Introduction

La question de la radioactivité et de l'allaitement maternel est complexe et suscite de nombreuses interrogations. Cet article vise à fournir une analyse approfondie des risques potentiels, des recommandations actuelles et des mesures à prendre pour assurer la sécurité de la mère et de l'enfant. L'objectif est d'offrir une information claire et précise, basée sur les données scientifiques disponibles et les avis des sociétés savantes, afin d'aider les professionnels de santé et les mères à prendre des décisions éclairées.

Imagerie Médicale et Grossesse : Un Aperçu

L'utilisation de l'imagerie médicale chez les femmes enceintes a considérablement augmenté ces dernières années. Lazarus et al. ont montré une augmentation de 107% en une décennie aux États-Unis, principalement due aux traumatismes et à la suspicion d'embolie pulmonaire. Cette augmentation soulève des questions importantes concernant l'exposition du fœtus aux rayonnements ionisants et aux produits de contraste.

Produits de Contraste Iodés (PCI)

Les PCI traversent la barrière placentaire et sont excrétés via les urines dans le liquide amniotique, puis déglutis par le fœtus. Bien qu'aucun effet tératogène ou mutagène n'ait été rapporté dans les études animales ou humaines, l'utilisation des PCI chez la femme enceinte doit être justifiée.

Selon le College of Obstetricians and Gynecologists et l'European Society of Radiology, les PCI, notamment ceux à faible osmolarité, peuvent être utilisés à n'importe quel moment de la grossesse si l'examen apporte une aide au diagnostic et améliore la prise en charge de la mère et/ou du fœtus.

Après la date limite de la formation de la thyroïde fœtale, la surcharge iodée ponctuelle pourrait entraîner une dysthyroïdie fœtale transitoire. Deux sociétés savantes (European Society of Urogenital Radiology et la Société Française de Radiologie) recommandent une surveillance systématique de la fonction thyroïdienne du nouveau-né, bien que cette position ne soit pas universellement partagée.

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Produits de Contraste à Base de Gadolinium (PCG)

Le gadolinium est toxique sous sa forme libre et doit être chélaté pour être administré à l'homme. Chez l'animal, les PCG traversent la barrière placentaire et s'accumulent dans le tractus urinaire fœtal, puis sont excrétés dans le liquide amniotique, favorisant un contact prolongé du fœtus avec le gadolinium sous sa forme libre.

Chez l'homme, aucune étude clinique n'a évalué les risques des PCG pendant la grossesse, mais aucune étude rétrospective sur plus de 400 femmes exposées n'a rapporté d'effets tératogènes.

Trois sociétés savantes (European society of Urogenital Radiology en 2015, American College of Radiology et American Congress of Obstetricians and Gynecologists en 2016) recommandent d'administrer les PCG uniquement si l'examen apporte une aide au diagnostic et améliore la prise en charge de la mère et/ou du fœtus. Une analyse au cas par cas est essentielle.

Allaitement et Produits de Contraste : Recommandations Divergentes

L'excrétion des PCG dans le lait est partielle en raison de sa faible fixation aux protéines et de son hydrosolubilité. Cependant, les sociétés savantes ont des avis contradictoires sur la conduite à tenir chez la femme allaitante.

L'European society of Urogenital Radiology en 2015 préconise une suspension de 24h de l’allaitement, tandis que l’American College of Radiology et l’American Congress of Obstetricians and Gynecologists en 2016 recommandent de ne pas interrompre l’allaitement. L'arrêt de 24h est une recommandation préventive en raison du manque de données concernant le risque d’ingestion des PCG par les nouveau-nés et de ses conséquences sur le risque d’accumulation cérébrale des PCG décrit chez l’adulte.

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Allaitement et Dépistage du Cancer du Sein

L'allaitement entraîne des changements dans la structure mammaire, rendant les femmes plus attentives à toute modification. Durant cette période, des pathologies comme l’engorgement mammaire ou l’abcès peuvent causer des douleurs au sein, ce qui peut porter à confusion et soupçonner un potentiel cancer.

Bien que rarement diagnostiqué chez les femmes enceintes ou allaitantes, le cancer du sein est mieux soigné quand diagnostiqué à un stade précoce. Les chercheurs en oncologie sont partagés sur l’effet de l’allaitement sur la possibilité de développer un cancer du sein, mais une corrélation est observée. Environ 3% des femmes diagnostiquées porteuses d’un cancer du sein sont en phase d’allaitement, selon une étude publiée dans le JOGNN.

Les traitements prescrits, notamment la chimiothérapie, présentent un risque de contamination du lait maternel et peuvent mettre à risque la santé du bébé. Il est donc crucial de discuter des options de traitement avec un oncologue et un spécialiste de l'allaitement.

Radioactivité et Lait Maternel : Que Faire en Cas d'Exposition ?

En cas de catastrophe nucléaire, le lait maternel peut devenir contaminé par des éléments radioactifs. Il est essentiel de suivre les recommandations des autorités sanitaires et de prendre des mesures de protection.

Alternatives au Lait Maternel Contaminé

Si le lait maternel est contaminé, il est crucial de trouver des alternatives sûres pour nourrir le bébé. Cependant, il est important de noter que le lait en poudre peut également être contaminé si l'eau utilisée pour le diluer est elle-même contaminée. À terme, le lait industriel peut aussi être contaminé.

