La vie des enfants de hauts dignitaires nazis, à l'instar de Rudolf Höss, commandant du camp d'Auschwitz, est inextricablement liée à l'histoire sombre de leurs parents. Cet article explore le parcours de ces enfants, en particulier celui de Brigitt Höss, et leur relation complexe avec l'héritage de leurs pères, tout en examinant les trajectoires variées des descendants d'autres figures clés du régime nazi.

Brigitt Höss : Une Enfance à l'Ombre d'Auschwitz

En 2013, Brigitt Hoess, la fille du commandant d'Auschwitz, s'est ouverte sur son père Rudolf Hoess. Elle a vécu de 7 à 11 ans dans la plus belle villa du camp, celle réservée à la famille du commandant. Pourtant, en 2013, à 80 ans, elle a accepté de rencontrer Thomas Harding, l'écrivain qui voulait raconter l'arrestation et la confession de Hoess. Ils se sont rencontrés en Virginie, où Brigitt termine sa vie sans jamais vraiment se débarrasser de la peur et de la honte.

Soixante-dix ans plus tard, elle parle avec tendresse du « monstre » qui a organisé le pire crime contre l'humanité. Après son départ d'Allemagne dans les années 1950, Brigitt Hoess est devenue mannequin en Espagne. Elle a connu ses bonheurs et ses souffrances.

Avec ses frères et sœurs, elle jouait "aux déportés" à quelques centaines de mètres des chambres à gaz. Ce que leur père, d'humeur toujours si constante, avait très mal pris… Lui qui connaissait si bien la différence entre ses joyeux petits diables et les martyrs décharnés, aux visages translucides, aux yeux immenses, les condamnés à pourrir vivants, ces enfants qui ne riaient pas, ne pleuraient pas, les autres enfants d'Auschwitz. À leur arrivée au camp, les Russes en ont dénombré 180 encore vivants, ou presque : 72 souffraient de tuberculose, 31 de gelures, 49 d'épuisement extrême, 28 de diverses maladies. Parmi eux, 58 avaient moins de 8 ans. Combien de milliers étaient morts ? « Elle a tout eu, puis plus rien », se plaint encore son ex-mari.

Le Fardeau du Passé et la Quête d'Anonymat

Comme beaucoup d'enfants allemands après la capitulation, elle a volé du charbon et couru pieds nus. Une fois, pourtant, ça lui a échappé. C'était après son installation en Amérique, il y a quarante ans. Les premiers moments avaient été difficiles. Dans un magasin de mode où elle avait décroché un petit job grâce à son allure, son maintien, sa réserve, une dame, sensible à son accent, lui a offert la chance de sa vie avec un emploi stable dans une boutique élégante, Saks Jandel, l'ambassade de la mode française à Washington, fréquentée par le gratin des épouses des membres du Congrès et même par les First Ladies. Était-ce pour fêter cet engagement ? Brigitt, rebaptisée « Brigitte » pour les clients, a bu plus que de raison et s'est mise à raconter son histoire au directeur, qui l'a immédiatement rapportée à la dame juive et à son mari, des émigrés venus d'Autriche, en 1938. Ils ont pourtant accepté de la garder. Ils ont même continué à prendre des nouvelles une fois qu'elle a pris sa retraite. Ils n'ont jamais rendu Brigitt responsable des crimes de son père.

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Elle n'a jamais parlé de son père à personne, surtout pas à ses enfants ou petits-enfants. Aux gens qui lui posaient des questions, elle disait simplement qu'il était mort à la guerre. Pour elle, ce n'est pas si différent, il a été renvoyé par les Anglais en Pologne, et pendu, en 1947, juste en face de leur jolie villa d'Auschwitz. Si elle y avait encore habité, elle aurait pu tout voir depuis les fenêtres, à l'étage. À l'époque, elle crevait la faim en secteur britannique, en Allemagne.

Aujourd'hui, sa fille est convaincue que ses aveux ne valent rien, parce que le capitaine Alexander les a obtenus à coups de claques, qu'il a menacé Hoess de lui couper l'annulaire parce qu'il refusait de lui montrer l'alliance sur laquelle était gravé son vrai nom, parce que, surtout, il l'a empêché de dormir trois jours et trois nuits. C'est aussi la thèse dont le révisionniste Robert Faurisson inonde le Net. Ils ont un peu les mêmes arguments tous les deux. Brigitt demande : « Comment peut-il y avoir tant de survivants si tant ont été tués ? »

Rainer Höss : Un Néveu en Quête de Réparation

Hans-Jürgen a un fils, Rainer, neveu de Brigitt, le seul de la famille à avoir fait le voyage à Auschwitz, pour visiter la maison de ses grands-parents. Il s'est caché des caméras de la BBC pour pleurer dans le jardin, avant de confier à Thomas Harding : « Si je savais où grand-père est enterré, j'irais pisser sur sa tombe. »

