L'expression « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » est une citation emblématique tirée de la pièce Les Fourberies de Scapin de Molière (1671). Cette phrase, prononcée par le personnage de Géronte, exprime un mélange d'étonnement, d'incompréhension et d'agacement face à une situation fâcheuse dans laquelle son fils s'est fourvoyé. Devenue un proverbe populaire, elle est employée pour commenter une décision jugée absurde, risquée ou imprudente. Cet article se propose d'explorer en profondeur le sens et la portée de cette réplique mémorable, en la replaçant dans son contexte littéraire et historique, et en analysant sa signification et son utilisation contemporaine.
L'Origine et le Contexte de l'Expression
La pièce Les Fourberies de Scapin met en scène les aventures de deux jeunes hommes, Octave et Léandre, amoureux et confrontés à l'opposition de leurs pères respectifs, Argante et Géronte, qui veulent les marier à d'autres femmes. Pour déjouer les plans de leurs pères, les jeunes gens font appel à Scapin, un valet rusé et inventif, maître dans l'art de la manipulation.
Dans la scène 7 de l'acte II, Scapin annonce à Géronte que son fils Léandre a été enlevé par des Turcs et qu'une rançon de cinq cents écus est exigée pour sa libération. Face à cette nouvelle, Géronte s'exclame à plusieurs reprises : « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » Cette question rhétorique traduit son incrédulité et son mécontentement face à l'imprudence de son fils, tout en révélant son avarice et son manque d'empathie.
La Signification et la Portée de l'Expression
L'expression « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » peut être interprétée à différents niveaux.
- L'étonnement et l'incompréhension : La question de Géronte exprime avant tout un sentiment d'étonnement face à une situation inattendue et inexplicable. Il ne comprend pas pourquoi son fils s'est retrouvé dans une galère turque, un lieu associé à la piraterie et au danger.
- La critique et le reproche : Au-delà de l'étonnement, la réplique de Géronte contient une dimension critique. Il reproche à son fils son imprudence et son manque de jugement. Il considère qu'il est responsable de sa propre mésaventure.
- L'avarice et le manque d'empathie : La répétition de la question par Géronte souligne son avarice et son manque d'empathie. Il est plus préoccupé par la somme d'argent qu'il doit débourser pour racheter son fils que par le sort de ce dernier. Scapin, feignant de ne pas voir Géronte, s'exclame : « Ô Ciel ! ô disgrâce imprévue ! ô misérable père ! Pauvre Géronte, que feras-tu ? » avant d'ajouter : « N’y a-t-il personne qui puisse me dire où est le seigneur Géronte ? » Ces exclamations contrastent avec l'attitude de Géronte, plus préoccupé par son argent que par le bien-être de son fils.
L'Utilisation et la Postérité de l'Expression
Grâce à son caractère concis et expressif, l'expression « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » est rapidement sortie du contexte de la pièce de Molière pour entrer dans le langage courant. Elle est aujourd'hui utilisée pour commenter une situation difficile, un choix malheureux ou une erreur de jugement.
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- Dans la langue courante : L'expression est employée pour exprimer un sentiment d'incompréhension face à une situation absurde ou risquée. Elle peut également servir à critiquer une personne qui s'est engagée dans une voie imprudente.
- Dans les médias : La citation de Molière est souvent utilisée dans les articles de presse ou les reportages pour commenter des événements politiques, économiques ou sociaux. Elle permet de souligner la complexité d'une situation ou de mettre en évidence les erreurs commises par certaines personnes.
- Dans la culture populaire : L'expression a trouvé sa place dans la culture populaire, où elle est fréquemment citée dans les films, les séries télévisées ou les pièces de théâtre. Elle est devenue une référence culturelle commune, comprise par un large public.
Molière et le Contexte Historique
Molière, de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin, est né à Paris en 1622. Comédien et chef de troupe, il a excellé dans la comédie de mœurs, critiquant avec humour et finesse les travers de son temps. Son œuvre reflète les tensions et les contradictions de la société française du XVIIe siècle, marquée par le règne de Louis XIV, la centralisation du pouvoir royal et l'influence de l'Église catholique.
Les Fourberies de Scapin s'inscrit dans la tradition de la Commedia dell'arte italienne, caractérisée par des personnages types (valets rusés, vieillards avares, jeunes amoureux), un rythme rapide, des quiproquos et des gags physiques. La pièce met en scène un valet, Scapin, qui utilise sa ruse et son intelligence pour manipuler ses maîtres et parvenir à ses fins.
Analyse de la Scène Clé
La scène 7 de l'acte II est un moment clé de la pièce, car elle met en évidence les traits de caractère des personnages et les thèmes principaux de l'œuvre.
- Scapin, un valet rusé et manipulateur : Scapin est l'archétype du valet rusé, véritable architecte de l'intrigue et maître incontesté de la manipulation. Sa confiance en ses capacités frôle l'arrogance, comme il l'affirme lui-même avec une assurance déconcertante : « Il y a peu de choses qui me soient impossibles, quand je veux m'y mêler. »
- Géronte, un vieillard avare et égoïste : Géronte est un vieillard avare et égoïste, plus préoccupé par son argent que par le bien-être de son fils. Sa réplique obsessionnelle, « Que diable allait-il faire dans cette galère ? », révèle son incapacité à éprouver de l'empathie et son attachement excessif aux biens matériels.
- Le comique de situation et de répétition : La scène est riche en comique de situation, notamment grâce à l'invraisemblance du récit de Scapin et aux réactions outrées de Géronte. Le comique de répétition est également présent, avec la récurrence de la question de Géronte, qui souligne son obsession et son ridicule.
L'Héritage de Molière
Molière a profondément marqué l'histoire du théâtre français et européen. Il a remodelé les conventions théâtrales de son époque et a ouvert la voie à un théâtre moderne et réaliste. Ses pièces continuent d'être jouées et étudiées dans le monde entier, témoignant de la pertinence et de la richesse de son œuvre.
L'expression « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » est l'un des nombreux exemples de la façon dont Molière a enrichi la langue française et la culture populaire. Cette citation, qui exprime un mélange d'étonnement, de critique et d'incompréhension, est restée gravée dans les mémoires et continue d'être utilisée aujourd'hui pour commenter les vicissitudes de la vie.
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