L'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de femmes et aux femmes seules est une question qui divise profondément la société française. Ce sujet, au cœur des débats bioéthiques, a connu plusieurs rebondissements au fil des ans, reflétant les tensions entre les évolutions sociétales et les conceptions traditionnelles de la famille.

Un historique mouvementé au Sénat

Le débat sur la PMA ne date pas d'hier. En avril 2011, lors de l'examen d'une précédente loi de bioéthique, le Sénat, alors à majorité de droite, avait adopté un amendement socialiste ouvrant la PMA aux couples de femmes. Cet amendement, porté par l'ex-sénateur PS de la Manche, Jean-Pierre Godefroy, visait à remplacer l'expression « l’homme et la femme formant le couple » par « les personnes formant le couple » dans l'article concerné sur l'assistance médicale à la procréation.

Jean-Pierre Godefroy affirmait alors que « Notre législation se fonde sur un modèle familial dominant, ignorant aujourd’hui assez largement les évolutions à l’œuvre dans la société française. Elle ne laisse aucune place à d’autres modes de parentalité, alors qu’aujourd’hui cette dernière se conjugue désormais au pluriel ». Il ajoutait : « Nous devons donc lever les préjugés et les craintes formulées à l’égard de l’homoparentalité et témoigner du fait que les familles homoparentales sont à la fois des familles hors normes et des familles ordinaires ».

La mesure avait été adoptée contre l’avis de la commission, exprimée par le rapporteur du texte, le sénateur LR Alain Milon, et celui du ministre de la Santé de l’époque, Xavier Bertrand. Cependant, Alain Milon, « en raison de (ses) convictions personnelles », avait voté l’amendement. Il avait salué un dispositif « le plus conforme à la réalité de la société française ».

D'autres sénateurs, comme Nicole Borvo Cohen-Seat (PCF) et Alima Boumediene-Thiery (EELV), avaient également défendu cette mesure. Alima Boumediene-Thiery soulignait que, « S’il était adopté, cet amendement permettrait d’éviter à ces couples (de femmes) de se rendre en Belgique ou aux Pays-Bas pour concevoir ce que l’on appelle des "bébés Thalys", expression malheureuse née des insuffisances du droit français ».

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Xavier Bertrand justifiait l'opposition du gouvernement en expliquant : « Ces trois amendements visent, d’une certaine façon, à modifier la frontière entre ce qui relève, d’une part, du domaine médical et, d’autre part, du domaine sociétal. Le gouvernement n’est pas prêt à suivre les auteurs des amendements sur cette voie. J’entends bien l’argumentation, j’entends bien la logique, mais ce n’est pas la nôtre ».

Toutefois, les députés étaient ensuite revenus sur ce vote, supprimant l'ouverture de la PMA aux couples de femmes.

Les protagonistes d'hier et d'aujourd'hui

Parmi les acteurs de ce débat, certains noms reviennent avec insistance, témoignant de la constance de leurs convictions. Alain Milon (LR), médecin de profession, est un défenseur de longue date de la PMA pour les couples de femmes. Bruno Retailleau, alors simple sénateur de Vendée, s'était déjà opposé à la PMA pour toutes, craignant qu'elle ne mène à la légalisation de la GPA. Il reste aujourd'hui encore constant dans ses convictions.

La singularité française et les enjeux éthiques

Jean-Louis Touraine, député LREM et rapporteur de la loi bioéthique, estime que le texte révèle une « singularité française ». Selon lui, « La loi de bioéthique est condamnée à être toujours révisée (…). Aujourd’hui, nous indiquons que nous voulons intégrer aucune forme de GPA. Ceux qui craignent qu’il y ait une dérive se trompent ». Il souligne également que « La PMA pour toutes se pratique depuis des années en France, c’est ce qu’on appelle la PMA artisanale. Elle se pratique également car des milliers de femmes vont à l’étranger pour en bénéficier ».

Le débat sur la bioéthique pose également la question de notre conception du rôle de la technique médicale. François-Xavier Bellamy (LR) oppose la médecine qui répare les corps à celle qui les transforme, comme dans le cas de la PMA. Jean-Louis Touraine estime qu’il s’agit d’un « réductionnisme », voire d’un archaïsme. Pour Sylviane Agacinski, cette loi est l’expression d’une volonté de maitrise totale de l’Homme sur la (sa) nature et s’inquiète d’une perte de repères. Jean-Louis Touraine considère que cette rhétorique relève d’une philosophie naturaliste qui exprime « une nostalgie de la vie naturelle ».

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L'évolution de l'opinion publique

L'opinion publique française semble évoluer sur ces questions. Une majorité de Français pense que l'on devrait tourner la page en ajustant de nouveaux droits à ceux apportés par le mariage pour tous. Selon un sondage, 62% sont opposés à l'abrogation de la loi Taubira, et une majorité est favorable à la PMA pour les couples de lesbiennes. L'adhésion à l'accès de la PMA aux couples de lesbiennes a progressé de 12 points depuis 2013. Même chez les plus réticents au principe d'homoparentalité, comme les plus de 65 ans, les catholiques pratiquants, les sympathisants des Républicains et le FN, l'opinion a évolué. De plus, 64% pensent que l'État doit reconnaître les enfants nés à l'étranger par GPA.

Cependant, la GPA pour les couples gays reste minoritaire (44%), bien qu'elle progresse. Les électeurs souhaitent des candidats qui soutiennent les couples homosexuels et les familles homoparentales.

Philippe de Villiers et Emmanuel Macron : une relation complexe

Le nom de Philippe de Villiers, fondateur du Puy du Fou, apparaît également dans ce contexte. Il a entretenu une relation complexe avec Emmanuel Macron, faite d'échanges de courriers et de désaccords profonds. Philippe de Villiers se positionne comme un défenseur des valeurs traditionnelles et critique les réformes sociétales portées par Emmanuel Macron.

Dans son livre « Le jour d’après », Philippe de Villiers relate une scène d’un dîner à l’Elysée au cours duquel il exprime son désaccord avec « la boulimie de réformes », estimant que « La France a besoin de respirer ». Il décrit une vive discussion avec Emmanuel Macron sur la PMA et la GPA.

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