Partout dans le monde, des millions d’éleveurs produisent du lait à partir de différentes espèces animales, en tenant compte des réalités climatiques, géographiques et économiques locales. Bien que la vache soit de loin l’espèce la plus productive en termes de volume, d’autres mammifères jouent un rôle important dans la diversité des laits consommés à l’échelle mondiale. Qu’est-ce qui explique la suprématie de la vache ? Quelles sont les races les plus performantes ? Et quelles sont les conséquences de cette production ? Cet article propose une analyse approfondie de ces questions.

La Vache : Reine de la Production Laitière Mondiale

La vache domine largement la production laitière mondiale. Selon la FAO, les bovins représentent 81 % du lait produit à l’échelle planétaire, formant ainsi la pierre angulaire de cette filière sur tous les continents. Les bufflonnes suivent avec 15 %, puis viennent les chèvres (2 %), les brebis (1 %) et les chamelles (0,4 %). Des espèces plus rares comme les yacks, juments, rennes ou ânesses contribuent également, mais essentiellement dans des contextes locaux ou traditionnels.

Cette prédominance des bovins s’explique par leur grande capacité d’adaptation à des environnements variés, des plaines aux montagnes, et des climats tempérés aux tropicaux. Par ailleurs, les avancées en matière de sélection génétique et les innovations agricoles depuis la Seconde Guerre mondiale ont fortement boosté les rendements. En 2020, la production globale de lait - toutes espèces confondues - atteignait 850 milliards de litres, selon l’INRAE.

Dans certaines régions, d’autres animaux jouent un rôle clé : les bufflonnes en Inde et au Pakistan, les chèvres et brebis dans le bassin méditerranéen ou en Afrique, et les chamelles dans les zones désertiques d’Asie et d’Afrique. Dans les pays en développement, un tiers du lait provient d’animaux autres que les bovins, tandis que cette part est quasi inexistante dans les nations industrialisées (FAO).

La Vache Holstein : Championne de la Production Laitière

La vache Holstein est incontestablement la race bovine la plus productive au monde en matière de lait. Cette race emblématique à taches noires et blanches produit en moyenne 8 200 kilos de lait par période de lactation, et certaines peuvent même dépasser les 12 000 kilos par an. À titre de comparaison, cela représente le double de la production d’une vache Jersey.

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Originaire des Pays-Bas, la Holstein est aujourd’hui présente dans la majorité des élevages laitiers intensifs. Elle est notamment dominante au Québec, où elle représente 90 % du cheptel laitier. Sa constitution physique robuste et sa rentabilité exceptionnelle en font une référence dans les systèmes de production industrielle.

Toutefois, cette ultra-performance est rendue possible par une alimentation riche en concentrés, des croisements génétiques intensifs, et un mode d’élevage fortement mécanisé. Cela permet aux éleveurs de répondre à la demande croissante de produits laitiers dans un marché mondialisé, mais suscite aussi des interrogations sur le bien-être animal.

Les Systèmes de Production Laitière : Pastoral, Mixte et Industriel

Trois grands systèmes de production coexistent à l’échelle mondiale, chacun influençant les volumes et les conditions de production :

  • Le système pastoral (9 % de la production mondiale) repose sur l’herbe pâturée (90 % de la ration). Il est présent dans les zones difficiles (montagnes, steppes, savanes). En France, on le retrouve principalement en haute montagne.
  • Le système mixte (81 %), est le plus courant, notamment en Europe. Il combine prairies, cultures fourragères et concentrés. Il permet une bonne régularité de production tout au long de l’année. En France, la majorité des exploitations fonctionnent selon ce modèle.
  • Le système industriel (moins de 10 %), dit « hors-sol », se développe surtout en Chine, aux États-Unis ou en Israël. Il regroupe des mégafermes avec des milliers de vaches, nourries quasi exclusivement avec des aliments achetés. Ce modèle est très intensif, avec des rendements par vache pouvant dépasser 15 000 litres par an, mais déconnecté des cycles naturels et du territoire local.

En Europe, la production est largement mixte et familiale, même si les tendances industrielles progressent.

Les Records Individuels : Des Vaches D’Exception

Il existe des vaches qui se distinguent par des performances exceptionnelles. Un palmarès récompense les vaches ayant produit plus de 100 000 kg de lait au cours de leur carrière. Cette année, pas moins de 546 Prim’holstein cumulent au moins 100 000 kg de lait produits, ce qui représente une augmentation d’environ 3% par rapport à l’an dernier. Leur production totale est de 59 852 133 kg de lait, pour une moyenne par vache laitière de 109 619 kg.

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La Grande Laitière cumulant le plus de lait produit s’appelle ALMACOMBE, une fille de James x Jesther, propriété de Jean-Bernard Girard (25). Elle arrive à 169 808 kg en 15 lactations et est âgée aujourd’hui de 17 ans et 4 mois. Elle détient toujours le record de lactation puisqu’elle a vêlé pour la 16ème fois en septembre 2022. Elle détient aussi le record de MU totale, de MP totale et de MG totale cette année avec respectivement 13 325 kg, 5 707 kg et 7 618 kg.

