L'établissement de la filiation paternelle est une question complexe, impliquant des aspects juridiques, biologiques et émotionnels. En France, la loi encadre strictement les procédures de reconnaissance de paternité et les tests ADN, afin de protéger les droits de l'enfant et de garantir la sécurité juridique des familles. Cet article explore les différentes facettes de la preuve de paternité, des actions en recherche de paternité aux tests ADN, en passant par les implications légales et les droits de chacun.

L'Action en Recherche de Paternité

L’action en recherche de paternité est une démarche juridique permettant à un enfant d'établir officiellement un lien de filiation avec son père biologique. Cette action, prévue à l’article 327 du Code civil, vise à faire reconnaître la paternité d’un enfant dont la filiation n’est pas déjà déterminée. Elle est réservée à l’enfant lui-même. Si l'enfant est mineur, ses représentants légaux, généralement la mère, peuvent agir en son nom (article 328 du Code civil). Si l’enfant est placé sous tutelle, le tuteur a qualité pour agir avec l’autorisation du Conseil de famille.

Qui peut initier l'action?

L’action est ouverte uniquement à l’enfant concerné, et toute action intentée par une autre personne sera déclarée irrecevable. Cependant, si l’enfant est mineur, l’article 328 du Code civil permet à la mère, en sa qualité de représentant légal de l’enfant, d’agir en recherche de paternité. Si l’enfant est placé sous tutelle, c’est le tuteur qui a la qualité pour agir avec l’autorisation du Conseil de famille.

Délais pour agir

Conformément à l’article 321 du Code civil, l’action en recherche de paternité peut être intentée jusqu’à dix ans après la majorité de l’enfant, soit jusqu’à ses 28 ans. Pendant la minorité, ce délai est suspendu, et le représentant légal peut agir en justice pour le compte de l’enfant. La mère a un délai de 10 ans à compter de la naissance de l’enfant pour agir au nom de ce dernier. Passé ce délai, elle ne peut plus agir.

Preuve de la paternité

Dans le cadre d’une action en recherche de paternité, la preuve est libre : elle peut être rapportée par tous moyens (correspondance, témoignages, photos, etc.). Le juge peut ordonner une expertise biologique pour établir la filiation. Ce test est de droit sauf en cas de motif légitime. La loi française est très stricte sur ce point.

Lire aussi: Tout savoir sur la pilule du lendemain

Conséquences de l'établissement de la paternité

Si la filiation paternelle est établie, cela a des conséquences importantes sur l’exercice de l’autorité parentale, la contribution du père à l’entretien et à l’éducation de l’enfant, et le nom de l’enfant. Si la filiation paternelle ne peut être établie, l’enfant peut engager une action aux fins de subsides (articles 342 et suivants du Code civil). Le juge prend en compte l’intérêt supérieur de l’enfant mais aussi les droits du père présumé.

Les Tests de Paternité : Cadre Légal et Procédure

Un test de paternité est une pratique scientifique consistant à l’identification, par empreintes génétiques ou examen de sang, de deux personnes dans le but d’établir un lien de parenté génétique entre un père et son enfant. Ce test peut entraîner une reconnaissance de paternité et des conséquences juridiques peuvent en découler.

Le cadre légal français

En France, en dehors du cadre d’une procédure judiciaire, il n’est pas possible d’effectuer librement un test de paternité. La loi française est très stricte sur ce point.

Quand peut-on solliciter un test de paternité ?

Il n’est possible de solliciter un test de paternité que dans le cadre d’une procédure judiciaire visant l’un des objectifs mentionnés à l’article 16-11 du Code civil, à savoir :

  • Établir ou contester un lien de filiation: cette procédure vise à créer un lien de paternité avec un enfant ou contester le lien de paternité déjà existant à son profit.
  • Recevoir ou supprimer une contribution financière (subsides): en l’absence de filiation paternelle, l’action à des fins de subsides permet à un enfant de réclamer des subsides à celui qui entretenait des relations intimes avec sa mère au moment de sa conception.
  • Établir l’identité d’une personne décédée, dans le cadre d’une enquête de police.

Le rôle du juge

Le juge peut ordonner une expertise biologique pour établir la filiation. En matière de filiation, les juges considèrent que l’expertise biologique est de droit. Ainsi, sans motif légitime de refuser la réalisation d’un test de paternité, aucun juge ne peut refuser la demande d’expertise biologique. Par exemple, le motif légitime peut être une première expertise suffisamment concluante ou l’exercice d’une action en justice purement vexatoire. Dès lors, si vous souhaitez recourir à un test de paternité, il faudra le demander au juge. Dans cette procédure, l’assistance de l’avocat est obligatoire.

