L'infertilité masculine est un problème de santé publique qui touche de nombreux couples à travers le monde. Face à ce défi, la recherche scientifique s'active pour développer des solutions innovantes permettant de redonner vie aux spermatozoïdes et d'améliorer les chances de conception. Cet article explore les avancées récentes dans ce domaine, en mettant en lumière les différentes approches thérapeutiques et les perspectives d'avenir.
L'Infertilité Masculine : Un Problème de Société
L'infertilité est un problème pour de nombreux couples qui cherchent à avoir un enfant. En France, un couple sur huit a des difficultés à concevoir. Dans 40 % des couples souffrant d'infertilité, il s'agit d'un problème d'infertilité masculine. Pendant de nombreuses années, c'était un sujet assez tabou dans la société. Heureusement, les mentalités évoluent et les hommes sont de plus en plus nombreux à consulter et à prendre en charge leur fertilité.
Les hommes peuvent être les seuls responsables de l’infertilité d’un couple dans 20 % des cas, mais ils contribuent à l'infertilité du couple dans 30 à 40 % des cas.
Les Causes de l'Infertilité Masculine
Certains des problèmes les plus courants concernent les spermatozoïdes, notamment leur faible nombre, une mobilité anormale ou des formes anormales. Un nombre d'environ 39 millions de spermatozoïdes par éjaculation est considéré comme normal. La santé générale, des problèmes hormonaux et d’autres facteurs peuvent également affecter la fertilité masculine. Les scientifiques continuent de découvrir des causes possibles d'infertilité, comme certaines maladies génétiques rares ou la perturbation des microbes vivant naturellement dans les organes génitaux masculins.
Parmi les causes plus spécifiques, on retrouve l'azoospermie non obstructive, une condition où le sperme d'un homme ne contient aucun spermatozoïde mesurable. Ce phénomène concerne environ 15 % des hommes infertiles. Lorsque cette absence est liée à une absence de production de spermatozoïdes dans le testicule, cette pathologie se nomme « azoospermie non obstructive ». À l'heure actuelle, des solutions sont apportées aux couples souffrant d'infertilité grâce au développement des techniques de Procréation Médicalement Assistée (PMA). De nouvelles stratégies thérapeutiques doivent être mises en place pour ces patients.
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Une Approche Thérapeutique Innovante : La Réintroduction de Matériel Génétique
Ce projet est mené par Charline Vilpreux dans l'équipe « Génétique, épigénétique et thérapies de l'infertilité » co-dirigée par Dr Christophe Arnoult et Pierre Ray à l'Institut pour l'avancée des biosciences à la Tronche. Son approche est très innovante : il s'agit de réintroduire dans les cellules germinales des cellules productrices de spermatozoïdes, le message génétique capable de produire cette protéine : soit de l'ADN, plus précisément des séquences du gène d'intérêt ; soit de l'ARNm, la molécule qui fait l'intermédiaire entre le gène et la protéine.
Les molécules, ADN ou ARNm, sont injectées au niveau des testicules. Ensuite, elles sont introduites dans les cellules par une technologie dite d'« électroporation » qui consiste à créer des pores, des « trous » dans la membrane plasmique des cellules. La première partie du projet consiste à comparer l'efficacité de la production protéique induite par l'injection de l'ADN par rapport à celle de l'ARNm afin de déterminer la plus efficiente. Dans un deuxième temps, la chercheuse testera cette technologie au sein de modèles murins touchés par une azoospermie non obstructive, et ce dans le but de restaurer la production de spermatozoïdes.
L'Intelligence Artificielle au Service de la Détection des Spermatozoïdes Viables
Alors que l’intelligence artificielle se développe, une nouvelle avancée médicale pourrait changer le destin des couples infertiles. Des chercheurs de l’Université Columbia se sont appuyés sur l’intelligence artificielle pour lutter contre l’infertilité d’un homme. Les chercheurs ont utilisé un nouveau système d’imagerie appelé STAR (Sperm Tracking and Recovery). Il permet d’identifier les spermatozoïdes viables dans les cas d’azoospermie non obstructive, une condition où le sperme d’un homme ne contient aucun spermatozoïde mesurable. Un homme s’est porté volontaire dans le cadre de cette recherche. Les scientifiques ont pu trouver deux spermatozoïdes viables. Cela a suffi à créer un embryon qui a finalement permis à sa compagne de tomber enceinte. Ce premier succès a permis de donner naissance à plusieurs essais cliniques. Ces derniers ont pour but de confirmer la technique mise au point par les chercheurs de Columbia, mais aussi de la rendre accessible dans le monde entier. Cette méthode fonde de nouveaux espoirs dans le domaine de la fertilité pour les couples qui souffrent de cet obstacle de détection des spermatozoïdes.