À 52 ans, Rainer Höss est encore jeune, à l'échelle du temps de son histoire. Celle d'un petit-fils d'un des criminels nazis les plus connus. Il a compris le secret de famille qu'à 15 ans. À 16 ans, il n'en pouvait plus du non-dit et s'est enfui de la maison familiale. C'est à ce même âge que Rainer a engagé le chemin inverse pour tenter de réparer un passé familial, à jamais dévasté par le nazisme. Alors que d'autres s'identifient à leur agresseur, lui s'associe aux victimes. Il s'engage ensuite activement dans le devoir de mémoire et visite le Mémorial de la Shoah à Berlin en 2009. Depuis, il mène des recherches sur ses origines et anime de multiples conférences. En 2015, une rescapée du camp d'Auschwitz a même symboliquement accepté de l'adopter comme petit-fils de cœur.

Parce qu'il se sent lié aux actes de son grand-père, Rainer Höss refuse de changer de nom. Un jour il a déclaré qu'il était prêt à aller uriner sur la tombe de son grand-père s'il savait où il est enterré !

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La "Zone d'Intérêt" : Une Vie Familiale Banale au Cœur de l'Horreur

Le maître d'Auschwitz ne vivait d'ailleurs qu'à quelques mètres de son œuvre de mort, dans une jolie maison bourgeoise. Dans celle-ci, comme le révèle La Zone d'Intérêt, se joue une vie de famille d'une étonnante banalité. À cela près que les dames s'amusent à se partager les effets personnels des Juives déportées et que, derrière les murs épais, on entend les cris, les voix des victimes de la Shoah. On aperçoit la fumée des fours crématoires. C'est là que Rudolf Höss a décidé d'élever ses enfants, de se coucher le soir et d'embrasser son épouse le matin.

La rampe conduisant aux énormes chambres à gaz, c'est l'autre camp, le numéro deux, construit quelques mois plus tard et distant de 2 à 3 kilomètres. C'est pourquoi on discute encore pour savoir si, chez les Hoess, arrivaient les terribles odeurs qui montaient des fours et incommodaient les habitants de Brzezinka. Une chose est certaine, c'est que personne, même pas les nombreux prisonniers employés pour ratisser les pelouses, ne pouvait empêcher les cendres d'y retomber.

Diversité des Réactions : L'Héritage du Nazisme à Travers les Générations

Ce qui frappe, dans la manière dont ces fils et filles se comportent face au passé familial, c'est la diversité des réactions. Ils aiment et ne condamnent pas (Gudrun Himmler) ; ils condamnent et haïssent (Niklas Frank) ; ils ne haïssent pas mais condamnent (Martin Adolf Bormann Jr).

Plus on a été aimé par ses parents, plus il est difficile de se séparer de ses parents. Gudrun Himmler (fille de Heinrich Himmler, homme clé de la Gestapo et de la SS) et Edda Göring (fille de Hermann Göring, Reichsmarschall), petites princesses choyées par leur famille, sont restées jusqu'au bout des sympathisantes du nazisme. Elles demeurent dans le culte du père et nient leur implication dans la solution finale en Europe.

Niklas Frank, fils du gouverneur général de Pologne condamné à mort et exécuté en 1946, hait son père et sa mère. Il décrit son père comme un pauvre type, obnubilé par l'argent et l'apparence. "Tout ce qui l'intéressait, c'étaient les bijoux, les châteaux, les beaux uniformes."

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Martin Adolf Bormann Jr est né en 1930 à Grunwald. Il est le fils aîné des dix enfants du secrétaire particulier de Hitler, éminence grise du parti nazi. Le tribunal de Nuremberg condamnera le père à mort par contumace pour crime de guerre et crime contre l'humanité. Le fils se tournera vers le christianisme, se faisant baptiser en 1947 et ordonner prêtre en 1958. "Je ne hais pas mon père. Pendant plusieurs années j'ai appris à distinguer mon père en tant qu'individu et mon père en tant que politicien et officier nazi."

Albert Speer Jr, premier des six enfants, est né en 1934. Il sera architecte comme son père. Il a connu la déception absolue lorsque son père a refusé leur visite à la prison de Spandau. Il n'a jamais voulu répondre aux questions de ses enfants.

Rolf Mengele est né en 1944. Il est considéré comme un gauchiste radical par sa famille. Il rendra visite à son père, caché dans la banlieue de São Paulo, à l'âge de 33 ans. Il ne décèle en lui aucun regret. Le père demeurera à jamais un étranger pour le fils. Rolf Mengele le méprise plus qu'il ne le hait, mais il refusera de donner la moindre indication susceptible de provoquer son arrestation. Il décidera, dans les années 1980, de changer de nom, désirant pour ses propres enfants deux choses : la vérité et la liberté.

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