Robert Bourgi, avocat franco-libanais, est une figure centrale, bien que controversée, de ce que l'on appelle la "Françafrique". Son parcours, marqué par des liens étroits avec des dirigeants africains et des personnalités politiques françaises de premier plan, en fait un acteur incontournable, mais aussi critiqué, des relations franco-africaines.

Un Héritier de la "Françafrique"

Né en 1945 au Sénégal, au sein d'une famille libanaise, Robert Bourgi est souvent considéré comme l'héritier de Jacques Foccart, figure emblématique de la "Françafrique". Ce terme, qui désigne un mélange de clientélisme, d'affairisme et de diplomatie parallèle, a longtemps caractérisé les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines. Le père de Robert, Mahmoud Bourgi, prospère négociant en textile, croise la route tortueuse de Foccart, avec qui il tisse des relations d'affaires sur fond de commune admiration pour "le Grand Charles". Mahmoud Bourgi devient ainsi l’informateur attitré de Jacques Foccart.

Bourgi, qui parle l'arabe et le wolof, enseigne le droit à Cotonou (Bénin), Nouakchott (Mauritanie) et Abidjan (Côte d'Ivoire), où il se lie avec un indocile prof d'Histoire nommé Gbagbo. De 1986 à 1988, il occupe un poste de conseiller politique au cabinet de Michel Aurillac, ministre de la Coopération et futur fondateur du Club 89, fer de lance des réseaux néo-gaullistes dont "Bob" animera le chapitre africain.

Conseiller Oculte de la Droite Française

Robert Bourgi a été un conseiller discret, mais influent, de plusieurs ministres de droite. Il entretenait des liens étroits avec d'anciens présidents africains tels qu'Omar Bongo (Gabon), Abdoulaye Wade (Sénégal) et Denis Sassou-Nguesso (Congo). On lui prête un rôle décisif dans l'éviction, en 2008, du secrétaire d'Etat à la Coopération de Nicolas Sarkozy, Jean-Marie Bockel, qui avait souhaité la fin de la "Françafrique".

Il est réputé proche de Claude Guéant, ancien secrétaire général de l'Elysée et ministre de l'Intérieur à l'époque de Nicolas Sarkozy, qui l'a décoré de la Légion d'honneur le 27 septembre 2007, quelques mois après le début de son quinquennat. Le chef de l'Etat avait alors salué un "grand serviteur de l'Etat" et un "défenseur infatigable" de la France. Il avait dit pouvoir "continuer à compter sur (sa) participation à la politique étrangère de la France, avec efficacité et discrétion".

Lire aussi: Maternité Robert Debré : Inscription

Robert Bourgi rompt avec les « Chiraquiens » et rallie le « camp de Nicolas Sarkozy » en septembre 2005 et lors de la remise de ses insignes de Chevalier de l’Ordre national de la légion d’honneur au Palais de l’Elysée le jeudi 27 septembre 2007 à 19 heures, le Président français Nicolas Sarkozy : « Ce qui nous unit, Robert et moi, c’est une amitié de vingt quatre (24) ans, depuis que nous nous sommes rencontrés au RPR en 1983… ».

L'Affaire des Mallettes de Billets

La discrétion de Robert Bourgi a pris fin en 2011 lorsqu'il a révélé, dans un livre et des interviews, avoir remis des "mallettes" d'argent liquide provenant de dirigeants africains à Jacques Chirac, alors maire de Paris, puis à l'Elysée, en présence de son collaborateur, Dominique de Villepin. Ces révélations ont valu à l'avocat d'être poursuivi en diffamation par l'ancien chef de l'Etat.

