Introduction

Qassem Soleimani, général iranien et chef de la force Al-Qods, la branche d'élite des Gardiens de la Révolution, a été tué lors d'un raid américain en Irak, près de l'aéroport de Bagdad. Sa mort a suscité de vives réactions à travers le monde, compte tenu de son rôle central dans la stratégie militaire de l'Iran à l'étranger et de sa popularité auprès de nombreux Iraniens. Cet article se penche sur la vie de Soleimani, de ses origines modestes à son ascension en tant que commandant de l'ombre, explorant son impact sur la géopolitique du Moyen-Orient et l'héritage qu'il a laissé derrière lui.

Un Commandant de l'Ombre au Service de l'Iran

Qassem Soleimani, né en 1957 dans une famille pauvre du sud-est de l'Iran, a gravi les échelons pour devenir une figure clé de la République islamique. Dès son plus jeune âge, il a travaillé dans le bâtiment avant de rejoindre les Gardiens de la Révolution en 1979, séduit par la ferveur révolutionnaire qui inondait le pays après la chute du Shah. Sa bravoure durant la guerre contre l'Irak entre 1980 et 1988 lui a valu une reconnaissance rapide, malgré la légende populaire selon laquelle il n'avait reçu que six semaines d'entraînement militaire.

En 1998, Soleimani prend le commandement de la force Al-Qods, avec la motivation de remodeler le Moyen-Orient à l'avantage de l'Iran. Il transforme cette force en un instrument redoutable de la politique étrangère iranienne, capable d'agir sur les plans politique et économique, en utilisant des espions et des méthodes terroristes. Certains spécialistes la décrivent comme un mélange entre la CIA et les Forces Spéciales.

L'Architecte de la Stratégie Iranienne à l'Étranger

Soleimani était présent partout où il y avait une activité iranienne, que ce soit en Syrie, en Irak ou au Yémen. Il était considéré comme l'architecte et le maître d'œuvre de la stratégie militaire de l'Iran à l'étranger, tissant des liens avec des alliés et soutenant des milices dans différents pays. Au Liban, il était un vieil ami d'Hassan Nasrallah, le leader du Hezbollah. En Syrie, dès le début de la guerre civile, il est venu prêter main forte au régime syrien, plaçant lui-même ses pions sur le terrain. Un officiel américain a même affirmé que sans Soleimani, le régime de Bachar el-Assad serait tombé.

Soleimani était conscient que, depuis la fin de la guerre Iran-Irak, son pays serait entouré d'ennemis et aurait donc besoin d'alliés. Il entretenait ainsi la présence de la République islamique à Bagdad, Damas, Beyrouth et Sanaa. Stratège, il a permis à la stratégie militaire iranienne d'opérer un tournant, en parallèle de celui que vivait le monde dans cette fin de XXe siècle. Il comprenait que les confrontations directes n'avaient plus lieu d'être et que la guerre asymétrique, hybride et multidimensionnelle, mais également les actions coup de poing, devaient devenir la principale stratégie de la République islamique pour défendre la forteresse iranienne.

Lire aussi: Vie privée de Ladislas Chollat

Un Personnage Complexe : Nationalisme et Amour des Combats

Soleimani n'était pas vraiment porté sur la religion. Selon un ancien ambassadeur américain en Irak, c'est le nationalisme qui l'animait, ainsi que l'amour des combats. Sa réputation en Occident en faisait un homme autant haï qu'admiré. Le New Yorker le comparait à Karla, un agent des services secrets de l'URSS dans plusieurs romans de John le Carré, un personnage fanatique et inarrêtable.

Malgré son importance, Soleimani n'aimait pas les projecteurs. C'était un homme calme, silencieux, qui écoutait plus qu'il ne parlait. Il ne donnait que très rarement des interviews. Quand il apparaissait en public, c'était souvent lors de cérémonies militaires ou lors d'événements avec le guide suprême de la Révolution Ali Khamenei. Il se rendait souvent chez les familles de ses soldats tombés au combat pour rendre hommage à leur enfant mort en martyr, ce qui lui valait une forte popularité et un grand respect chez les Iraniens.

