Paul Touvier, ancien milicien de Vichy, a été un personnage central de la collaboration française pendant la Seconde Guerre mondiale. Condamné à mort en 1947 pour crimes de guerre, il a échappé à la justice pendant des décennies grâce au soutien de l’Église et à la prescription en 1967. En 1973, il obtient la grâce présidentielle de Pompidou, mais une enquête relance les poursuites pour crimes contre l’humanité, imprescriptibles. Traqué, il est arrêté en 1989 au prieuré Saint-Joseph de Nice. Son procès s’ouvre en mars 1994, mettant en lumière le rôle de la Milice, bras armé de la collaboration, et de Vichy. Touvier est accusé de complicité de crimes contre l’humanité pour l’exécution de sept Juifs, en représailles à l’assassinat d’un propagandiste. Ses carnets personnels révèlent son antisémitisme. Le 20 avril 1994, il est condamné à la réclusion à perpétuité et meurt en 1997.
Le procès de Paul Touvier, au printemps 1994, marque une étape importante car, avant Bousquet, Leguay ou Papon et pour la première fois, un Français est poursuivi pour crimes contre l’humanité, une notion nouvelle dans le droit français. Le procès de Paul Touvier offre une extraordinaire matière d’archives, d’une durée de 108 heures.
L'article explore le sort des enfants de Paul Touvier après sa condamnation et met en lumière les répercussions de l'héritage de leur père sur leur vie.
Le témoignage de la famille Touvier-Berthet au procès
Lors du procès de Paul Touvier, sa famille, composée de sa femme Monique Berthet et de leurs deux enfants, Chantal et Pierre, a témoigné en sa faveur. Leur témoignage a offert un aperçu de la vie familiale de l'ancien milicien et de leur perception de l'homme qu'ils connaissaient.
Vendredi 25 mars, Monique, la mère, Chantal, la fille, et Pierre, le fils, ont longuement évoqué Paul, le père. Et durant trois heures et quart ce fut comme si l’on avait brutalement ouvert une vieille malle aux ferrures rouillées. Comme si l’on avait feuilleté un magazine des années 50 aux couleurs passées. Comme si l’on avait posé sur la platine d’un électrophone un 78 tours crachotant une valse sirupeuse et insupportable. Nous n’étions plus à Versailles mais chez les Touvier-Berthet. Sur des chaises dures, métalliques. Invités à déguster un verre d’eau plate. Monique a droit à la parole en premier. C’est la mère, soixante-huit ans. Une femme de caractère. Une " mamma " catholique qui a protégé sa couvée avec entêtement. Une épouse comblée en dépit d’une vie misérable. Elle le dit avec un peu de défi : " J’ai eu un mari que j’ai beaucoup aimé, que j’aime toujours. Je ne regrette pas de l’avoir épousé. J’ai des enfants dont je suis particulièrement fière. Si j’avais à recommencer, je recommencerais. " Car à la maison Touvier fut un modèle. Monique peut en attester : " Mon mari n’est pas du tout un homme haineux. Il a été terriblement malheureux qu’on fasse un tel portrait de lui. " Monique tient à en donner un exemple : " A la maison, aux Charmettes, je n’ai jamais entendu de sa part de propos antiracistes… " Sa phrase flotte dans l’air. Le président Henri Boulard la reprend : " Que voulez-vous dire ? Qu’il ne tient pas de propos racistes ? " Monique réalise lentement son lapsus et se reprend : " Il n’a jamais eu de propos anti-juifs. " Paul Touvier, dans son box vitré, ne bronche pas. Il regarde ailleurs. Il ne la regardera pas une fois.
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Le réalisateur Antoine de Meaux souligne l'emprise que Touvier exerçait sur sa famille, les assujettissant à sa cause. L'avocat de la défense décrit les Touvier comme des "maudits", soulignant la misère qui les accable.
L'héritage et l'installation à Mérigny
Après la condamnation de Paul Touvier, sa famille a continué à vivre dans l'ombre de son passé. Monique Berthet et ses deux enfants se sont installés dans le village de Mérigny, dans l'Indre, où ils ont vécu pendant environ cinq ans. Leur présence dans la région était liée à la proximité de la Fraternité de la Transfiguration, une communauté religieuse traditionaliste.
