Introduction

La question des droits des couples homosexuels et des familles homoparentales a connu une évolution significative en France au cours des dernières années. Le mariage pour tous, l'accès à la procréation médicalement assistée (PMA) pour les couples de femmes, et les débats persistants autour de la gestation pour autrui (GPA) sont autant de sujets qui témoignent des mutations sociétales et des enjeux juridiques complexes. Cet article vise à dresser un état des lieux des droits et des défis auxquels sont confrontés les couples mariés, en union libre, et les familles homoparentales en matière de filiation, d'autorité parentale et d'accès à la PMA.

Mariage pour Tous et Droits Parentaux

La loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, adoptée en 2013, a constitué une avancée majeure en matière d'égalité des droits. Les couples homosexuels peuvent désormais se marier et bénéficier de tous les avantages qu'apporte le mariage, notamment en matière de filiation et d'autorité parentale.

Adoption

Le mariage offre aux couples homosexuels la possibilité d'adopter l'enfant de leur conjoint. L'adoption au sein du mariage permet d'établir une double filiation à l'égard des deux membres du couple, avec les mêmes droits et les mêmes obligations en matière d'autorité parentale et de succession. Auparavant, l'adoption était possible à titre individuel, mais le mariage est devenu la voie privilégiée pour garantir une double filiation reconnue pour l'enfant au sein d'un couple homosexuel.

PMA et Mariage

Avant 2021, l'accès à la PMA était réservé aux couples hétérosexuels. Le mariage pour tous n'avait pas automatiquement entraîné l'ouverture de la PMA aux couples de femmes, ce qui constituait une discrimination persistante. Cette interdiction était contournée par de nombreux couples qui se rendaient à l'étranger, notamment en Belgique et en Espagne, où la PMA était accessible. La filiation était alors établie uniquement avec la mère biologique.

Union Libre et Droits Parentaux : Un Parcours Semé d'Embûches

Contrairement aux couples mariés, les couples en union libre se heurtent à des difficultés en matière de droits parentaux. La filiation n'est établie qu'à l'égard d'un seul parent, ce qui a des conséquences importantes en termes d'autorité parentale et de droits de l'enfant.

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Absence d'Adoption Possible

Les couples non mariés ne peuvent pas adopter l'enfant de leur concubin.e. Les juges refusent cette possibilité car cela aurait pour effet de priver le « premier » parent de toute son autorité parentale envers l'enfant. Les juges considèrent que cela n'est pas dans l'intérêt de l'enfant. Pour les couples en union libre, la seule option pour établir une double filiation est de se marier, car l'adoption dans le cadre du mariage ne produit pas ce même effet de transfert d'autorité parentale.

Délégation-Partage de l'Autorité Parentale

Avant le mariage pour tous, les couples homosexuels en union libre pouvaient recourir à une requête conjointe en délégation-partage de l'autorité parentale. Cette procédure permettait de partager l'autorité parentale à l'égard de l'enfant de leur concubin.e. Toutefois, cette procédure est devenue moins pertinente depuis le mariage pour tous. Les juges ont tendance à faire une application plus restrictive de la loi et exigent des circonstances particulières pour accorder la délégation-partage.

Séparation et Droits des Tiers

En cas de séparation d'un couple en union libre, lorsque la filiation n'est établie qu'à l'égard d'un seul parent, la situation juridique est complexe. Le parent social, c'est-à-dire celui qui n'a pas de lien de filiation reconnu avec l'enfant, est considéré comme un tiers. Or, les articles du code civil portant sur la résidence de l'enfant et l'organisation du droit de visite et d'hébergement ne concernent que les parents, et non les tiers.

Pour pallier ce vide juridique, il est possible d'utiliser l'article 371-4 du code civil, qui dispose que l'enfant a le droit d'entretenir des relations personnelles avec ses ascendants et avec les tiers. Le parent social doit alors endosser la dénomination de « tiers » et démontrer qu'il est dans l'intérêt supérieur de l'enfant d'entretenir des relations avec lui.

PMA Ouverte aux Couples de Femmes : Une Avancée Majeure

Depuis 2021, la loi de bioéthique a ouvert l'accès à la PMA aux couples de femmes, leur permettant de fonder une famille sans discrimination. Cette avancée a été saluée par les associations de défense des droits des familles homoparentales, qui y voient une reconnaissance de leur projet parental.

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Reconnaissance Conjointe Anticipée (RCA)

Dans le cadre de la PMA avec don de gamètes, les couples de femmes doivent effectuer une reconnaissance conjointe anticipée (RCA) devant un notaire. Cette reconnaissance doit avoir lieu impérativement avant la conception de l'enfant et le début des actes médicaux. La RCA permet d'établir simultanément la filiation de l'enfant à l'égard des deux mères, la mère biologique et la « mère sociale ».

Inscription à l'État Civil

Sur l'acte de naissance, la femme qui a accouché est inscrite dans la première rubrique « mère », et celle qui n'a pas accouché est inscrite dans la seconde rubrique « mère ». Les deux mères peuvent choisir le nom de famille de leur enfant, soit le nom de l'une d'entre elles, soit l'accoler leurs deux noms de famille.

AMP Réalisées à l'Étranger

Dans le cas où une partie ou la totalité du parcours d'AMP a lieu à l'étranger, il est important de recueillir en France le consentement au don de gamètes et la reconnaissance conjointe des deux femmes pour faire valoir les droits parentaux de la mère qui ne porte pas l'enfant.

Dispositif de Rattrapage

La loi de 2021 a prévu un dispositif de rattrapage pour permettre la régularisation du statut des enfants déjà conçus ou nés à la suite d'une AMP avec don pratiquée à l'étranger avant la loi de 2021. Jusqu'au 3 août 2024, il est possible de faire une reconnaissance conjointe de manière rétroactive devant un notaire pour établir la maternité de celle qui n'a pas accouché.

Inégalités et Discriminations Persistantes

Malgré les avancées législatives, des inégalités et des discriminations persistent en matière de droits des familles homoparentales.

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Filiatioin Différenciée Selon l'Orientation Sexuelle

La loi de bioéthique a créé des filiations différentes en fonction de l'orientation sexuelle des parents. Les couples de femmes doivent signer une RCA, tandis que les couples hétérosexuels peuvent établir la filiation du père par une simple déclaration volontaire en mairie, même s'il n'est pas le géniteur biologique. Cette différence de traitement est perçue comme une discrimination symbolique, qui envoie le message que les familles homoparentales ne sont pas comme les autres.

Insémination Artisanale

La reconnaissance conjointe anticipée ne s'applique pas aux inséminations artisanales avec le sperme d'un donneur connu ou importé de l'étranger. Pour ces couples, la seule option est l'adoption intrafamiliale.

Modèles Étrangers Plus Égalitaires

Certains pays, comme la Belgique, l'Espagne et le Royaume-Uni, ont adopté des modèles plus égalitaires, avec un dispositif unique pour les couples de femmes et les couples hétérosexuels.

Gestation Pour Autrui (GPA) : Un Débat Toujours Vif

La gestation pour autrui (GPA) est interdite en France, que le couple soit homo ou hétéro. Les couples qui y ont recours à l'étranger se heurtent au refus d'inscrire l'acte de naissance dans le registre de l'état civil français. La France a été condamnée par la CEDH dans des affaires de GPA, et les dossiers concernés sont en cours de réexamen. Le débat sur la GPA reste vif en France, avec des arguments éthiques et juridiques complexes.

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