Lire aussi: Allaiter après un mois

Refus de se soumettre au test

Il n’est pas possible de faire un test de paternité sans votre accord exprès. Toutefois, le refus peut entraîner de lourdes conséquences puisque ce refus pourra être apprécié par le juge comme un aveu de la paternité. En effet, les juges ont pu à de nombreuses reprises considérer que ce refus pouvait constituer un aveu de paternité (Civ. 1ère, 25 sept. 2013, n°12-24.588) ou tout du moins un indice supplémentaire de la paternité (Civ. 1ère, 8 juil. 2020, n°18-20.961). Le refus peut également entraîner une condamnation à des dommages et intérêts dans le cas où cela causerait un préjudice moral pour la mère ou pour l’enfant (Civ. 1ère, 6 mai 2009, n°08-10.936).

Test de paternité post-mortem

Il n’est pas possible d’effectuer un test de paternité si la personne est décédée, sauf si elle avait donné son accord de son vivant. En effet, l’article 16-11 du Code civil précise que sauf accord exprès de la personne manifesté de son vivant, aucune identification par empreintes génétiques ne peut être réalisée après le décès.

Qui peut effectuer le test ?

Un test de paternité peut être effectué selon deux méthodes :

  • Examen comparé de sang
  • Identification par les empreintes génétiques (test ADN)

Ce test de paternité ne peut être effectué que par un technicien spécialement agréé par le juge à cet effet.

Risques liés aux tests illégaux

Selon l’article 226-28 du Code pénal, il est interdit de procéder à un test de paternité en dehors des cas prévus par la loi et de diffuser des informations sur l’identification génétique d’une personne. Ces délits sont punis d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Selon l’article 226-28-1 du Code pénal, il est également interdit de solliciter l’examen de ses caractéristiques génétiques ou celles d’une autre personne et chercher à identifier une personne par ses empreintes génétiques. Ces délits sont punis d’une amende de 3750 euros. Ainsi, il est interdit de se faire livrer un test de paternité venant de l’étranger en France.

Lire aussi: Tomber enceinte en prenant la pilule : les risques

Reconnaissance Volontaire de Paternité

Pour la plupart des parents, la chose se passe simplement, l’acte de naissance est établi en faisant mention des deux parents et c’est tout. Mais pour d’autres, une difficulté, souvent issue de relations difficiles entre les deux parents, transparaît. Seul le parent biologique a le droit de reconnaître l’enfant.

Comment reconnaître un enfant ?

Pour reconnaître un enfant, il suffit de se rendre en mairie au service de l’état civil et de déclarer être le père de l’enfant. Il est possible de faire une reconnaissance prénatale, donc avant la naissance de l’enfant. Elle sera alors confirmée lors de la naissance. On peut aussi faire cette reconnaissance par acte notarié et il est même possible dans ce cas de demander le secret de cette reconnaissance.

Tests ADN en dehors du cadre judiciaire

En France, il est illégal de faire un test ADN sans qu’il ait été ordonné par le tribunal. Toutefois, les tests ADN sont libres dans de nombreux pays frontaliers de la France.

Caractère irrévocable de la reconnaissance

Reconnaître un enfant, c’est faire l’aveu de sa paternité et s’engager pour l’avenir. C’est un acte irrévocable, vous ne pouvez donc pas vous rétracter par votre seule volonté, il va falloir faire une procédure en justice en contestation de paternité étant précisé d’une part qu’il y a des délais, d’autre part cela peut être refusé si le tribunal considère que c’est contraire à l’intérêt de l’enfant. Vous avez un délai de 10 ans pour faire cette procédure, à compter de la date à laquelle vous avez reconnu l’enfant.

Reconnaissance forcée de paternité

La mère peut, au nom de l’enfant, faire une procédure en reconnaissance de paternité forcée. Un test ADN sera alors ordonné. La mère a un délai de 10 ans à compter de la naissance de l’enfant, après elle ne peut plus agir.

Situations complexes

Vous devez reconnaître l’enfant puis faire une procédure en contestation de la paternité de l’autre homme et en reconnaissance de la vôtre. Un test ADN sera ordonné qui déterminera qui est réellement le père de l’enfant.

Cas Particuliers et Limites

Absence de recours après le délai légal

J’ai 40 ans et ma mère vient de m’avouer que mon père n’est pas celui qui m’a reconnu. Malheureusement rien, les délais sont prescrits. Vous ne pourrez en aucun cas changer la paternité indiquée à l’état civil.

tags: #preuve #de #paternité

Articles populaires: