaque année, 4 millions de tonnes de textile sont jetés en Europe, des déchets peu recyclés. Ces phénomènes sont accentués par la fast fashion.
Impact social
La fast fashion repose sur une production fragmentée et une exploitation de la main-d'œuvre dans des pays où les droits des travailleurs sont peu respectés. Les ouvriers travaillent dans des conditions précaires, avec des salaires bas et des horairesExcessifs. Le travail des enfants est également un problème récurrent dans cette industrie.
Impact économique
La fast fashion encourage la surconsommation et la production de déchets. Elle concurrence les entreprises locales et les artisans, et contribue à la délocalisation des emplois.
Lire aussi: Vêtements Shein bébé garçon : analyse
Tentatives de régulation
Face aux problèmes posés par la fast fashion, plusieurs initiatives ont été prises pour tenter de réguler ce secteur.
Action de la Commission européenne
La Commission européenne a engagé une action contre "les pratiques trompeuses ou abusives" de Shein, plateforme chinoise de commerce en ligne. Cette initiative fait suite aux enquêtes des services de contrôle de quatre États européens. La Commission européenne demande à Shein de cesser ses "pratiques trompeuses ou abusives envers les consommateurs européens". L'action engagée le 26 mai 2025 par la Commission européenne pourrait conduire à des sanctions du site d'e-commerce.
Loi anti-fast fashion en France
En France, une loi visant à réduire l'impact environnemental de l'industrie textile (dite loi anti-fast fashion) a été mise en pause depuis plusieurs mois, mais permettrait, si elle est appliquée, de réduire l'impact de Shein. Celle-ci vise notamment l'interdiction de la publicité pour les produits de la mode express (dont fait partie Shein), ainsi que la promotion des entreprises, enseignes ou marques de fast fashion. Cependant, la loi censée encadrer la fast fashion adoptée le 10 juin 2025, par le Sénat, n’est qu’une version édulcorée du texte initial.
tags: #shein #travail #des #enfants #enquête
