Cet article explore l'histoire et les interactions de diverses organisations et personnalités dans les domaines de la protection maternelle et infantile (PMI), de l'éducation des enfants surdoués, et de l'action sociale, en particulier dans la région de Nice et de Grasse. Il met en lumière l'évolution des préoccupations sociales, les initiatives mises en place, et l'engagement de personnalités marquantes dans ces domaines.

L'essor de la protection maternelle et infantile (PMI) à Grasse

Un siècle sépare la création d’Harjès et celle d’Harpèges-les accords solidaires, deux associations aujourd’hui réunies qui partagent une histoire commune de solidarité et un ancrage profond dans le Pays de Grasse. Fondé par Madame Chiris, épouse du parfumeur grassois Léon Chiris, avec le soutien du Conseil Municipal, le Centre Maternel et Infantile-CMI - devenu Harpèges - Les accords solidaires le 12 novembre 2019 - accueille dans une crèche les enfants des ouvrières et des employées de l’usine.

D’abord orientée vers le curatif et l’urgence, la finalité de l’association évolue vers la protection et la prévention. Pour mieux désigner ses activités, elle prend le nom de « CMI de Grasse » le 11 mars 1952 ; elle est reconnue d’utilité publique le 16 octobre 1953. Entre 1970 et 1980, en accord avec le Conseil Général des Alpes-Maritimes et la Ville de Grasse, l’association assure de nouvelles missions et développe des structures adaptées à l’évolution des besoins des personnes accueillies et accompagnées.

En 1975, l’association cède au Bureau d’Aide Sociale de la Ville de Grasse la gestion de la crèche et des deux jardins d’enfants pour orienter ses activités vers des consultations qui relèvent de la protection maternelle et infantile (PMI).

L'engagement pour les enfants intellectuellement précoces : L'ANPEIP et Jean-Charles Terrassier

L'Association Nationale Pour les Enfants Intellectuellement Précoces (ANPEIP) a joué un rôle crucial dans la reconnaissance et la prise en charge des besoins spécifiques des enfants surdoués en France.

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En 1975, Jean-Charles Terrassier participe à la création du WORLD COUNCIL FOR GIFTED AND TALENTED CHILDREN à Londres. La même année, il organise à Nice le premier « Congrès français pour les Enfants Surdoués » avec la participation de spécialistes nationaux et internationaux, marquant ainsi une étape importante dans la sensibilisation et la compréhension de la précocité intellectuelle en France.

De 1987 à 2002, l'ANPEIP œuvre pour faire reconnaître les problèmes que les enfants intellectuellement précoces pouvaient rencontrer, et plus particulièrement dans leur scolarité. En 1987, J.-C. TERRASSIER rédige un projet et participe à la mise en place des premières classes expérimentales pour enfants précoces à l'école primaire publique de Las Planas à Nice, à la demande de M. René MONORY, Ministre de l'Éducation nationale.

En 2001, l'ANPEIP collabore à une recherche neuropsychologique intitulée : « Maturation Cognitive : une étude Électro-physiologique chez les enfants intellectuellement précoces » (C.H.U. Pasteur et Faculté de Psychologie de Nice), soulignant l'importance de la recherche scientifique pour mieux comprendre le développement cognitif de ces enfants.

En 2002, l'ANPEIP participe avec l'Éducation nationale à l'élaboration d'une série de mesures concernant la scolarisation des élèves intellectuellement précoces, mesures inscrites dans la circulaire de rentrée du 10/04/02 et parues au B.O. La même année, l'association crée « ANPEIPSY », un secteur de recherches, d’actions et de formation en partenariat avec des professionnels de la psychologie, de la pédagogie, et de la santé.

L'ANPEIP continue son action en participant à des conférences et en organisant des formations pour les professionnels de l'enfance. En 2003, dans le cadre du MEDEC (Salon de la Médecine) à Paris, elle participe à une conférence réunissant 450 professionnels : médecins, médecins scolaires, orthophonistes, psychomotriciens, etc. En 2005, elle organise une conférence intitulée « Les tests d’intelligence : pourquoi ? ». En 2008, elle participe à la journée Scientifique de l'AFPSSU - Association Française Pour la Santé Scolaire et Universitaire. En 2009, elle participe et organise de nombreuses formations dans plusieurs régions ANPEIP médecins de PMI, professeurs des écoles, professeurs de collège, dans le cadre du Plan Académique de Formation.

