L'allaitement maternel, une pratique naturelle et bénéfique, se trouve au cœur de nombreux enjeux en France. Recommandé par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pendant les six premiers mois de la vie d’un enfant, il est pourtant confronté à des défis persistants, allant des contraintes sociales et culturelles au manque de soutien en milieu professionnel. À l'occasion de la Semaine mondiale de l’allaitement maternel, penchons-nous sur les freins, les avancées et les perspectives d'avenir de cette pratique dans l'Hexagone.
L'allaitement en chiffres : une pratique en demi-teinte
Bien que l'allaitement maternel connaisse une valorisation croissante en France, soutenue par des campagnes de santé publique et des recommandations médicales, les chiffres révèlent une réalité nuancée. Selon Santé Publique France, en 2020, environ 68% des mères ont initié l’allaitement à la naissance, un chiffre encourageant. Cependant, ce taux chute drastiquement à environ 19% à 6 mois, soulignant la difficulté de maintenir cette pratique sur le long terme.
Les freins à l'allaitement : un parcours semé d'embûches
Plusieurs facteurs entravent la pratique de l'allaitement en France. Parmi les principaux, on retrouve :
- Le manque de soutien et d'installations : Une étude de la Direction de la Recherche, des Etudes, de l’Evaluation et des Statistiques (DREES) indique que 45 % des mères arrêtent d’allaiter en raison de la reprise du travail ou d’un manque de soutien. Le manque d’installations pour allaiter ou tirer son lait dans les lieux publics et sur le lieu de travail est un frein significatif. Une enquête du Centre d’Information sur l’Allaitement Maternel (CIAM) montre que seulement 20 % des entreprises françaises offrent des espaces dédiés à l’allaitement ou au tirage du lait.
- Les pressions sociales et culturelles : La sexualisation du sein féminin dans la culture occidentale peut rendre certaines mères réticentes à allaiter en public, par crainte du jugement ou de l’embarras. Selon une enquête de l’Institut National d’Etudes Démographiques (INED) de 2017, près de 30% des femmes françaises déclarent se sentir mal à l’aise d’allaiter en public. Il existe également une pression sociale contradictoire : les mères qui n’allaitent pas ou qui allaitent trop longtemps peuvent être jugées sévèrement.
- La fatigue maternelle : Par ailleurs, les mères qui allaitent rapportent souvent une fatigue accrue par rapport à celles qui utilisent des laits infantiles, en raison des fréquentes tétées nocturnes.
L'allaitement en public : un droit encore contesté
Allaiter son enfant est un geste naturel. Pourtant lorsqu'il est fait dans l'espace public, le sujet divise. En France, allaiter son bébé dans l'espace public reste encore aujourd'hui un sujet sensible. Si rien ne l'interdit, le regard des autres peut parfois être pesant, au point de décourager certaines mères. Dans les cafés, les parcs ou même les transports en commun, donner le sein à son enfant est encore perçu, par certains, comme un geste déplacé, voire une forme d'exhibitionnisme. Pourtant, il s'agit d'un besoin fondamental pour le nourrisson, encouragé par les professionnels de santé. Alors, pourquoi l'allaitement en public suscite-t-il autant de réactions ?
Pour l'heure, en France, aucune loi n'encadre spécifiquement l'allaitement dans les lieux publics. Ce qui n'est pas interdit est donc autorisé.
Lire aussi: Mise en œuvre de projets en maternelle
Les mamans peuvent allaiter absolument partout, que ce soit en extérieur (parc, aire de jeux, plage, etc) ou dans des lieux publics fermés comme les restaurants, les transports en commun ou les administrations. Pour celles qui souhaitent plus d'intimité, des vêtements d'allaitement adaptés, comme des hauts à ouverture discrète ou des capes d'allaitement, permettent de nourrir bébé à l'abri des regards tout en restant à l'aise en public.
Propositions de loi : vers un environnement plus favorable à l'allaitement
Face à ces constats, des initiatives législatives voient le jour pour promouvoir et protéger l'allaitement en France. Un groupe de député.e.s mené par Mme Anne-Laure Blin a rédigé une proposition de loi inspirée par une proposition de loi déjà présentée à l’Assemblée Nationale en 2021 dont l’objectif commun est de développer une stratégie adaptée qui permettra la création d’un environnement favorable au soutien des femmes et de leurs partenaires dans leur choix d’allaitement. Les député.e.s constatent que malgré des bénéfices prouvés et reconnus, en France la durée d’allaitement est trop courte. Ils relèvent également les différents incidents relayés par la presse concernant l’empêchement d’allaiter son enfant dans certain lieu public et révèle combien il est important de rappeler le droit des femmes et des mères à allaiter leur enfant. La proposition de loi est constituée de 12 articles qui doivent permettre de garantir cet « environnement favorable au choix d’allaitement.
Pour faire avancer le débat, une énième proposition de loi a été déposée, le 17 octobre 2023, pour légiférer l'allaitement dans l'espace public, et sensibiliser les citoyens au sujet. "Rien ne justifie de refuser l'allaitement d'un enfant, et ce, peu importe le lieu", précise le projet porté par plusieurs députés.
L'allaitement et le travail : un équilibre difficile à trouver
Le retour au travail est souvent un moment critique pour les mères qui allaitent. Le congé d’allaitement ne constitue plus un droit inscrit dans le Code du Travail depuis sa suppression en 1975. Les horaires sont à convenir avec l’employeur. D’après l’article L1225-32 du Code du travail, les employeurs de plus de 100 salariés doivent mettre à disposition un local dédié à l’allaitement.
- Tenu en état constant de propreté.
- Maintenu à une température convenable dans les conditions hygiéniques.
Cependant, cette disposition n’est pas encore transposée dans la législation française. Certaines entreprises vont au-delà du minimum légal pour encourager l’allaitement en milieu professionnel.
Lire aussi: Guide pour un projet professionnel auxiliaire de puériculture
Perspectives d'avenir : vers une culture de l'allaitement plus inclusive
Pour lever les freins à l'allaitement en France, il est essentiel d'agir à plusieurs niveaux :
- Renforcer le soutien aux mères : Le Plan National de Développement de l’Allaitement Maternel (PNDAM) prévoit la formation des professionnels de santé pour mieux soutenir les mères allaitantes. Il est crucial de continuer dans cette voie et de développer des réseaux de soutien communautaires.
- Sensibiliser et éduquer : Lutter contre les idées reçues et les tabous liés à l'allaitement est indispensable. Des campagnes de sensibilisation doivent être menées auprès du grand public, mais aussi auprès des professionnels de santé et des employeurs.
- Améliorer les infrastructures : Il est impératif d'augmenter le nombre d'espaces dédiés à l'allaitement dans les lieux publics et sur les lieux de travail.
- Adapter la législation : La transposition de la directive européenne sur la protection de la maternité et l'adoption de lois spécifiques sur l'allaitement pourraient contribuer à créer un environnement plus favorable.
L'impact psychologique de l'allaitement
Enfin, d’un point de vue psychologique, l’allaitement peut contribuer au bien-être maternel. Une recherche de l’Université de Warwick montre que les mères qui allaitent ont des niveaux inférieurs de dépression post-partum comparativement à celles qui n’allaitent pas. Kendall-Tackett (2007) souligne que l’allaitement peut, paradoxalement, agir comme facteur de protection contre certaines formes de fatigue en réduisant les risques de dépression post-partum, de stress et en améliorant l’humeur des mères.
Lire aussi: Les bénéfices de l'animation en maternelle
tags: #projet #de #loi #allaitement #France
