L'accouchement, un événement singulier marquant la vie d'une femme, d'un bébé et d'un couple, ne se déroule pas toujours comme prévu. De nombreuses femmes se sentent dépossédées de leur accouchement et ressassent cet événement qui ne s'est pas passé comme elles l'avaient imaginé. Mais quand parle-t-on d'accouchement traumatique ? Comment y faire face et se reconstruire ? Cet article explore cette notion complexe et subjective, en offrant des pistes pour comprendre, prévenir et surmonter les traumatismes liés à l'accouchement.

Définition de l'accouchement traumatique : une expérience subjective

Il est difficile de définir précisément la notion d'accouchement traumatique, tant le sujet est subjectif. Ce qui est traumatisant pour une femme ne l'est pas forcément pour une autre, car cela dépend de son histoire personnelle. Selon Fabienne Sardas, psychologue, un accouchement traumatique est vécu comme "invasif, hors de contrôle, comme une expérience brutale, intense où la parturiente s’est sentie en danger de mort". Cette notion de danger de mort, que ce soit pour la mère ou pour le bébé, est un élément central du traumatisme, entraînant un blocage émotionnel chez la jeune mère, et parfois aussi chez le partenaire.

La notion traumatique est souvent liée à des traumas plus anciens, parfois remontant à l'enfance. La personne ne parvient pas à évacuer la difficulté de la situation, surtout si elle s'emboîte avec d'autres agressions ou douleurs connues. Des imprévus tels qu'une césarienne en urgence, une déchirure, une détresse fœtale, l'utilisation de ventouses ou une anesthésie générale peuvent survenir pendant le travail, éloignant la mère et le père des attentes initiales.

Il est important de distinguer un accouchement mal vécu d'un véritable traumatisme. Dans de nombreuses situations, la mère retrouve le cours de sa vie une fois les complications passées, relativisant l'expérience. Cependant, dans le cas d'un trauma, la souffrance est plus profonde et persistante.

Les facteurs de risque et les femmes vulnérables

Certaines femmes sont plus susceptibles de vivre un accouchement comme traumatisant en raison de leur histoire personnelle. Les femmes ayant déjà subi un traumatisme, comme un viol ou une agression, celles qui méconnaissent leur corps, se sentent mal dans leur peau ou vivent mal les modifications physiques liées à la grossesse, peuvent être plus vulnérables face à l'impudeur que l'accouchement nécessite.

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Fabienne Sardas souligne également l'importance des attentes déçues comme symptôme de notre époque. Les futures mamans d'aujourd'hui, souvent dans le contrôle, peuvent mal vivre la perte de contrôle, de repères et de confiance en soi que représente l'accouchement. Il est donc essentiel de garder à l'esprit qu'on ne "réussit" pas un accouchement et que se mettre la barre trop haut est source d'angoisse.

Préparation à l'accouchement et gestion du stress

Que l'on soit vulnérable ou non, il est possible de préparer l'événement et de gérer le stress le jour J. Les cours de préparation à la naissance sont conçus pour cela et pour apprivoiser au mieux ce moment hors de contrôle. Les séances d'haptonomie, qui permettent d'établir le contact avec son bébé, peuvent également aider la parturiente à mieux vivre l'accouchement en lui donnant des repères.

Il a été observé que les mères qui ont davantage conscience que le bébé lui-même vit une descente traumatique et qui se connectent à ce qu'il est en train de vivre s'en sortent mieux.

Les conséquences psychologiques d'un accouchement traumatique

Un accouchement traumatique peut avoir des conséquences psychologiques profondes et variées, allant de l'état de stress post-traumatique (ESPT) à la dépression post-partum, en passant par des troubles anxieux et des difficultés relationnelles.

L'état de stress post-traumatique (ESPT) suite à l'accouchement concernerait, selon les études, entre 1,3 et 6% des naissances. Les symptômes de l'ESPT peuvent inclure des flash-back ou souvenirs répétitifs relatifs à l'accouchement, une hypervigilance, des troubles du sommeil, une irritabilité et un évitement des situations rappelant l'événement traumatique.

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Les mères et les pères doivent pouvoir être écoutés et entendus par l'équipe médicale suite à l'accouchement. La maltraitance, même involontaire, du personnel soignant lors de l'accouchement peut également contribuer au traumatisme.

Les conséquences psychologiques d'un accouchement traumatique peuvent également affecter la relation mère-enfant, le développement de l'enfant et la relation de couple. Les cliniciens sont donc très sensibles à la question du post-partum en périnatalité, car si les femmes devenues mères se sentent déprimées, insécures ou incompétentes, cela va avoir un impact majeur et immédiat sur la relation et le développement harmonieux de leur enfant.

