Introduction
La procréation médicalement assistée (PMA) est un domaine en constante évolution, suscitant des débats passionnés sur les limites éthiques et les implications sociétales. L'expression "PMA contre nature" est souvent utilisée dans ces discussions, mais sa définition et ses fondements méritent un examen approfondi. Cet article se propose d'explorer les différentes facettes de cette question, en s'appuyant sur des arguments philosophiques, juridiques et anthropologiques, ainsi que sur des données factuelles concernant la pratique de la PMA en France et à l'étranger.
Définition et interprétations de "PMA contre nature"
L'expression "PMA contre nature" est polysémique et peut être interprétée de différentes manières. Elle peut renvoyer à l'idée que la PMA s'écarte d'un ordre naturel préétabli, que ce soit en termes de reproduction biologique ou de structure familiale. Cette vision est souvent associée à des conceptions traditionnelles de la famille, fondées sur l'union d'un homme et d'une femme et sur la procréation naturelle.
Une autre interprétation de "PMA contre nature" met l'accent sur les risques potentiels pour l'enfant né d'une PMA, en particulier en ce qui concerne son identité et son bien-être psychologique. Les opposants à la PMA soulignent souvent la souffrance des enfants nés de dons de gamètes qui ne connaissent pas leurs origines, ainsi que les conflits de loyauté et la "dette existentielle" qu'ils peuvent ressentir.
Enfin, l'expression "PMA contre nature" peut être utilisée pour dénoncer les dérives potentielles de la PMA, telles que l'eugénisme ou la marchandisation du corps humain. Certains craignent que la sélection des gamètes et des embryons n'ouvre la voie à un "eugénisme libéral", où les parents choisissent les caractéristiques de leurs enfants en fonction de critères subjectifs.
Arguments philosophiques et anthropologiques
Le philosophe Jurgen Habermas a mis en garde contre les risques d'une dérive eugénique de la PMA, soulignant que le tri des gamètes et des embryons pourrait conduire à une sélection des personnes basée sur des prérequis parentaux et des tests scientifiques. Cette perspective soulève des questions fondamentales sur la dignité humaine et la valeur intrinsèque de chaque individu.
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D'un point de vue anthropologique, l'argument de la "rupture anthropologique" est souvent avancé pour s'opposer à la PMA sans père. Cependant, Claude Lévi-Strauss a critiqué l'idée de rupture dans les sociétés humaines, soulignant que les évolutions sont progressives et qu'il n'existe pas d'invariants humains. L'anthropologie met en évidence la diversité des systèmes de parenté à travers le monde, des sociétés matrilinéaires aux sociétés patrilinéaires, ce qui remet en question l'idée d'une norme universelle en matière de filiation.
Aspects juridiques et éthiques
En France, l'article 16-4 du Code civil interdit "toute pratique eugénique tendant à l'organisation de la sélection des personnes". Cette disposition vise à prévenir les dérives eugéniques de la PMA et à garantir le respect de la dignité humaine.
L'article 225-1 du Code pénal interdit toute discrimination fondée sur l'origine, le sexe, la situation de famille, la grossesse, l'apparence physique, l'état de santé ou les caractéristiques génétiques. Cette disposition est pertinente dans le contexte de la PMA, car elle interdit toute discrimination à l'égard des couples ou des femmes qui souhaitent recourir à cette technique, ainsi qu'à l'égard des enfants nés de PMA.
La question de l'intérêt de l'enfant est au cœur des débats sur la PMA. Si l'intérêt de l'enfant est une notion malléable, elle comporte au minimum le respect des droits de l'enfant. En droit français, toute personne a le droit de faire établir sa filiation biologique réelle, sous la seule réserve de la prescription des actions en justice. Cette disposition soulève des questions complexes dans le contexte de la PMA avec don de gamètes, où l'enfant n'a pas accès à l'identité du donneur.
La pratique de la PMA en France : pénurie de gamètes et appariement
La pénurie de gamètes est une réalité en France, en particulier en ce qui concerne les ovocytes. Cette situation conduit à des délais d'attente importants pour les couples ou les femmes qui souhaitent recourir à la PMA avec don d'ovocytes.
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Dans la pratique des Centres d'étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos), il n'y a pas de refus du recours à la PMA avec tiers-donneurs vis-à-vis de certains couples à cause de leur origine ethnique. Leurs demandes d'accès à la PMA avec tiers-donneur sont acceptées. Cependant, la pénurie de gamètes, en particulier d'ovocytes issues de donneuses de type non-caucasien, pose des problèmes spécifiques.
Certains Cecos pratiquent l'appariement des gamètes en fonction des caractères physiques des donneurs et des receveurs. Cette pratique est controversée, car elle peut être perçue comme une forme de discrimination ou d'eugénisme. De plus, elle peut conduire à rendre invisibles les caractéristiques physiques de l'un des parents dans l'enfant conçu par PMA avec tiers-donneur.
Les enjeux psychologiques et sociaux de la PMA
La souffrance des personnes qui ne peuvent pas avoir d'enfant est indéniable. La PMA offre une solution à cette souffrance, mais elle soulève également des questions psychologiques et sociales complexes.
Les enfants nés de PMA avec don de gamètes peuvent ressentir une souffrance liée à l'absence de connaissance de leurs origines. L'accès à l'identité du donneur peut être une solution, mais il ne suffit pas toujours à préserver l'intérêt de l'enfant.
La vie qui commence en laboratoire, dans une boite de Petri, prive dès le départ l'enfant de l'enveloppe charnelle maternelle, riche d'une quantité de transmission d'affects. L'engendrement est une histoire souterraine, silencieuse, mais qui peut se révéler bruyante dans la vie.
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Alternatives à la PMA et intérêt supérieur de l'enfant
Plutôt que de continuer à repousser les limites éthiques de la PMA, il serait peut-être préférable de réfléchir à d'autres solutions qui préservent l'intérêt supérieur de l'enfant. Par exemple, on pourrait mettre la priorité sur le besoin criant de prise en charge des enfants déjà nés, plutôt que de "fabriquer des enfants sur mesure".
Il est important de noter que la majorité des enfants qui ont besoin d'être pris en charge ne peuvent pas être confiés à des parents en vue de l'adoption. Cependant, il existe d'autres formes de prise en charge, telles que le parrainage ou le mentorat, qui peuvent apporter un soutien précieux à ces enfants.
La PMA : une pratique contre-nature ?
Une femme qui accepte d’être mère porteuse s’oblige à éteindre certains « interrupteurs humains ». Elle s’oblige à un clivage, se coupant de son instinct de maternité afin de permettre un procédé parfaitement contre-nature, « anti-maternel ». Le monde s’affole au sujet de l’écologie de la nature, mais, qu’en est-il des folies réalisées dans le domaine de l’engendrement, témoignant d’une absence d’écologie de l’Homme à l’aube de la vie ?
Induire une séparation psychique avec l’enfant porté, est un facteur traumatique qui s’inscrit dans les premiers plis de la vie de l’embryon. Le besoin primordial pour l’enfant étant précisément la qualité d’attachement maternel, source d’influence dans son devenir affectif et relationnel.
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