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L'action sociale et l'héritage de Freddy Durrleman

Né en 1881 à Saintes (17), Freddy Durrleman manifeste très tôt une vocation sociale et pastorale. Dès l’âge de 15 ans, il accompagne son père évangéliste dans ses visites aux familles ouvrières de l’arsenal de Rochefort. De 1906 à 1912, à Roubaix, il dirige d’abord l’oeuvre de « La Solidarité », intervenant en milieu ouvrier dont il découvre l’immense misère puis devient Pasteur de la paroisse réformée.

Mobilisé dès le 1er août 1914, il est aumônier de la Marine sur un navire-hôpital en Méditerranée à partir de 1915. En 1920, il fonde à Paris l’oeuvre de La Cause, avant de l’installer à Carrières-sous-Poissy en 1933, dans la propriété ayant appartenu à Octave Mirbeau où se situe aujourd’hui l’Hôtel de Ville. Il choisit le nom de La Cause en mémoire des protestants qui, au 16ème siècle, luttaient pour ce qu’ils appelaient « la cause », c’est-à dire la liberté de conscience.

De multiples activités s’y développent : oeuvre d’adoption, aide aux aveugles et malvoyants, édition d’ouvrages divers, enseignement biblique et religieux, tournées de conférences publiques, premières émissions radiophoniques protestantes hebdomadaires écoutées par des milliers d’auditeurs et générant une abondante correspondance. Une fois l’an, se tient, dans le parc, la Fête d’été ouverte à tous les amis de La Cause et à tous les habitants du village pour un goûter ou un repas. Ces activités ont un écho considérable, très au-delà du protestantisme.

En juin 1940, il prend avec son épouse Elisabeth, ses enfants et ses collaborateurs, la route de l’exode. En septembre 1940, les activités carriéroises reprennent doucement et difficilement. C’est à ce moment que Freddy Durrleman décide de revenir. La cave de la maison de La Cause reste ouverte aux habitants lors des bombardements.

Dès octobre 1940, il participe à la création d’un des premiers mouvements de résistance avec notamment Gaston Teissier, Secrétaire général de la CFTC : « le réseau Corréard ». En janvier 1941 il est arrêté par la Gestapo. Il venait de présider les obsèques d’un pilote anglais décédé au camp de St-Denis et dont l’épouse résidait à Carrières. Dans son allocution, il affirme sa foi dans la victoire contre le nazisme. Dénoncé pour propagande anti-allemande, Freddy Durrleman est arrêté. La maison de la Cause est fouillée par la Gestapo qui trouve des tracts compromettants. D’autres documents sont cachés dans le parc jusqu’à la Libération. Après plusieurs interrogatoires, il est traduit devant le tribunal allemand de Saint-Cloud et condamné à 18 mois de prison à Fresnes. Sa Secrétaire, Madeleine Haëttel, est condamnée à 6 mois de prison. Il meurt à Carrières, à 63 ans, en janvier 1944, suite à son emprisonnement.

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Après la guerre, son épouse et ses enfants, Monique et Christophe, Pasteur qui dirigera la Cause à partir de 1954, ainsi que sa belle-fille, Rose-Marie, poursuivront la plupart des activités. En 1983, La Cause construit et s’installe au 69, avenue Ernest Jolly. En 1993, le Pasteur Alain Deheuvels succède à Christophe Durrleman et, avec son épouse Nicole, dirige cette oeuvre originale devenue Fondation reconnue d’utilité publique. Installée depuis plus de 70 ans à Carrières, La Cause, sous des formes variées, avec l’aide de plus de 300 bénévoles, continue de développer de nombreuses activités : parrainage d’enfants orphelins dans plusieurs pays d’Afrique et en Haïti, soutien aux aveugles et malvoyants, actions de solidarité envers les personnes seules, édition. Ainsi, poursuit-elle l’objectif que lui avait assigné son fondateur « faire rayonner la lumière, faire reculer le mal et rendre l’espérance aux coeurs désolés ».

Harjès et Harpèges : Une fusion au service de la solidarité à Grasse

En 1989, le CMI crée un centre d’action médico-sociale précoce (CAMSP) ayant pour objet le dépistage, la cure ambulatoire et la rééducation des enfants de 0 à 6 ans qui présentent des déficits sensoriels, moteurs ou mentaux et/ou un risque de handicap, en vue d’une adaptation sociale et éducative dans leur milieu naturel et avec la participation de celui-ci.