Dans une interview accordée le 11 septembre 2011 à Europe 1, Robert Bourgi avait admis ne pas avoir de preuves de ses allégations, qu'il avait toutefois réitérées. "C'est ma conscience qui m'a dicté le devoir de parler", avait-il alors expliqué. "Je veux une France propre à droite et à gauche." Le lundi 12 septembre 2011, sur la Radio France Internationale (RFI), Robert Bourgi explique pourquoi il a fait ces révélations : « Je veux une France propre. Je veux une relation avec l’Afrique assainie, dans le droit fil de ce que le Président de la République (Nicolas Sarkozy) a décidé : la rupture. Il y a une certaine forme de rupture, c’est-à-dire le soutien à des chefs d’Etat qui sont des potentats, et qui sont rejetés par leur peuple, qui n’appliquent aucune des règles de la démocratie. Je veux aider le président dans sa politique de rupture. Ce n’est pas l’homme à encourager les chefs d’Etat qui restent 30, 35 ans, 40 ans au pouvoir, comme ceux d’ailleurs qui viennent de démentir : Blaise Compaoré au Burkina Faso, 30 ans de pouvoir. Vous savez très bien que ses mains sont loin d’être propres ! Obiang Nguema en Guinée équatoriale 35 ou 40 ans de pouvoir… Abdoulaye Wade au Sénégal qui a 87 ans et qui se dit assez jeune pour postuler un autre mandat de 7 ans ? Je dis stop ! Et vous savez ce que je retiens dans tout cela, tous les dons d’Omar Bongo du Gabon, de Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzaville, d’Obiang Nguema, de Wade, tous les démentis importent peu. Après ces révélations, l’ONG Transparency International demande que Robert Bourgi soit entendu par la justice française. De même, Mamadou Koulibaly, ancien Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire et n° 2 du Parti politique du Président Laurent Gbagbo, le Front Populaire Ivoirien (FPI) jusqu’en juillet 2011 et qui a quitté ce Parti après l’arrestation du Président Gbagbo Laurent, pour créer son propre Parti politique, confirme les propos de Robert Bourgi relatifs au Président Gbagbo Laurent et dit : « Robert Bourgi a parfaitement raison, il y a eu un transfert d’argent entre Laurent Gbagbo (au pouvoir de 2000 à 2011) et Jacques Chirac, en 2002 […] d’environ deux milliards de FCFA transportés d’Abidjan vers Paris par valise. Karim Wade dit : « Je dénonce vigoureusement ces affirmations hallucinantes, sorties de sa seule imagination (…) Je démens catégoriquement les accusations extrêmement graves, mensongères et hallucinantes de monsieur Robert Bourgi. Ali Bongo, Président du Gabon et fils du Président Omar Bongo, interrogé par les journalistes sur ces accusations dit : « Je ne connais pas la Françafrique. C’est une affaire qui ne nous concerne pas. (…) C’est une affaire qui pour moi relève du passé, je ne connais pas la Françafrique. (…) Il faut croire qu’il y a beaucoup de personnes qui vivent dans le passé, et chaque fois qu’on dit qu’on ne connaît pas cette affaire (la Françafrique), il s’en trouve toujours pour nous ramener en arrière. (…) Quand je dis que je ne connais pas la Françafrique, je ne connais pas la Françafrique. (…) Je connais les relations d’Etat à Etat que j’ai avec un pays, un de nos partenaires privilégiés, comme aussi d’autres relations privilégiées avec d’autres pays. Et il se trouve que depuis qu’il est indépendant, le Gabon a des relations avec beaucoup de pays. Et dans le cadre de ces autres pays, on ne vient pas me parler d’affaires comme celle-là. (…) Ceux qui ont porté plainte sont ceux qui ont été personnellement mis en cause.

L'Affaire des Costumes de Fillon

L'avocat Robert Bourgi a reconnu auprès de l'agence AFP avoir acheté des costumes, pour un montant de 13.000 euros, à François Fillon, "un simple cadeau amical" effectué, selon lui, sans "conflit d'intérêt ni trafic d'influence". "On ne m'a jamais vu à son siège de campagne comme à ses meetings", a assuré l'avocat, connu pour ses liens avec plusieurs dirigeants africains, dans une déclaration envoyée à l'AFP. L'enquête sur de possibles emplois fictifs familiaux, qui a valu à M. Fillon d'être mis en examen en pleine campagne présidentielle, a été étendue aux conditions dans lesquelles des costumes de luxe lui ont été offerts. Les deux costumes ont été commandés le 7 décembre 2016, ont appris les enquêteurs après les deux perquisitions à la boutique du tailleur parisien, puis réglé le 20 février dernier. "Un ami m'a offert des costumes en février. Et alors?", avait confirmé lundi le candidat de la droite à la présidentielle, dans "Les Échos ", dénonçant des intrusions dans sa vie privée et affirmant que ces cadeaux n'avaient "rien à voir" avec la politique. Aux deux costumes s'ajouteraient selon le "JDD " près de 35.500 euros "réglés en liquide" chez ce même tailleur, pour un montant de près de 48.500 euros au total depuis 2012. Ce point est contesté par le camp Fillon. "Jamais Arnys n'aurait accepté 35.000 euros en cash.

