Robert Guédiguian, cinéaste et producteur reconnu, est une figure marquante du cinéma français. Se définissant comme à la fois allemand, arménien et marseillais, il a su imprimer à son œuvre une identité forte, ancrée dans ses origines et ses convictions. Son parcours, tant personnel que professionnel, est intimement lié à sa vie privée, notamment à sa relation avec l'actrice Ariane Ascaride, ainsi qu'à ses engagements politiques.

Rencontre et Débuts d'une Collaboration Unique

L'histoire de Robert Guédiguian est indissociable de celle d'Ariane Ascaride, sa compagne et collaboratrice de longue date. Leur rencontre, digne d'un scénario de film, a eu lieu à l'université d'Aix-en-Provence. Robert, alors jeune militant communiste, fut immédiatement séduit par l'intervention syndicale d'Ariane dans son amphithéâtre. Moins d'un an plus tard, ils étaient ensemble, marquant le début d'une aventure commune qui allait profondément influencer le cinéma français.

Ariane, passionnée de théâtre depuis son enfance, réussit le concours du Conservatoire de Paris. Robert la suivit, initialement avec le projet de poursuivre une thèse à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales. C'est là que leur parcours prit une tournure décisive. Grâce à Ariane, Robert rencontra le cinéaste René Féret, qui lui proposa de travailler sur le scénario de son prochain film, Berlin Alexanderplatz. Cette collaboration marqua le point de départ de la carrière cinématographique de Robert Guédiguian.

Une Œuvre Collective et Familiale

Le cinéma de Robert Guédiguian se distingue par son caractère collectif et familial. Outre Ariane Ascaride, il s'entoure d'une troupe d'acteurs fidèles, parmi lesquels Jean-Pierre Darroussin et Gérard Meylan, son ami d'enfance. Cette équipe, soudée par des liens forts, contribue à la création d'une œuvre cohérente et engagée.

Ariane Ascaride souligne l'importance de cette collaboration : « C’est une œuvre collective, au sens où il y a une division du travail. Les acteurs jouent, ce que je ne sais pas faire, et moi j’écris, je réalise et je produis. On ne fait pas le même boulot, mais à force, par capillarité, ils sont devenus des cocréateurs. Je suis influencé par ce qu’ils pensent du monde, par ce qu’ils disent, par leur façon de bouger, par ce qui se passe avec leurs enfants, leurs parents, leurs deuils, leur douleur… Je parle à travers eux. Ce sont nos films. Sans ces trois-là, j’ai du mal à m’exprimer. »

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Robert Guédiguian et Ariane Ascaride partagent une vie commune depuis plus de quarante ans. Leur relation, basée sur l'amour, le respect et la complicité, est une source d'inspiration constante pour leur travail. Robert reconnaît avoir du mal à parler de l'intimité de leur relation, mais il souligne que leur longévité est déjà une preuve de l'importance de ce qui se passe entre eux.

Ariane, quant à elle, explique que leur rencontre est due au hasard, mais qu'elle est basée sur une envie commune d'avoir une parole dans le monde. Robert était très engagé politiquement, tandis qu'elle l'était d'une autre manière, à travers le théâtre et la fiction. Ensemble, ils ont trouvé un langage commun et ont créé une œuvre qui leur ressemble.

Le couple Guédiguian-Ascaride est également entouré d'amis fidèles, tels que Gérard Meylan et Malek Hamzaoui, le directeur de production de tous ses films. Ces amis, qui sont aussi leurs témoins de mariage, font partie intégrante de leur vie et de leur travail. Ariane souligne que son rapport avec les garçons du groupe n'est pas un rapport de « femme de », mais qu'elle est elle-même, Ariane.

Fidélité aux Origines et aux Convictions

La fidélité est une valeur essentielle dans la vie et l'œuvre de Robert Guédiguian. Fidélité à ses origines, à son milieu social, à ses convictions politiques et à sa troupe de collaborateurs. Cette fidélité s'enracine dans la foi en une transformation du monde et dans une volonté émancipatrice.

Robert explique : « Malgré tout ce qui s’est passé depuis les années 1970, on a encore tous en commun ce rêve communiste de partage des richesses et du pouvoir. Il a été très malmené par l’Histoire mais au fond, ce rêve, je mourrai avec. S’il s’est maintenu jusque-là, c’est la raison pour laquelle je fais du cinéma. Pour entretenir cette foi, il faut la pratiquer. Pour rester ensemble, il faut faire des choses concrètes. Avant on militait, on se retrouvait dans des manifestations, des débats, maintenant on fait des films… et aussi des débats. Pour que les choses durent entre nous, il faut avoir le désir qu’elles durent. Il y a quelque chose de l’ordre de la construction. »

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Ariane ajoute que cette fidélité est un héritage de leur milieu social, où leurs parents leur ont inculqué un mode de vie et un regard sur l'autre basés sur la solidarité et l'entraide. Elle souligne également que la fidélité est un combat, qui nécessite de s'accrocher à des valeurs et de se préoccuper des autres.

