Qu'est-ce qu'un biberon, en fin de compte ? Le mot vient du latin « bibere », qui signifie « boire ». La forme du biberon influence la façon dont le bébé est nourri. Des découvertes archéologiques et des représentations artistiques à travers les siècles témoignent de l'évolution de cet objet essentiel.

Les origines antiques : biberons ou tire-lait ?

Dans l'Antiquité romaine, des objets ressemblant à des vases à fond plat, avec une panse globulaire, un col large et un bec tubulaire, étaient désignés par les termes latins guttus, ubuppa ou titina. Ces objets, découverts lors de fouilles, ont suscité des interrogations quant à leur fonction réelle : lampes à huile, pipettes ou biberons ?

Nadine Rouquet, spécialiste en céramique, a émis l'hypothèse qu'il pourrait s'agir de tire-lait. Elle suggère que la mère aspirait elle-même son propre lait. Cette hypothèse remet en question l'interprétation traditionnelle de ces objets comme de simples biberons. Des analyses biologiques ont révélé des traces d’acides gras saturés dans ces récipients (souvent en terre cuite) qu’on ne trouve que dans le lait humain ou animal.

Le Moyen Âge : cornes d'animaux et "chevrettes"

Au Moyen Âge, des représentations d'enfants avec ce qui pourrait être interprété comme un biberon apparaissent dans des tableaux et des gravures. Il s'agissait souvent d'une corne d'animal évidée, nettoyée, percée et recouverte d'un pis de vache ou d'un tissu enroulé.

La « Chevrette », un petit vase avec un goulot tubulaire, était utilisée pour les enfants plus âgés capables de tenir et de téter eux-mêmes. Ces biberons pouvaient être en terre cuite, en bois, en étain ou en verre. À cette époque, le lait animal était principalement utilisé pour nourrir les nourrissons. Un morceau de tissu recouvrait souvent la partie que l'enfant tétait pour éviter les blessures.

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L'évolution aux XVIIe et XVIIIe siècles : sophistication et verre

Les couches sociales plus aisées ont progressivement abandonné la « corne à boire » du Moyen Âge au profit d'objets plus sophistiqués, se rapprochant des biberons actuels. Initialement fabriqués par des maîtres potiers en étain au XVIIe siècle, ils ont été repris par l'industrie à partir du XIXe siècle. Ces modèles, souvent gravés d'un prénom et d'un nom, étaient solides et peu coûteux.

En 1786, Felipo Baldini propose un modèle de tétine en verre, présenté comme un « vaisseau qui tenait lieu de mamelle », permettant aux enfants de téter le lait peu à peu sans risque de fausse route. À la fin du XVIIe siècle, et surtout au début du XIXe siècle, le verre s'est généralisé dans le domaine de l'allaitement artificiel. Sa transparence et son inaltérabilité en ont fait un matériau de choix, facile à nettoyer et limitant les risques d'infections gastro-intestinales.

L'industrialisation et l'arrivée des marques au XIXe siècle

Parallèlement aux flacons en verre soufflé, des modèles portant le nom de leur inventeur ont commencé à apparaître, marquant l'arrivée des marques dans le domaine des biberons. Avec la révolution industrielle, le biberon est passé d'un produit artisanal et anonyme à une fabrication en série à grande échelle.

Édouard Robert, un entrepreneur dijonnais, a mis au point son « biberon Robert à soupape » dans les années 1860. Ce système, composé d'un long tuyau avec un second trou (« soupape ») pour réguler le débit, permettait au bébé de téter seul, ce qui a contribué à son succès. L'usine Robert, initialement située à Dijon, a été transférée à Paris vers 1880 et a produit des millions de biberons et de tétines. D’ailleurs, si l’on parle des « roberts » pour désigner en argot les seins de femmes, c’est bien en lien avec l’invention d’une tétine révolutionnaire par Edouard Robert.

Les dangers et les améliorations en matière d'hygiène

Le principal danger de l'alimentation au biberon résidait dans le manque d'hygiène et la mauvaise conservation du lait, souvent cru et falsifié, ainsi que dans l'utilisation de biberons en métal rouillé et de biberons Robert avec leur long tube difficile à nettoyer. Ces biberons Robert avec leur long tube impossible à nettoyer de façon correcte étaient appelés « engins de mort » (« murder bottles » en anglais).

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En 1910, le modèle Robert à soupape, jugé dangereux, a été interdit en France. En 1885, les contaminations liées à l'alimentation des nouveau-nés entraînaient la mort de 20 à 30 % des nourrissons. Il a fallu attendre le Congrès international de l'hygiène de 1889 pour que le corps médical recommande unanimement le lait bouilli. Les travaux de Louis Pasteur ont tout changé, le lait devient, au début du XXe siècle, un aliment secure (il est pasteurisé et les contrôles à l'étable sont renforcés). On stérilise les biberons qui depuis sont en Pyrex et résistent à la chaleur.

Le XXe siècle : innovations et préoccupations

Le biberon tel que nous le connaissons aujourd'hui a peu évolué au cours du XXe siècle. Après l'interdiction des biberons à long tuyau, les biberons en verre prennent leur essor. Ensuite, apparaissent les goulots larges, les graduations, les petits dessins et après la Seconde guerre mondiale, les bagues à vis pour fixer les tétines en caoutchouc. Puis, dans les années 60, c’est l’arrivée des biberons en plastique, et progressivement de matériaux sans Bisphénol A et des tétines en silicone.

En 1946, Raymond Lemoine a inventé le biberon Remond, caractérisé par un goulot plus large, un pas de vis pour fixer la tétine sans la toucher avec les doigts et un capuchon pour protéger la tétine. Ce biberon, initialement destiné aux hôpitaux, a connu un vif succès auprès du grand public. La marque Remond a également développé un biberon anti-aérophagique et une gamme de produits pour les tout-petits.

Depuis 2008, le bisphénol A, présent dans les plastiques alimentaires, est remis en cause et interdit dans les biberons en France depuis 2010 en raison de ses effets potentiels sur la santé.

Le biberon et le lien parent-enfant

Le biberon a eu un impact sur le lien parent-enfant. À la fin du XIXe siècle, de nombreuses mères n'allaitaient plus et confiaient cette tâche à des nourrices, souvent éloignées. Le biberon a rapproché les parents des enfants, du moins jusqu'aux années 1990, lorsque l'OMS a recommandé l'allaitement exclusif pendant les six premiers mois de l'enfant.

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Le biberon aujourd'hui

Aujourd'hui, les biberons sont fabriqués dans divers matériaux, avec des designs ergonomiques et des fonctionnalités innovantes pour faciliter l'alimentation des bébés et répondre aux préoccupations des parents en matière de santé et de sécurité. Actuellement nous sommes confrontés en néonatologie à l’acquisition de l’oralité des prématurés, domaine dans lequel les pédiatres ont fait preuve d’inventivité : « tulipe » « paille » « tasse » et autres techniques qui varient d’un service à l’autre et évoluent avec nos connaissances.

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