Les deux enfants de Monique Berthet sont les premiers à aller bénir le cercueil. Avec leur mère, ils ont participé aux quarante années de cavale de Paul Touvier. La famille Touvier-Berthet a été hébergée, durant ses années de fuite, par des congrégations religieuses, notamment la Fraternité Saint-Pie-X. Lors de son arrestation, en 1989, des perquisitions seront ordonnées, en particulier à l’abbaye Saint-Michel, à Saint-Michel-en-Brenne tenue par les sœurs de la Fraternité Saint-Pie-X. Quatre valises de documents de Paul Touvier y seront retrouvées. La famille Touvier a bien séjourné dans la région. Les liens indriens sont là : l’abbé Moulin qui hébergeait la famille à Nice lors de l’arrestation est Castelroussin, sa sœur est l’une des fondatrices de la fraternité de Saint-Michel. Ce n’est que depuis cinq ans que Monique Berthet et ses deux enfants étaient, selon nos informations, installés dans le village de Mérigny.
La présence de la Fraternité de la Transfiguration n’est sans doute pas étrangère à leur installation.
La demande de restitution des objets saisis
Après la mort de Paul Touvier en 1996, sa famille a entrepris des démarches pour obtenir la restitution des objets saisis lors de son arrestation en 1989. Parmi ces objets figuraient des lettres, des photographies, des notes personnelles et le fameux "cahier vert", un journal tenu par Touvier dans les années 1980 qui révélait la constance de ses sentiments antisémites.
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La huitième chambre des appels correctionnels de Versailles a examiné en chambre du conseil, c'est-à-dire à huis clos, mercredi 3 mai, une requête de la famille de Paul Touvier visant à obtenir la restitution des objets saisis dans la procédure concernant l'ancien milicien condamné par la cour d'assises des Yvelines, le 20 avril 1994, à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité de crime contre l'humanité. Cette demande avait été rejetée par le procureur général près la cour d'appel de Versailles, le 12 juillet 1999, au motif que les objets dont la restitution était sollicitée avaient été saisis "à l'occasion d'une procédure d'un intérêt historique et judiciaire incontestable". Me Jacques Tremolet de Villers, pour la veuve et les enfants de Paul Touvier, avait alors fait appel de la décision. Parmi les documents concernés - essentiellement des lettres, des photographies, des notes personnelles, découvertes dans les bagages de l'ancien milicien lors de son arrestation, en mai 1989, dans un prieuré de Nice - figure notamment le fameux "cahier vert", journal tenu par Paul Touvier en 1985-1988 dont la lecture, lors de son procès, avait permis de mettre au jour la constance de ses sentiments antisémites. A l'appui de leur requête, les héritiers de Paul Touvier, décédé à la maison d'arrêt de Fresnes le 17 juillet 1996, affirment que, "en raison de la situation de leur père, [ils] ont été privés de tout autre bien patrimonial", ces "papiers de famille" constituant leur "seul patrimoine". "S'ils ont un caractère historique, disent-ils, ce caractère s'applique essentiellement à l'histoire de la famille Touvier et non à celle de la justice française". Ils suggèrent de procéder, éventuellement, à des photocopies ou archivages informatiques.
La famille Touvier justifiait sa demande en arguant que ces objets constituaient leur seul patrimoine, ayant été privés de tout autre bien en raison de la situation de leur père. Ils suggéraient de procéder à des photocopies ou archivages informatiques si nécessaire.
Le refus de la restitution et la crainte de la propagation des idées antisémites
Le parquet général s'est opposé à la restitution des objets saisis, invoquant le risque de propagation des idées antisémites et révisionnistes. Selon le procureur général, la remise à la famille Touvier de documents témoignant fortement de ces idéologies constituerait un danger certain et persistant que le législateur a voulu écarter.
Le parquet général, pour sa part, rappelle les dispositions légales, qui prévoient qu' "il n'y a pas lieu à restitution lorsque celle-ci est de nature à créer un danger pour les personnes et les biens". Or, selon lui, "il paraît indiscutable au regard des lois de la République prévoyant et réprimant les propagandes et activités antisémites, néonazies, révisionnistes, que la remise à la famille Touvier de documents qui témoignent fortement de ces idéologies et dont il y a tout lieu de craindre qu'ils soient utilisés d'une façon ou d'une autre à de telles fins, serait constitutive du danger certain et persistant que le législateur a voulu écarter". En outre, le procureur général estime la requête "hors délai" pour n'avoir pas été présentée dans les trois ans suivant la condamnation, de sorte que "les objets et documents en cause sont devenus propriété de l'Etat".
De plus, le procureur général estimait que la requête était hors délai, n'ayant pas été présentée dans les trois ans suivant la condamnation, ce qui faisait des objets et documents la propriété de l'État.
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