Cette fidélité se traduit également par un attachement profond à Marseille, la ville natale de Robert Guédiguian. Il y a tourné la plupart de ses films, car il s'y sent autorisé et considère que le paysage lui appartient un peu. Pour lui, Marseille est le village, et l'histoire, c'est le monde. La ville est son théâtre, et il connaît bien tous les recoins de ce théâtre, ce qui lui permet de convoquer tel décor ou tel paysage selon les films.

Un Cinéma Engagé et Réaliste

Le cinéma de Robert Guédiguian est un cinéma engagé, qui aborde des thèmes sociaux et politiques importants. Ses films dénoncent les inégalités, l'exclusion et la désillusion du monde contemporain. Il n'hésite pas à montrer la réalité crue de la société, sans pour autant renoncer à l'espoir et à la fraternité.

Dans Gloria Mundi, l'un de ses films les plus noirs, Robert Guédiguian dresse un constat désabusé sur les rapports humains, marqués par la victoire du capitalisme et l'individualisme. Il dénonce l'idéologie dominante qui pousse chacun à ne penser qu'à sa réussite personnelle, au détriment de la solidarité et de la communauté.

Il explique : « Au fond, ce film témoigne d’une victoire à plate couture du capitalisme. Jamais la phrase de Marx affirmant que le capitalisme a noyé toutes les relations fraternelles, conviviales, familiales dans les eaux glacées du calcul égoïste - je cite de mémoire - n’a été aussi vraie qu’aujourd’hui. Elle date de 1848. À ce moment-là, elle était exagérée. Elle était visionnaire. Aujourd’hui, on est en plein dans cette idéologie. On ne propose à chacun qu’une réussite individuelle. Tout le monde a l’illusion de pouvoir devenir un patron, un premier de cordée, d’atteindre le sommet de la montagne, d’être milliardaire… On dit aux individus : « Vous en avez la possibilité ! » et, de plus en plus, chacun y croit. Avant, il y avait des espaces où cette illusion était contestée. Il y avait des syndicats, des associations, des partis, des Églises aussi, qui contestaient cette valeur, qui est une non-valeur. Aujourd’hui, le discours des dominants est soutenu par les dominés. C’est d’une telle absurdité ! »

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Malgré ce constat pessimiste, Robert Guédiguian continue de croire en la possibilité d'un monde meilleur. Il utilise son cinéma comme un outil pour éveiller les consciences, dénoncer les injustices et promouvoir les valeurs de solidarité et de fraternité.

Ariane Ascaride : Une Actrice Engagée et Indépendante

Ariane Ascaride est une actrice engagée, qui a su construire une carrière riche et diversifiée, tant au théâtre qu'au cinéma. Elle est reconnue pour son talent, sa sensibilité et son indépendance d'esprit. Elle a reçu de nombreuses récompenses, dont le César de la meilleure actrice pour son rôle dans Marius et Jeannette.

Ariane Ascaride est également une femme engagée dans la lutte pour la reconnaissance du génocide arménien. Dans Une histoire de fou, elle incarne Anouch, une femme déchirée entre deux générations, celle de sa mère rescapée du génocide et celle de son fils qui hurle vengeance. Elle porte toutes les douleurs de la diaspora arménienne et se bat pour que ce crime ne soit pas oublié.

Ariane explique : « Ce sont toujours les femmes qui racontent l’Histoire, qui chantent les chansons. L’histoire des familles passe par la parole des mères, pas par celle des pères. Les mères arméniennes avec leurs fils ont, comme dans beaucoup de communautés, cette attitude sacrificielle. Mais dans le cas d’Anouch, ça va aller très loin. Son fils va commettre un attentat. C’est une fille complexe en réalité car en même temps qu’elle admire son fils, elle va demander pardon à la victime accidentelle de celui-ci, un jeune garçon qui va venir remplir le vide qu’il a laissé sans jamais le remplacer. Elle se sent coupable et tout le monde, même son mari, lui reproche, comme à toutes les femmes, ce qui arrive à leur fils. »

Ariane Ascaride est une figure emblématique du cinéma français, qui a su marquer son époque par son talent, son engagement et sa fidélité à ses convictions. Elle est une source d'inspiration pour de nombreuses femmes et continue de se battre pour un monde plus juste et plus humain.

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