L'histoire judéo-chrétienne de l'humanité évoque une maternité tardive, avec le récit biblique d'Abraham et Sarah. Abraham, âgé de 100 ans, attendit le premier enfant de son épouse Sarah, âgée de 90 ans. Elle mit au monde Isaac, père d’une nation très nombreuse, et le prénomma Itshak, qui signifie en hébreu « Il rira ». Elle pensait que son fils rirait quand il apprendrait que sa mère l’avait eu à 90 ans.
Bien qu'il s'agisse d'un mythe biblique, il est indéniable que l’âge moyen des femmes au premier accouchement a connu une augmentation constante. Cet article explore cette tendance en France et en Europe, en examinant les facteurs qui y contribuent et les implications possibles.
Augmentation de l'âge à la première maternité
L’âge moyen à la première maternité a augmenté de manière régulière, passant de 26,5 ans en 1976 à 30 ans en 2010. L’âge conjoncturel moyen des mères à la naissance de leur premier enfant atteint 29,1 ans en 2023, soit 0,9 an de plus qu’en 2013, 5,1 ans de plus qu’en 1974 et 4,9 ans de plus qu’en 1967. Cette tendance, observée depuis la fin des années 1970 en France et dans l’Union européenne (UE), a vu les femmes avoir en moyenne leur premier enfant à 29 ans, soit cinq ans plus tard qu’en 1974.
La hausse de l’âge à la première maternité décale, sans surprise, l’âge aux maternités suivantes. Les mères qui ont mis au monde leur deuxième enfant en 2023 étaient âgées de 31,6 ans en moyenne, soit 4,8 ans de plus qu’en 1967. Le délai entre les naissances n’augmente « que très légèrement », à 4,2 années en moyenne, soit 0,1 an de plus qu’en 2013.
Facteurs influençant le report de la maternité
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. Du milieu des années 1970 à la fin des années 1990, le recul de l’âge pouvait s’expliquer par la diffusion des méthodes de contraception, l’allongement de la durée des études et « la participation croissante des femmes au marché du travail ». D’autres facteurs ont depuis pris le relais, comme le contexte socio-économique, politique ou environnemental qui a pu « conduire à reporter des décisions de fécondité », ou encore une durée de scolarisation accrue.
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Un rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) met en évidence le déclin de la fécondité depuis soixante ans et appelle les pouvoirs publics à agir en particulier sur le coût du logement. L’édition 2024 du Panorama de la société de l’OCDE montre que « la hausse des coûts du logement depuis le milieu des années 2010 ajoute à la difficulté de créer des relations durables et de fonder une famille, les vingtenaires et les trentenaires étant toujours plus nombreux à vivre chez leurs parents pour des raisons financières. L’accès à un logement abordable permettrait aux jeunes de fonder plus facilement une famille ».
L’enchaînement des crises mondiales (pandémie de Covid-19, enjeux climatiques, crise du coût de la vie) a accentué le sentiment d’insécurité chez les jeunes. Ils trouvent de plus en plus un sens à leur vie en dehors de la parentalité et il est de mieux en mieux accepté de ne pas avoir d’enfant.
Selon un sondage de l’Union nationale des familles (Unaf), publié en janvier dernier, le nombre souhaité d’enfants est beaucoup plus élevé que la fécondité observée : 2,27 contre 1,7. De plus, 1 parent sur 5 a renoncé à avoir le nombre d’enfants qu’il aurait souhaité (18 %). Ces parents expliquent leur situation en raison de leur inquiétude quant à l’évolution du monde (30 %) et du coût financier d’élever un enfant de plus (28 %). 22 % évoquent la question de la fertilité. Enfin, 13 % des personnes sans enfant ont renoncé à avoir des enfants alors qu’ils en souhaitaient.
Comparaison européenne
Loin d’être une exception française, cette hausse de l’âge au premier enfant concerne l’ensemble des pays de l’UE. En 2023, il était en moyenne de 29,8 ans parmi les vingt-sept Etats membres, avec d’importantes disparités d’un pays à l’autre. Dans les pays de l’est de l’UE et dans les pays baltes, les femmes ont tendance à avoir des enfants plus tôt (entre 26,9 ans et 28,9 ans), quand la première maternité est plus tardive, à plus de 31 ans, dans une partie du sud de l’Europe - notamment en Italie, où l’âge auquel les femmes ont leur premier enfant atteint 31,8 ans.
Grossesses tardives et surveillance médicale
La fréquence des grossesses tardives augmente régulièrement en France. L’âge moyen de la parturiente à l’accouchement atteint désormais 30,9 ans. Une étude rétrospective portant sur 6 284 femmes a été réalisée dans une maternité de niveau III du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2020. 243 femmes de 40 ans et plus et 1 080 femmes de 35-39 ans ont été comparées aux femmes de moins de 35 ans. Notre étude a conclu que la grossesse des femmes âgées était plus fréquemment associée à des complications à type de troubles hypertensifs, de diabète gestationnel et de césarienne. L’âge maternel seul n’influence pas le devenir néonatal.
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Témoignages et expériences
Sarah A., make-up artist de 34 ans vivant à Brooklyn, New York, raconte son expérience de premier accouchement. Elle souligne l'importance de l'écoute de son corps et de la confiance en la capacité des femmes à accoucher. Elle a choisi un centre de naissance avec des sages-femmes et a préparé un plan de naissance flexible. Elle insiste sur le fait que chaque femme est une guerrière, peu importe comment elle a mis au monde son enfant. Elle souligne également les difficultés potentielles de l'allaitement maternel initial et l'importance de la patience et de la persévérance.
Une autre Sarah, professeur de yoga de 30 ans vivant à Boulogne-Billancourt, partage son expérience de deux accouchements différents. Pour son premier accouchement, déclenché, elle a eu recours à la péridurale. Pour son deuxième, elle s'était préparée à un accouchement naturel, mais a finalement opté pour la péridurale après 15 heures de travail. Elle souligne l'importance d'être actrice de son accouchement et d'écouter son corps. Elle a préparé son deuxième accouchement avec diverses méthodes, mais conseille de choisir ce qui tient à cœur.
Soutien aux familles et politiques publiques
« Alors que les pays de l’OCDE ont mis en place toute une série de mesures pour soutenir les familles, le coût économique et l’incertitude financière à long terme liés au fait d’avoir des enfants continuent d’influer considérablement sur la décision de devenir parent », déclare Stefano Scarpetta, directeur de la Direction de l’emploi, du travail et des affaires sociales de l’OCDE. « Il faut, pour faciliter les décisions dans ce domaine, garantir un soutien global et fiable aux familles. Cela tient notamment à des logements abordables, à des politiques familiales qui aident à concilier travail et vie de famille, et à la cohérence avec d’autres politiques publiques favorisant l’accès à des emplois de qualité et l’évolution professionnelle des femmes ».
« Les conditions matérielles (budget, conciliation vie familiale-vie professionnelle, logement) jouent un rôle important ». Les choix personnels d'avoir des enfants sont influencés par une série de facteurs, notamment les pressions économiques et sociales exercées sur les parents, ainsi que l'évolution des attitudes sociales, comme la déstigmatisation du fait de ne pas avoir d'enfants. Des approches politiques multidimensionnelles seront nécessaires pour aider les gens à prendre la décision d'avoir des enfants. De nombreux facteurs influencent les choix en matière de fécondité, notamment l’emploi des hommes et des femmes, le chômage, les aides financières aux familles (par exemple, le congé parental rémunéré et les aides à la garde d’enfants) et les coûts du logement.
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