Robert Bourgi et Nicolas Sarkozy

Robert Bourgi rompt avec les « Chiraquiens » et rallie le « camp de Nicolas Sarkozy » en septembre 2005 et lors de la remise de ses insignes de Chevalier de l’Ordre national de la légion d’honneur au Palais de l’Elysée le jeudi 27 septembre 2007 à 19 heures, le Président français Nicolas Sarkozy : « Ce qui nous unit, Robert et moi, c’est une amitié de vingt quatre (24) ans, depuis que nous nous sommes rencontrés au RPR en 1983… ».

Lire aussi: L'humanisme photographique de Doisneau

Michel Bonnecorse dit : « Il semblait évident qu’il y aurait deux candidats à droite, Robert Bourgi estima qu’il était temps de tendre la sébile pour les deux. Dès lors, il obtient de Denis Sassou Nguesso et d’Omar Bongo des sommes conséquentes. Mais quand il rentre à Paris, Dominique de Villepin est à terre, après l’échec retentissant du CPE en avril 2006, son projet de loi retiré. Tout logiquement, Bourgi estime que désormais la route est dégagée pour Sarkozy. Villepin est cuit… Et au lieu de distribuer une mallette à chacun, il n’en fait qu’une, plus grosse, et la dépose aux pieds du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy. Et le retour sur investissement a été immédiat après l’élection de Nicolas Sarkozy : Bongo a été, un des tout premiers, sinon le premier chef d’Etat appelé par le nouveau président après son élection, poursuit le diplomate. Robert Bourgi avait dit : « Je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy.( …) Je travaille à la fois pour les présidents africains et pour le président français. Je ne suis pas conseiller, plutôt missi dominici.

Robert Bourgi : Un Personnage Complexe et Controversé

Robert Bourgi est un personnage complexe, aux multiples facettes. Avocat d'affaires, conseiller politique, intermédiaire influent, il a tissé sa toile dans les cercles du pouvoir, en France et en Afrique. Son rôle dans la "Françafrique" est à la fois indéniable et controversé. Certains le considèrent comme un acteur incontournable des relations franco-africaines, tandis que d'autres le critiquent pour ses méthodes et ses liens avec des régimes autoritaires. Pour ironiser, il dit : « C’est ma femme, Catherine qui traite les dossiers et plaide. Moi, j’apporte les affaires.

La Famille Bourgi

Chez les Bourgi, on a la politique dans le sang. Son père, Mahmoud, qui sillonnait l’Afrique pour ses affaires, était déjà l’un des meilleurs informateurs de Foccart. Lui, après un doctorat de droit public et un autre en sciences politiques, enseigne d’abord à Abidjan, où il croise le jeune Laurent Gbagbo. Puis il débarque à Paris, conseiller du ministre de la Coopération, Michel Aurillac, pendant la cohabitation de 1986-1988. Il rencontre sa femme, Catherine Vittori, à ce moment-là. Cette avocate d’origine corse l’assiste encore aujourd’hui en plaidant les dossiers de ses clients africains. Ils auront trois enfants.

L'un, Robert, avocat de droite proche de Chirac, de Villepin puis de Sarkozy, décoré de la Légion d'honneur, incarne de façon trouble la Françafrique ; l'autre, Albert, universitaire de gauche, longtemps éditorialiste à Jeune Afrique, en pourfend les dérives depuis quarante ans. L'un s'est fait sorcier blanc des chefs d'Etat de nos anciennes colonies, de Wade à Bongo, de Mobutu à Sassou Nguesso ; l'autre a épousé le rêve des prisonniers et des opposants. L'un aime sans complexe le pouvoir et l'argent, a pignon sur la très chic avenue Pierre-Ier-de-Serbie, dans le 16e arrondissement de Paris et roule en Maserati ; l'autre déteste le Bristol et corrige des thèses de droit dans son petit bureau surchargé du 12e arrondissement… Robert et Albert : deux petites lettres seulement différencient les frères Bourgi. Mais les engagements ont éloigné le « porteur de valises », sous les feux médiatiques depuis son grand déballage sur les financements occultes entre la France et le continent noir, de son frère aîné dont la trajectoire raconte un autre paysage franco-africain.

Lire aussi: Votre guide de l'École Maternelle Moulin Fleuri

tags: #robert #bourgi #enfants

Articles populaires: