L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un sujet de société majeur en France, marqué par des évolutions législatives, des disparités territoriales et des enjeux éthiques persistants. Cet article explore les tendances récentes en matière d'IVG, les facteurs qui influencent le recours à cette pratique, ainsi que les défis et les perspectives d'avenir.

Évolution du cadre législatif et médical de l'IVG en France

Depuis le vote de la loi Veil le 29 novembre 1974, l'IVG est autorisée en France, selon des conditions légales et médicales qui ont évolué dans le temps. La loi relative à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), dite loi Veil, dépénalisait le recours à l'avortement. Confirmée en 1979, la dépénalisation de l'IVG a été complétée par des aménagements législatifs rendant le recours moins difficile : remboursement par la sécurité sociale fin 1982, assouplissement de l'accès et allongement du délai légal en 2001. Le délai légal a été prolongé, passant en 2022 à 14 semaines de grossesse. Les IVG médicamenteuses ont fait leur apparition et ont été ensuite autorisées en médecine de ville, et même depuis le Covid-19 en téléconsultation.

Tendances récentes du recours à l'IVG

Le nombre d'IVG réalisées chaque année est en légère hausse constante. Après une baisse en 2020 et 2021 en raison de la pandémie de coronavirus, il a recommencé à augmenter. En 2024, 251 270 avortements ont été recensés en France, selon la Drees. La hausse du nombre d’IVG, déjà observée en 2022 et 2023, se poursuit, après le creux observé en 2020 et en 2021 notamment dû à la baisse des conceptions relevées lors de la pandémie de Covid-19. En 2022, 232 000 IVG ont été pratiquées en France, dont 216 000 en France hexagonale. Le nombre d’IVG a augmenté après deux années où il avait été plus faible (215 000 en 2020 et 216 000 en 2021).

Le taux de recours à l'IVG a continué d'augmenter à 17,3 avortements pour 1 000 femmes âgées de 15 à 49 ans, contre 16,8 pour 1 000 en 2023. Il est le plus élevé chez les 25-29 ans, avec 29,8 IVG pour 1 000 femmes et plus faible pour les moins de 20 ans qu’il y a dix ans (5,5 pour 1 000 contre 8,7), détaille l’étude. En 2023, le taux de recours à l'IVG était de 16,8 pour 1 000 femmes. Il y avait auparavant une IVG pour quatre naissances, ce ratio est en 2023 de l’ordre d’une IVG pour trois naissances.

Les IVG sont concentrées aux âges compris entre 20 et 34 ans, et le taux de recours le plus élevé se situe entre 25 et 29 ans. L’augmentation des IVG est observée dans les tranches d’âges pour lesquelles la fécondité est la plus importante.

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Facteurs explicatifs de l'évolution du recours à l'IVG

Plusieurs facteurs peuvent expliquer l'augmentation récente du recours à l'IVG.

Contexte socio-économique

Après deux années de crise sanitaire ayant entraîné une baisse des conceptions (notamment pendant le premier confinement), la dégradation du contexte socioéconomique expliquerait en partie l’augmentation de ces IVG dans les tranches d’âges où la fécondité est la plus élevée. Cette situation explique certainement en partie l’augmentation des IVG dans les tranches d’âges où la fécondité est la plus élevée : l’avortement a pu être davantage mobilisé dans une période possiblement jugée peu propice à la décision d’accueillir un enfant.

Allongement du délai légal

L’allongement du délai légal de 12 à 14 semaines de grossesse en mars 2022 en France pourrait expliquer - bien que dans une bien moindre mesure - cette augmentation. Cet élargissement a permis un recours plus tardif à l’IVG (sans avoir à se déplacer dans une clinique à l’étranger notamment).

Evolution des pratiques contraceptives

Longtemps considérée comme libératrice, la pilule contraceptive suscite de plus en plus souvent une certaine méfiance. Il y a les effets secondaires d’une part, et d’autre part se passer d’elle est aussi perçu comme une réappropriation de son corps. Et renoncer à la pilule peut dans un couple être l’occasion de poser la question de la contraception masculine.

Facteurs liés à la santé sexuelle et reproductive

Parmi ces hypothèses, il y a des variations de ce que l’on nomme la santé sexuelle et reproductive. Il s’agit, selon la définition de l’Organisation mondiale de la santé d’« un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social lié à la sexualité ».

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Disparités territoriales

Des disparités territoriales sont visibles concernant les IVG. Aussi, le taux de recours à l’IVG est deux fois plus élevé dans les départements et régions d’outre-mer qu’en métropole. Les taux de recours varient du simple au quadruple entre Les Pays de la Loire et la Guyane, par exemple. En France métropolitaine, ils oscillent entre 12,4 ‰ dans les Pays de la Loire à 23,1 ‰ en Provence-Alpes-Côte d’Azur. Dans les départements et régions d’outre-mer, les taux fluctuent entre 19,0 ‰ à Mayotte et 46,5 ‰ en Guyane.