L'Importance de l'Hygiène de Vie
Les toxines, en particulier contenues dans l’alcool et le tabac, peuvent fortement affecter la qualité des spermatozoïdes. La corpulence et l’activité physique comptent également. Les hommes ayant un indice de masse corporelle élevé sont plus susceptibles de rencontrer des problèmes de mobilité des spermatozoïdes. L’exercice physique stimule la production de sperme, mais là encore, la modération est préférable, car un entraînement trop intense peut perturber les hormones. Des études chez l’Homme et chez l’animal ont montré que certains produits chimiques dans l’environnement peuvent aggraver la fertilité masculine, notamment les microplastiques, les phtalates et le bisphénol A. Mais comme certains de ces produits sont très répandus, ils sont difficiles à éviter. Le vieil adage selon lequel il faut éviter les bains à remous et les saunas est en revanche vérifié. Les spermatozoïdes prospèrent entre 33 et 35°C, c’est pourquoi les testicules sont situés sous la température corporelle de 37°C environ. La chaleur excessive est aussi la raison pour laquelle il vaut mieux ne pas travailler avec un portable posé directement sur les cuisses. L’essentiel est de reconnaître que les hommes peuvent faire beaucoup de choses pour améliorer leur fertilité.
En plus de la thérapie hormonale, d’autres médicaments soignent l’infertilité masculine en augmentant une faible libido ou en ralentissant l’éjaculation précoce. Les compléments alimentaires antioxydants, notamment le lycopène, le zinc, la coenzyme Q10 et les vitamines C, D et E, peuvent tous stimuler la production de spermatozoïdes. Si le problème est mécanique, les médecins peuvent pratiquer des interventions chirurgicales pour retirer des kystes, réparer des conduits, réduire la taille de veines dilatées ou corriger d’autres anomalies de « plomberie ».
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La Conservation des Gamètes : Une Option pour Préserver la Fertilité
Tout comme les femmes qui vieillissent et souhaitent des enfants plus tard peuvent faire conserver leurs ovules, certains hommes devraient envisager de conserver leur sperme, explique Maria-Beatrice Dal Canto, biologiste dans la même entreprise et autre co-autrice de l’étude. Depuis la loi de bioéthique de 2021, les Français peuvent désormais faire congeler leurs gamètes (ovocytes ou spermatozoïdes) sans motif médical pour anticiper une baisse de fertilité. Selon l’Agence de la biomédecine, cette pratique est strictement encadrée : elle est accessible aux femmes de 29 à 37 ans et aux hommes jusqu’à 45 ans.
Mythes et Réalités sur la Fertilité Masculine
Pourtant, malgré une prise de conscience accrue, les mythes et la désinformation sur la fertilité masculine abondent. Voici ce que les médecins spécialisés en santé reproductive entendent fréquemment.
- La testostérone améliore la fertilité : FAUX. Les testicules ont besoin de niveaux élevés de testostérone pour produire du sperme. Mais prendre des doses supplémentaires de testostérone augmente les niveaux sanguins, ce qui pousse les testicules à ralentir leur propre production naturelle de testostérone. « Prendre de la testostérone est en réalité la pire chose à faire si vous essayez d’avoir un enfant », souligne Stan Honig. « Cela réduit le nombre de spermatozoïdes, parfois à zéro. » La supplémentation en testostérone est tellement efficace pour faire chuter le nombre de spermatozoïdes que les chercheurs évaluent son potentiel comme composant d’un contraceptif masculin.
- Seules les femmes ont une horloge biologique : FAUX. Bien que des pères célèbres de plus de soixante-dix ans, comme Kelsey Grammer et Al Pacino, puissent donner l’impression que seules les femmes ont une horloge biologique, de nouvelles recherches ont montré que les hommes en ont une aussi. Les taux de fausse couche se sont révélés nettement plus élevés et les taux de naissance plus faibles chez les hommes de plus de 45 ans, avec 35 % des procédures résultant par la naissance d'un bébé, contre 41 % chez les hommes plus jeunes.
Kallistem et la Spermatogenèse In Vitro : Un Espoir à Confirmer
Des chercheurs d’une start-up lyonnaise, Kallistem, annoncent avoir réussi à obtenir en laboratoire des spermatozoïdes humains complets, à partir de spermatogonies, les cellules souches germinales. Ils devaient présenter leur technologie jeudi 17 septembre. La spermatogenèse, c’est-à-dire la fabrication de spermatozoïdes dans les testicules à partir de cellules souches, est un processus complexe, qui dure soixante-douze à soixante-quatorze jours dans l’espèce humaine. Il débute à la puberté et se poursuit pendant toute la vie adulte. Depuis une trentaine d’années, de nombreuses équipes se sont attelées au défi de reconstituer ce cycle en éprouvette. Jusqu’à présent, les rares succès ont été principalement obtenus chez des rongeurs, et rendus publics par la voie classique des publications scientifiques.