En 1999, l’association reprend la gestion d’un jardin d’enfants (80 enfants de 2 à 6 ans). En 2001, l’association développe une aide à la parentalité par la création d’un lieu d’accueil enfants-parents (LAEP) « Les Pitchounets », en partenariat avec la Caisse d’Allocations Familiales et la mairie de Grasse. En 2009, le CAMSP a bénéficié d’une augmentation de capacité pour mieux répondre à ses missions.

Trois hommes sont à l’origine d’Harjès : le pasteur Thomas Zaroukian, François Trocmé, président fondateur, et Pierre Rieunier. L’association porte le nom Harjès, en mémoire d’Amelia Harjes (1873-1967), issue d’une famille de banquiers américains, d’origine allemande, installée en France à la fin du 19ème siècle et venant en villégiature à Grasse, au « château Harjès » situé avenue Victoria. A sa mort, la propriété, a été en grande partie léguée à l’Hôpital Américain de Neuilly dont le père fut longtemps président. Une parcelle revint à la chapelle Victoria afin de créer un lieu d’accueil de jeunes en difficulté. Le local construit, devenu la Salle Harjès, n’a que peu accueilli les activités de l’association qui a préféré fixer son siège dans le Centre historique.

De son origine et jusqu’aux années 2000, l’association ne comprend que des bénévoles, à l’exception de sa secrétaire (1992) et de la personne chargée de l’entretien. Pour le président-fondateur chacun cependant doit faire preuve de créativité, « vous avez une idée, venez vers nous, nous vous aiderons à la réaliser ». Ces bénévoles sont, au départ, toutes et tous dans la vie active et souvent dans des postes de responsabilité. Le professionnalisme, l’engagement, le respect de la personne et la non-discrimination sont les valeurs défendues, avant même la création de l’association. Harjès prenant de l’ampleur, la professionnalisation est apparue comme une exigence pour les bailleurs institutionnels. Elle s’est faite progressivement, à partir de 1991.

Harjès lance une démarche de création d’un centre social et étend ses actions de prévention de la délinquance sur les collèges de Grasse, Valbonne, Cannes, Antibes et le Cannet. En 2012, Harjès obtient les agréments de Centre Social par la Caisse d’Allocations Familiales des Alpes-Maritimes. En 2015, elle est retenue dans le cadre d’un appel à projets lancé par la DDCS pour porter les actions d’accompagnement vers et dans le logement à destination des ménages reconnus prioritaires, au titre du droit au logement opposable, sur le territoire des Alpes-Maritimes.

En 2017, Harjès ouvre, en partenariat avec le Conseil Départemental, 15 places d’hébergement pour un public de femmes isolées, enceintes, avec enfants dont l’aîné.e a moins de trois ans, sur l’ouest du département. En 2018, l’association obtient un agrément de la CAFAM pour créer un Espace de Vie Sociale itinérant sur le Moyen et Haut-Pays de Grasse.

Début 2018, un comité de suivi, composé de représentants des deux associations, est constitué pour construire le rapprochement et, ce faisant, dégager le sens de cette fusion. Il s’agit d’initier une entité, organisée et structurée, pour gérer les actions existantes et proposer de nouvelles réponses aux besoins émergents ou non-satisfaits. Les deux associations se dotent cette même année d’une direction unique et travaillent aux aspects humains, juridiques, financiers et techniques de la fusion. Une démarche est menée de décembre 2018 à mars 2019 pour définir le projet associatif avec la participation des administrateurs, des cadres et des représentants du personnel, puis l’ensemble des intervenants salariés et bénévoles.

L’enjeu de la fusion est de construire une identité commune, qui intègre les valeurs et les atouts des deux associations et soit le support d’une dynamique, assise notamment sur les complémentarités entre le CMI et Harjès. En dépit d’une dynamique associative réelle, Harpèges s’est retrouvée heurtée dans son fonctionnement et freinée dans son élan de mutation en raison de la crise liée au COVID-19. Harpèges renforce son offre de service sur le Pays de Grasse et l’ouest des Alpes-Maritimes. et se structure, avec la création de fonctions supports regroupées au sein du siège - Direction générale, et cinq pôles d’activités :médico-socialsocio-éducatifsocio-judiciairehébergement, logement, parentalitéjardin d’enfants Les Bengalis

L’organisation de la gouvernance de l’association fait l’objet de réflexions au sein du conseil d’administration et seront poursuivis en 2022 lors de séminaires et réunions diverses, avec la participation active de toutes les équipes salarié·es et bénévoles. La gouvernance d’Harpèges, placée au cœur de son système, se veut « élargie » : elle repose sur la complémentarité de ses établissements et vise à renforcer son identité.

