L'acteur et réalisateur palestinien Mohammad Bakri, figure emblématique de la cause palestinienne, s'est éteint le 24 décembre 2025, laissant derrière lui un héritage artistique et un engagement indéfectible envers son peuple. Son parcours, marqué par la controverse et la censure, a néanmoins inspiré une génération d'artistes et continue de résonner à travers son œuvre et celle de ses enfants.
Un Hommage à Mohammad Bakri : Voix Libre de la Palestine
Mohammad Bakri, né en 1953 à Bi’ina, en Galilée, au sein d’une famille palestinienne, a consacré sa vie à défendre la cause palestinienne à travers le théâtre et le cinéma. Connu pour son documentaire controversé Jénine, Jénine, sorti en 2002, il a été un fervent défenseur des droits des Palestiniens et un critique virulent de l'occupation israélienne.
Son décès a suscité une vague d'émotion et d'hommages, saluant son courage, son intégrité et son engagement envers la vérité. La radio arabo-israélienne A-Shams l'a qualifié de « voix libre », soulignant que « depuis ses débuts au théâtre, l'art n'était pas un simple loisir pour Mohammed Bakri, mais un outil de prise de conscience et de confrontation ».
Jénine, Jénine : Un Documentaire au Cœur de la Controverse
En 2002, Mohammad Bakri passe derrière la caméra pour réaliser Jénine, Jénine, un documentaire construit à partir de témoignages de civils palestiniens après l’offensive israélienne dans le camp de réfugiés de Jénine pendant la deuxième Intifada. Le film provoque une vive controverse et est attaqué en justice en Israël, jugé diffamatoire envers les soldats israéliens. En 2022, la Cour suprême confirme l’interdiction du film, mais celui-ci lui vaut une renommée internationale.
Ce film, qui dénonce des présumés crimes de guerre de l'armée israélienne en 2002 dans le camp de réfugiés palestiniens de Jénine, a été interdit de diffusion en Israël en 2022, la Cour suprême israélienne le qualifiant de "diffamatoire". Malgré la censure et les attaques, Jénine, Jénine a été couronné de nombreux prix dans le monde et a continué à être projeté dans des cinémathèques en Israël, témoignant de son impact et de sa pertinence.
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Une Famille d'Artistes Engagés
Mohammad Bakri était le père de six enfants, dont trois ont suivi ses traces dans le monde du cinéma et du théâtre. Parmi eux, Saleh Bakri, acteur de renom, a exprimé sa « profonde tristesse et chagrin » sur Instagram suite au décès de son père.
La convergence entre Saleh et Mohammad atteint un niveau supérieur, entre Saleh et Mohammad, dans Wajib, le nouveau film d’Annemarie Jacir. Mohammad Bakri y incarne un père, Abu Shadi ; son fils y joue le rôle de son fils, Shadi. Interprètes principaux du film d’Annemarie Jacir, « Wajib », les deux hommes militent pour la cause des Palestiniens en Israël.
Saleh Bakri, qui a collaboré avec son père dans le film Wajib, a souligné que la censure et la persécution dont son père avait été victime avaient finalement eu l’effet inverse, amplifiant la portée du film plutôt que de l‘étouffer. Il a déclaré à The New Arab l’année dernière : « J’ai vécu la censure et la persécution de mon père comme un coup de pouce au film. Le public était encore plus intéressé par le film. »
Palestine 36 : Un Film Historique sur la Révolte Palestinienne
Annemarie Jacir, réalisatrice palestinienne, a travaillé avec Saleh Bakri sur plusieurs projets, dont son dernier film, Palestine 36. Ce film, qui se déroule pendant la grande révolte de 1936, explore les racines de la résistance palestinienne et met en lumière la complexité de la société palestinienne à cette époque.
Jacir explique qu'il est impossible de comprendre ce qui s’est passé pendant la Nakba sans comprendre ce qui s’est passé en 1936. C’était le premier soulèvement palestinien. Il a touché toute la Palestine et a mobilisé l’ensemble de la population. Bien sûr, nous savons ce qui s’est passé après cette révolte et tout ce que nous avons perdu depuis. Mais je crois aussi que nous devons célébrer cette histoire et ce que notre peuple a accompli durant cette période : sa capacité à s’organiser et à mener la première grève générale. C’est un point essentiel.
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Le film met en scène une multitude de personnages, issus de différentes classes sociales, tous liés d'une manière ou d'une autre au mouvement de résistance nationale. Jacir a souhaité que ce film soit une œuvre collective, à l’image de ce qu’a été la révolte, et qu’il s’articule autour d’une multitude de personnages.
L'Importance des Archives dans Palestine 36
L’utilisation d’images d’archives était essentielle pour Annemarie Jacir. D’abord, nous ne disposons pas de nos propres archives. C’est le pouvoir colonial qui nous a filmés, photographiés, avant de repartir. Les Britanniques ont tout documenté : la vie quotidienne, les points de contrôle, les crimes qu’ils ont commis, les maisons qu’ils faisaient sauter… tout. Ces archives sont importantes, car beaucoup de ces lieux ont disparu. Pendant la Nakba, plus de 500 villages ont été détruits. Les photos et vidéos d’archives des années 1930 nous permettent de voir comment et où les gens vivaient à l’époque. En les visionnant, je ne cessais de me demander : que sont devenus tous ces gens ? L’inclusion des archives dans le film visait à montrer au public le monde dans lequel nous, Palestiniens, vivions à l’époque. Par exemple, lorsque le personnage de Youssef quitte son village pour aller à Jérusalem, on se demande à quoi ressemblait Jérusalem à l’époque. Nous avons colorisé les archives pour que le public puisse voir la vie - les vêtements, les détails. Les archives ont également joué un rôle crucial dans la préparation du film. Nous étions tous - moi en tant que réalisatrice, le producteur, la costumière - déterminés à rester fidèles à chaque détail de cette époque. Par exemple, dans la scène où des femmes manifestent devant le siège du Haut-commissariat britannique - chose qui a réellement eu lieu -, les actrices portent exactement les mêmes vêtements que les manifestantes de l’époque, grâce à une photo que j’ai trouvée dans les archives. Nous avons même fait venir du Liban la machine à écrire utilisée par Khouloud, car nous en voulions absolument une qui remonte réellement aux années 1930.
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