Kallistem mise sur une tout autre stratégie de communication. Avec des annonces peu académiques qui font le buzz dans les médias, mais pas l’unanimité dans la communauté scientifique. La première date en fait du 5 mai. Par communiqué, la société indique être parvenue à obtenir des spermatozoïdes humains complets in vitro. Une « première mondiale », et « un véritable exploit biotechnologique », dixit le document. Mais aucune preuve scientifique n’est apportée et les chercheurs ne répondent pas aux médias. Ils étaient en fait tenus au silence du fait d’une demande de brevet, déposée fin 2013, expliquent-ils aujourd’hui. Le brevet décrivant l’ensemble du dispositif, nommé Artistem, ayant été publié le 25 juin, la start-up, qui est en pleine levée de fonds, a décidé de franchir un nouveau pas. Elle rend publics non pas de nouveaux résultats, mais quelques précisions sur les expériences et la technologie utilisée.
Pour l’heure, ils ont du mal à convaincre leurs confrères. « Nous attendons avec impatience une publication scientifique validée par les pairs. Mais d’ici là, il est difficile de se prononcer », estime le professeur Louis Bujan, spécialiste en médecine de la reproduction, directeur d’une unité de recherche en fertilité humaine (université de Toulouse-III).
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Création de Sperme de Souris Viable à Partir de Cellules Souches : Une Avancée Prometteuse
Des chercheurs chinois ont réussi l'exploit de créer du sperme de souris viable grâce à des cellules souches. Cette découverte pourrait permettre de développer un nouveau traitement contre l'infertilité. Des bébés pourront-ils bientôt voir le jour grâce à du sperme conçu en laboratoire? S'il y a encore du chemin à parcourir pour l'homme, des scientifiques de la faculté de médecine de Nankin (Chine) sont parvenus à donner naissance à des souriceaux grâce à ce procédé. Ils ont réussi à recréer la cellule reproductrice de l'homme, le spermatozoïde. Leur but n'est pas de remplacer l'homme mais bien de l'aider. Cette recherche, publiée dans la revue scientifique américaine Cell Sterm Cell ce jeudi, est une avancée pour traiter l'infertilité masculine. On estime qu'elle touche 15% des couples, un tiers serait imputable à l'homme. Une nouvelle piste donc pour élaborer un traitement.
Les scientifiques chinois ont manipulé des cellules souches embryonnaires de rats, de manière à ce qu'elles deviennent des cellules reproductrices. L'équivalent du sperme. Dans un second temps, ils les ont injectées dans un ovocyte, la cellule reproductrice féminine susceptible d'évoluer en ovule. Celui-ci a ensuite été implanté dans des rates qui ont donné naissance à des souriceaux viables et sans malformations. L'une des causes de l'infertilité masculine est due à l'incapacité de créer des cellules germinales, susceptibles de former des spermatozoïdes, dans les testicules. Les chercheurs ont ainsi établi "une approche solide, étape par étape, qui reproduit la formation de cellules de sperme viables in vitro. Cette méthode se conforme totalement aux normes internationales de référence en la matière, récemment proposées par un groupe de biologistes experts de la reproduction", explique Jiahao Sha, co-auteur de l'étude. La prochaine étape pour les chercheurs est de tester leur méthode sur des primates, avant l'homme.
Bilan de Fertilité à 29 Ans : Une Initiative Gouvernementale pour Sensibiliser et Prévenir
Dans un contexte où les berceaux français sonnent un peu creux, et le taux de natalité est en chute libre, l’exécutif a décidé de prendre le taureau par les cornes… ou plutôt, l’ovocyte par le noyau avec pour objectif de prévenir l’infertilité avant qu’il ne soit trop tard. Si vous avez 29 ans, vous êtes officiellement dans le viseur du ministère de la Santé. Pour les biologistes, 30 ans marque souvent un premier palier symbolique et physiologique. Si la fertilité masculine décline plus tardivement et plus doucement, celle des femmes connaît un infléchissement plus marqué après la trentaine. En écrivant aux jeunes adultes à 29 ans, le gouvernement espère toucher les gens avant que le déclin de la fertilité ne devienne un obstacle majeur au projet parental. C’est une manière de dire : « On ne vous force à rien, mais sachez où vous en êtes ». Une sorte de contrôle technique de la reproduction, avant que le moteur ne commence à montrer des signes de fatigue.
Le dispositif prévoit un bilan de fertilité complet et, point crucial, pris en charge à 100 % par l’Assurance Maladie. Ce bilan ne se résume pas à une simple discussion entre quatre yeux. Selon les premières orientations du plan contre l’infertilité, il comprendrait :
- Pour les femmes : un dosage de l’hormone anti-müllérienne (AMH) pour évaluer la réserve ovarienne, parfois complété par une échographie pelvienne pour compter les follicules.
- Pour les hommes : un spermogramme peut être proposé pour analyser la qualité et la quantité de spermatozoïdes, dont on sait que la concentration a chuté de moitié en cinquante ans dans les pays développés.
- Pour tous : un entretien approfondi sur l’hygiène de vie. Car oui, le tabac, l’alcool, le stress et surtout les perturbateurs endocriniens, sont les ennemis jurés de la reproduction.
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