Ouverte sur l’extérieur, Harpèges inscrit ses missions sur des valeurs d’humanisme, de justice et de solidarité et tente d’apporter sa contribution au fondement d’une société plus juste. Impliquée dans les dynamiques locales, départementales et nationales, notamment par son engagement dans différents réseaux et fédérations - InterCAMSP, ANECAMSP, France Victimes, l’URIOPSS, la FAS, le réseau départemental des centres sociaux, le schéma départemental de toutes les violences faites aux femmes, etc. et plus particulièrement la fédération Citoyens & Justice au sein de laquelle elle est déléguée inter cours d’appel pour la région Sud-Est et membre du Bureau national.

En dépit des contraintes budgétaires, Harpèges poursuit son évolution en répondant notamment aux besoins non couverts sur le territoire. Son activité a progressé de 12% malgré le transfert de la PMI au conseil départemental. Trois années après sa création et avec l’arrivée de Philippe Cotta à la présidence, en mai 2022, Harpèges franchit une nouvelle étape. A partir de la structuration qu’elle a opérée dans toutes ses dimensions (politique, sociale, administrative, financière, juridique, numérique, managériale, organisationnelle, etc.), elle s’est progressivement construit une personnalité associative solide et a étoffé son offre de service. Les travaux sur la gouvernance élargie, fruit d’une longue réflexion menée entre administrateur·trices et directeur·trices d’établissements, donnent lieu, pas à pas, à une dynamique participative réelle. Logée au cœur du système d’Harpèges, sa gouvernance est moteur de synergie entre les établissements, les salarié·es et bénévoles.

Il en résulte, entre autres : L’élaboration d’une stratégie de communication accompagnée par la refonte du site internet et d’une plus grande visibilité de l’association sur les réseaux sociaux ; Le lancement d’une démarche QVT ciblée en priorité sur l’établissement du jardin d’enfants « les Bengalis » et à l’ensemble de l’association ; En ce qui concerne l‘activités des pôles, l‘année 2022 est marquée par les concertations avec la ville de Grasse, la CAFAM et le Conseil départemental concernant l’avenir du jardin d’enfants « les Bengalis », ainsi que la recherche d’un nouvel espace pour les activités du CAMSP. Le développement du pôle hébergement-logement-parentalité a porté le nombre de places à 183 dans l’ouest du département. Le service d’aide aux victimes a été étendu, sous l’égide du procureur de la République, à l’ensemble du ressort judiciaire de Grasse.

L’année 2023, comme à l’accoutumée, fut dense et marquée par de nombreux événements et projets. La dynamique instaurée à travers la gouvernance élargie a permis une meilleure synergie entre les établissements et a contribué à des avancées certaines au niveau de : La stratégie de communication avec la création d’une lettre trimestrielle, « Les Voix d’Harpèges » et la réalisation de plusieurs capsules vidéo ont amélioré la visibilité de l’association. L’attractivité des métiers grâce aux mesures mises en place pour améliorer la qualité de vie au travail, afin de limiter les difficultés de recrutement et de fidélisation. Comité d’éthique, espace d’apprentissage collectif, qui offre divers éclairages et solutions aux participants, contribuant ainsi à l’amélioration globale du fonctionnement de l’association. L’accueil et l’accompagnement des familles, des parents et des usagers avec l’élaboration d’une charte applicable à tous les établissements.

Pérenniser notre modèle de gouvernance élargie impose une attention quotidienne. Seul, le groupe “Incubateur de projets - Recherche et développement” devra encore atteindre son rythme de croisière. Cette année également, nous avons regroupé le Centre d’Action Médico-Sociale Précoce et le jardin d’enfants « Les Bengalis » en un seul pôle petite enfance, pour une meilleure cohérence organisationnelle et économique. Dans un contexte de tensions politiques, sociales et économiques croissantes, Harpèges s’est, cette année encore, préparée à relever les nombreux défis qui l’attendent : répondre à des besoins sociaux en constante augmentation et s’adapter à des politiques publiques en perpétuelle évolution. Les orientations stratégiques, élaborées en concertation avec le conseil d’administration, les directeurs de pôle et l’ensemble des équipes, validées lors de l’assemblée générale 2024, traduisent un consensus fort sur la nécessité de poursuivre le développement de l’association. Il restait à finaliser les documents-cadres relatifs à l’organisation de la gouvernance, afin d’en renforcer la vitalité et de redéfinir les modalités de fonctionnement, tant en interne qu’avec les partenaires.

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