Si la part des IVG réalisées en cabinet médical plutôt qu’en établissement hospitalier est en augmentation, cette tendance plus marquée en milieu urbain qu’en milieu rural, où « les hôpitaux publics jouent un rôle essentiel » car l’offre de soins y est moins diversifiée. L’Institut estime ainsi que la possibilité pour les sages-femmes de réaliser des IVG médicamenteuses « a pour effet de permettre une plus grande accessibilité à l’avortement, particulièrement dans les communes rurales », zones souvent sous-dotées en médecins.

Des cultures médicales locales différenciées ont aussi un effet sur l’accès au soin et le choix entre méthode médicamenteuse et méthode chirurgicale. La qualité des réseaux entre les établissements de santé et les autres acteurs pratiquant des IVG est un autre facteur essentiel.

Méthodes d'IVG : médicamenteuse et chirurgicale

Il existe deux méthodes pour pratiquer une IVG : la méthode médicamenteuse et la méthode chirurgicale. Les IVG médicamenteuses représentent désormais quatre soins sur cinq. En 2024, 45 % des avortements ont été réalisés hors établissements de santé. Et la méthode médicamenteuse est utilisée pour 80 % des IVG.

IVG médicamenteuse

L’IVG médicamenteuse consiste à prendre des médicaments qui provoquent l’interruption de la grossesse et l’expulsion de l’embryon. Ces médicaments sont remis par le médecin ou la sage-femme lors du recueil de leur consentement ou délivré en pharmacie si elles ont effectué une téléconsultation. Il est possible de prendre le médicament au cours d’une consultation ou une téléconsultation ou seule à domicile. Du début de la grossesse jusqu’à la fin de la 7ᵉ semaine de grossesse, il est possible de s’adresser pour une IVG médicamenteuse à un établissement de santé, ou à un cabinet de ville.

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IVG instrumentale (chirurgicale)

L’IVG instrumentale repose sur la dilatation du col et l’évacuation du contenu utérin par aspiration. Cette technique est réalisée sous anesthésie locale ou générale.L’IVG instrumentale est possible jusqu’à la fin de la 14e semaine de grossesse et a lieu dans un établissement de santé, c’est-à-dire un hôpital ou une clinique autorisés à pratiquer l’avortement.

Rôle croissant des sages-femmes

En milieu libéral, hors milieu hospitalier donc, ce sont désormais les sages-femmes qui réalisent le plus d’interruptions volontaires de grossesse (IVG), une première en France. En 2024, elles ont effectué la moitié des IVG en ville. Au fil des années, les IVG en ville sont de plus en plus réalisées par des sages-femmes. En 2022, 39 % des IVG en ville ont été réalisées par des sages-femmes, proportion également en hausse, dans le prolongement de la tendance observée depuis qu’elles disposent du droit de pratiquer des IVG en ville, mis en place en 2016 - ce qui contribue à l’augmentation globale de la part d’IVG médicamenteuses.

Enjeux et défis

Malgré les avancées législatives et médicales, plusieurs enjeux et défis persistent en matière d'IVG en France.

Accès à l'IVG

L’accès à l’information et à des structures de soins de proximité est essentiel pour assurer une prise en charge correspondant au choix de la méthode, au moment souhaité. Manque d’informations autour de la contraception, manque d’accès à la santé avec des délais parfois très longs pour voir un gynécologue ou une sage-femme sur certains territoires en situation de désert médical, hausse de la précarité des jeunes… sont autant de pistes avancées, donc.

La diversification des lieux et des professionnels permet une plus grande souplesse dans la prise en charge. Elle n’est cependant pas égale sur le territoire, ni selon l’âge des personnes ayant besoin de recourir à une IVG, notamment pour les plus jeunes. En milieu libéral, hors milieu hospitalier donc, ce sont désormais les sages-femmes qui réalisent le plus d’interruptions volontaires de grossesse (IVG), une première en France.

Aspects psychologiques et sociaux

Près de 50 ans après sa dépénalisation, l’avortement reste au cœur de débats profonds. Passé du statut d’« exception » à celui de pratique normalisée, il continue pourtant de laisser dans son sillage des blessures intimes et des interrogations collectives. Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. C’est toujours un drame et cela restera toujours un drame. Un demi-siècle plus tard, ce constat garde une brûlante actualité. Selon le baromètre IFOP de janvier 2025, 88 % des Français - et 91 % des Françaises - estiment qu’un avortement laisse des traces psychologiques difficiles à vivre, tandis que 65 % jugent que la société devrait davantage aider les femmes à éviter d’y recourir.

Trop de témoignages commencent par : « On ne m’avait pas dit… ». Et les hommes ne sont pas épargnés. Il est donc urgent de libérer la parole des femmes et des hommes qui portent ces blessures.

Prévention

Dans ce contexte, quelle place reste-t-il pour une politique de prévention ? Il est urgent de mettre en place une véritable politique de prévention d’ailleurs soutenue par les Français.

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