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Mesures de Prévention et de Décontamination

En cas de contamination par voie externe (vêtements, cheveux, peau), une décontamination dans une installation dédiée est nécessaire (douches, vêtements à changer).

L'iode est utilisé dans certains diagnostics. Une étude a constaté un taux lacté 10 fois plus bas d’iode 131 chez des mères à qui on avait administré des composés iodés stables (comprimés d’iodure de potassium). Les auteurs concluaient que l’administration de doses importantes d’un isotope stable d’iode était un moyen efficace de bloquer le passage lacté du radio-isotope. Cette mesure de prophylaxie concerne toute la population en cas d'accident nucléaire avec des rejets radioactifs, uniquement sur avis des autorités sanitaires locales.

L’iode est un micronutriment indispensable, sa carence ayant un impact négatif majeur sur le développement de l’enfant. C’est la raison pour laquelle il est excrété dans le lait par un mécanisme actif. Son taux lacté est fonction des apports maternels.

Isotopes Iodés et Allaitement

L’iode radioactif 123 (I123) est le traceur biologique de référence ; il permet d’obtenir un reflet fidèle de l’hormono-génèse. L’examen est réalisé 2 à 3 heures après l’injection. Sa demi-vie lactée est de 5,8 heures. Il est nettement plus irradiant que le technétium. Une suspension de l’allaitement n’est pas nécessaire si la dose administrée est < 20 MBq (0,5 mCi), mais une suspension d’au moins 24 à 30 heures est nécessaire pour des doses supérieures. Exprimer un maximum de lait juste avant l’examen accélèrera l’élimination. Comme pour le technétium, le lait tiré pendant la période de suspension de l’allaitement peut être conservé pour être utilisé ; un délai d’environ 1 semaine permettra d’être sûr que la radioactivité est totalement éliminée.

L’iode131, du fait de sa demi-vie beaucoup plus longue (environ 8 jours), de son caractère fortement irradiant, et de son passage très important dans le lait, doit être réservé au bilan préthérapeutique des cancers thyroïdiens différenciés, et au traitement de ces cancers ; en effet, la suspension de l’allaitement recommandée est d’au moins 40 jours, ce qui implique presque toujours le sevrage définitif de l’enfant. 25 à 46 % de l’iode radioactif administré à la mère seront excrétés dans le lait. La mère devra éviter le contact proche avec son bébé pendant un temps variable en fonction de la dose administrée (de quelques jours à plusieurs semaines). Certaines mères souhaiteront tirer leur lait pendant la durée nécessaire à l’élimination de l’iode131 et tenter ensuite de remettre leur enfant au sein.

Examens de Médecine Nucléaire et Allaitement : Guide Pratique

Une patiente peut-elle allaiter après un examen de médecine nucléaire ? La réponse est oui, mais avec des précautions. Il est fréquemment demandé aux femmes d'indiquer si elles sont en cours d'allaitement, puisque certains médicaments radiopharmaceutiques peuvent être transférés à l'enfant via le lait maternel. L'interruption de l'allaitement pendant une période à définir en fonction du médicament radiopharmaceutique est recommandée pour certains examens de médecine nucléaire.

Protocoles à Suivre

Dans le cadre d'un allaitement maternel, le lait doit être tiré avant l'administration du radiopharmaceutique et conservé pour être utilisé ultérieurement. L'examen est réalisé environ 30 minutes après l'administration du radiopharmaceutique par voie intraveineuse périphérique. La période physique, ou demi-vie radioactive, est généralement de 6 heures. La période biologique dépend du métabolisme de chacun et du vecteur utilisé pour le marquage.

Précautions Supplémentaires

Après un examen de médecine nucléaire, il est recommandé d'augmenter l'apport hydrique pour faciliter l'élimination du radiopharmaceutique. Suivez les conseils spécifiques de votre médecin concernant la durée de la suspension de l'allaitement et les précautions à prendre.

Grossesse et Travail en Milieu Exposé aux Rayonnements Ionisants

Une femme enceinte travaillant dans un service mettant en œuvre des rayonnements ionisants peut-elle continuer à exercer son activité professionnelle ? Oui, mais avec des précautions. Le travail des femmes enceintes soumises à des travaux exposant à des rayonnements ionisants relève de certaines dispositions du code du travail (art. D.4152-4 à D.4152-6). De plus, l’exposition au fœtus entre la déclaration de grossesse et l’accouchement doit être inférieure à 1 mGy. Cette valeur correspond à la limite annuelle pour le public auquel le fœtus est assimilé.

Options pour les Travailleuses Enceintes

Quand la grossesse d'une travailleuse est connue, 3 options sont communément appliquées en milieu médical :

  1. Pas de modifications des attributions.
  2. Modification du poste vers un lieu où le niveau d'exposition est plus faible.
  3. Affectation à un emploi où le risque d'exposition est nul.

L'affectation à un poste non exposé est parfois une demande de la travailleuse qui n'accepte pas le surcroit de risque, si minime soit-il. L'employeur a intérêt à accéder à cette demande, afin de prévenir les difficultés rencontrées dans le cas de la survenue de malformations congénitales spontanées (3% des naissances).

Dose au Fœtus et Radioprotection

La limite de dose au fœtus recommandée n'est pas directement comparable à la dose mesurée par le dosimètre personnel. En radiologie, celui-ci surestime la dose fœtale d'un facteur 10 ou plus. En médecine nucléaire et radiothérapie, le personnel ne porte pas de tablier et est exposé à des rayonnements de haute énergie.

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