La vache la plus productive de ce palmarès en moyenne par lactation est DOREE (Ravivet x Okavango) appartenant à l’Earl Lefay (14). Elle vient de dépasser les 100 000 kg de lait produits en seulement 4 lactations, et compte une moyenne de 29 098 kg par lactation.

Aux États-Unis, S.C.E.A. Chrome-View Charles 3044 a dépassé le record du lait produit sur une carrière par une vache Holstein américaine. La vache appartient à Chrome View Farm, un troupeau de 500 vaches de la famille Mason à Nottingham, en Pennsylvanie. La vache âgée de 13 ans, classée VG 88 est dans sa dixième lactation. D'après les données officielles de Holstein Association USA, Chrome-View Charles 3044 en est à 216 908 kg (478 200 lbs) de lait avec 6553 kg de gras (14447 lbs) et 5704 kg (12576 lbs) de protéines.

En Israël, la situation sécuritaire dans le sud d’Israël n’a pas empêché une vache nommée Sufa (tempête) du kibboutz Karmia, situé dans les environs de Gaza, d’être désignée championne de la production laitière. La production de lait est la meilleure du monde, avec 11653 litres par vache israélienne.

Au Brésil, une vache nommée Marília FIV Teatro de Naylo a établi un nouveau record mondial de traite lors du 34e Torneio-Leiteiro à São Paulo. En l'espace de 24 heures, elle a produit un total de 127,57 kilos de lait en trois traites. Marília appartient à la race Girolando, un croisement de 5/8 de Holstein-Friesian et de 3/8 de Gir, une race de zébu indienne.

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L'Hyperproductivité Laitière : Souffrance Animale et Enjeux Environnementaux

Selon PETA France, cette hyperproductivité a un coût élevé pour les animaux. Les vaches sont sélectionnées génétiquement et suralimentées avec des rations riches en protéines, parfois composées d’aliments non naturels. Résultat : les vaches d’aujourd’hui produisent trois fois plus de lait qu’en 1970. Mais cela se fait au prix de nombreuses souffrances physiques et psychologiques :

  • Mammite fréquente (inflammation douloureuse des pis)
  • Boiteries, causées par la station debout prolongée sur des sols bétonnés
  • Séparations systématiques entre la mère et son veau quelques heures après la naissance, provoquant un stress émotionnel intense
  • Usure prématurée des vaches, qui sont généralement abattues vers 6 ans, alors que leur espérance de vie naturelle est de 25 ans.

À ces souffrances animales s’ajoutent les critiques sur la qualité du lait (présence possible de pus et bactéries), et sur les effets potentiellement négatifs sur la santé humaine. PETA souligne également que l’industrie laitière est responsable d’environ 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

L'Amélioration de l'Efficacité Alimentaire : Un Enjeu Clé

Améliorer l’efficacité alimentaire permettra d’atteindre 72 kg de lait par vache d’ici 2065, assure le nutritionniste Franck Gaudin. « En 2065, les vaches laitières Prim’Holstein en France produiront 72 kg de lait par jour en moyenne, soit 22 000 kg par an. »

L’objectif, c’est de produire 2 kg de lait à partir d’1 kg de ration. Pour en sortir 72 kg, il faudra donc théoriquement 36 kg de MS ingérée par jour. Actuellement, l’efficacité alimentaire du quart supérieur des centres de gestion se situe à 1,4 kg de lait produit par kg de MS consommée.

Cela commence par le fourrage, c’est le socle, il doit être de bonne qualité sinon les étapes suivantes ne servent à rien : récolte d’herbe précoce, maïs avec une bonne valeur en amidon pour maximiser l’énergie. Une bonne digestibilité des fourrages permet une meilleure dégradation des fibres. Le compact feeding, un fourrage haché fin, très homogène et humidifié permet une meilleure ingestion et surtout éliminer les refus.

Pour les vaches taries, on acidifie la ration pour se préparer à monter très haut, et éviter les fièvres de lait. Puis pendant la lactation, on ajoute de l’énergie (300 g de matière grasse). Il faut ensuite optimiser la qualité et la quantité de protéines dégradables. L’introduction de protéines by-pass permet d’aller chercher environ 30 % de lait supplémentaire. Ces correcteurs azotés protégés sont dégradés au niveau de l’intestin et non du rumen. Enfin, les acides aminés protégés, lysine et méthionine, peuvent apporter encore 5 à 15 % de plus.

L’alimentation ne fait pas tout, il faut avoir un bon troupeau, et une conduite d’élevage rigoureuse, « il faut bien maîtriser la repro et veiller à garder un taux élevé de renouvellement » insiste Franck Gaudin.

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