Les solutions pour s'en sortir et aller de l'avant

Même si l'on vit un accouchement jugé comme traumatisant, il est possible de s'en sortir et d'aller de l'avant. La présence de l'entourage, notamment du papa ou du/de la partenaire, est déterminante. Il/elle doit être une présence encourageante, réconfortante et rassurante.

Une prise en charge psychologique est également à encourager en cas de santé mentale altérée par l'accouchement, pour pallier le sentiment d'échec. Chaque maman peut prendre rendez-vous avec le psychologue de la maternité (il y en a toujours un !) de son propre chef, ou orientée par l'entourage. Oser parler ou demander une aide extérieure est essentiel, surtout quand on sait que le fait d'accoucher et les difficultés rencontrées pendant la période du post-partum peuvent avoir un effet délétère sur la santé mentale de la jeune maman.

Plusieurs approches thérapeutiques peuvent être envisagées pour traiter les traumatismes liés à l'accouchement :

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  • L'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing) : Cette thérapie utilise la stimulation sensorielle (mouvements oculaires, tapotements, sons) pour aider le cerveau à retraiter les souvenirs traumatiques et à réduire leur impact émotionnel. Plusieurs études ont montré l'efficacité de l'EMDR dans le traitement des traumatismes liés à l'accouchement, notamment pour réduire les symptômes de dissociation et reconstruire un lien d'attachement sécurisant avec l'enfant.
  • La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : Cette approche vise à identifier et à modifier les schémas de pensée et les comportements négatifs associés au traumatisme. Elle peut aider les femmes à mieux comprendre leurs émotions, à gérer leur anxiété et à développer des stratégies d'adaptation.
  • L'approche psychanalytique : Elle permet de revisiter cette fixation sur ce qui a pu mal se passer et d'explorer les traumas plus anciens qui peuvent être liés à l'accouchement traumatique.
  • Les groupes de parole, les réseaux sociaux ou les sites sur lesquels les mamans se regroupent et font preuve de sororité : Ces espaces d'échange et de soutien peuvent être une aide précieuse pour les femmes qui se sentent isolées et incomprises.

Il est important de noter que chaque femme est unique et que le choix de la thérapie doit être adapté à ses besoins et à son histoire personnelle.

L'importance de la parole et de la sensibilisation

Autrefois, les femmes traumatisées se taisaient, leur souffrance étant minimisée ou ignorée. Aujourd'hui, heureusement, le dialogue sur les risques s'est ouvert, les mères peuvent être plus actives, poser des questions, et l'accouchement n'est plus seulement un événement physiologique, mais un événement majeur dans la vie d'une femme.

Il faut continuer d'humaniser ce lien entre membres du personnel médical et parturiente. La sensibilisation des professionnels de la santé à la question des traumatismes liés à l'accouchement est essentielle pour améliorer la prise en charge des femmes et prévenir les complications psychologiques.

Les réseaux sociaux ont également un rôle important à jouer pour informer et soutenir les femmes autour de la maternité et de la parentalité. Ils permettent de libérer la parole, de se sentir soutenus et de sortir de l'isolement grâce notamment aux communautés. Cependant, il est important de rester vigilant face aux injonctions et à la désinformation.

Le rôle du psychologue spécialisé en accouchement traumatique

Le psychologue spécialisé en accouchement traumatique accompagne les femmes sur le plan émotionnel et psychologique pour mieux gérer les transitions de vie, les défis personnels ou les traumatismes liés à la périnatalité. Il peut aider les femmes à traverser les périodes de changement liées à la parentalité, à surmonter une dépression post-partum, une difficulté à concevoir, une anxiété prénatale liée à l'accouchement, des difficultés relationnelles dans le couple après la naissance d'un enfant ou un deuil périnatal.

Lors d'une séance, le psychologue offre un espace d'écoute bienveillant pour explorer les émotions, les pensées et les expériences de la femme. Il peut utiliser des outils comme la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour identifier et modifier des schémas de pensée négatifs, ou proposer d'autres approches thérapeutiques adaptées à ses besoins.

Le psychologue peut également accompagner les parents dans leur parcours PMA, les soutenir lors du 4ème trimestre de grossesse, les aider à créer une cohésion familiale, à gérer les angoisses et les craintes liées à la parentalité et à répondre à leurs questionnements divers.

Perspectives d'avenir pour l'EMDR en périnatalité

Les perspectives pour l'EMDR en périnatalité sont vastes. De nouvelles études sont nécessaires pour confirmer son efficacité dans le traitement des traumatismes liés à l'accouchement et pour explorer son potentiel dans d'autres domaines de la périnatalité, tels que le deuil périnatal, les difficultés d'attachement et les troubles anxieux.

L'intégration de l'EMDR dans les protocoles de soins en périnatalité pourrait améliorer significativement la qualité de vie des femmes et des familles touchées par des traumatismes liés à la naissance.

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