La Mort de Soleimani : Un Tournant Géopolitique

Pendant longtemps, Soleimani était vu comme un homme à abattre. Ces vingt dernières années, il a échappé à plusieurs tentatives d'assassinat, menées entre autres par les services secrets israéliens. Sa mort en Irak lors d'une frappe américaine a marqué un tournant géopolitique majeur.

Pour Washington, cette frappe obéissait à des considérations d'ordres politique et géostratégique. Politique, car le président Trump, empêtré dans la procédure d'impeachment, se devait de détourner l'attention en rappelant sa stature de chef de guerre. Géostratégique, car il s'agissait pour les États-Unis de rappeler leur force de frappe face aux Iraniens.

La mort de Soleimani a suscité une vague d'indignation en Iran et chez ses alliés. Des manifestations ont éclaté et ont réclamé des représailles. Téhéran a répliqué en envoyant des missiles sur deux bases américaines d'Irak dans l'opération au nom évocateur « Martyr Soleimani ». Le Parlement irakien a même demandé le départ des troupes américaines de son territoire.

Lire aussi: Fabienne Chauvière : Portrait d'une Animatrice Discrète

L'Héritage de Soleimani : Un Martyr et un Symbole d'Unité

S'il n'est pas certain qu'il était aussi populaire en Iran qu'on ne le prétend, le régime a fait de sa mort un symbole d'unité. Pour les Iraniens, il demeure comme l'architecte de la puissance et de la stabilité iranienne dans une région chaotique, le sauveur face à Daesh. Guerrier tué par la guerre, Soleimani reste donc dans l'imaginaire collectif de son pays comme un héros national, un tacticien et un stratège hors pair, une icône des Pasdarans.

Commandant de l'ombre, il a entretenu l'image d'un combattant invincible, assassiné par le Grand Satan certes, mais immortel par l'œuvre qu'il laisse derrière lui. Rouage clé du système, il a traversé les mandats présidentiels en s'installant durablement comme un pion indispensable sur l'échiquier militaro-politique. Charismatique et insaisissable, à l'ombre de l'ayatollah, il demeure celui qui a permis de positionner l'Iran comme un acteur fondamental pour les résolutions des conflits régionaux et, tout en sanctuarisant le territoire, de mettre en œuvre une véritable politique d'alliance qui permet réellement à Téhéran d'exister.

L'assassinat du général Soleimani se présente comme une occasion inespérée pour le régime de rassembler la population autour d'un nouveau martyr. C'est en effet le culte des martyrs qui fédère les fidèles chiites. En Iran, trois jours d'hommage national ont été décrétés par les autorités pour célébrer ce nouveau martyr offert par les États-Unis.

Famille et Enfants de Qassem Soleimani

Bien que Qassem Soleimani ait été une figure publique importante, les informations concernant sa famille, y compris ses enfants, sont relativement discrètes. Cette discrétion est conforme à son profil de "commandant de l'ombre" qui évitait les projecteurs. Cependant, certaines informations ont été divulguées au fil du temps.

Soleimani était marié et avait plusieurs enfants. L'une de ses filles, Zeinab Soleimani, est devenue une figure publique après la mort de son père, prononçant des discours et participant à des événements commémoratifs. Elle a également joué un rôle dans la fondation d'une fondation caritative au nom de son père.

Lire aussi: Lauren Sánchez et sa famille

Les détails sur les autres enfants de Soleimani sont moins connus, mais il est clair que sa famille occupait une place importante dans sa vie. Son testament, rendu public après sa mort, contenait des instructions personnelles à sa femme concernant le lieu de sa sépulture, soulignant son désir d'une tombe simple comme celle de ses amis martyrs.

tags: #qassem #soleimani #famille #enfants

Articles populaires: