Jusque dans les années 1950, la souffrance lors de l'accouchement était considérée comme inévitable, conformément à l'idée biblique d'enfanter dans la douleur comme prix du péché originel. Cependant, des recherches novatrices ont émergé, offrant aux femmes des alternatives pour vivre l'accouchement plus sereinement.

L'émergence de l'accouchement sans douleur (ASD)

Les premières recherches sur l'accouchement psychoprophylactique, plus connu sous le nom d’accouchement sans douleur (ASD), ont été menées en URSS, influencées par la psychologie des réflexes conditionnés. Le psychiatre Velvoski, disciple du physiologiste Pavlov, et le professeur Nicolaiev, directeur de l’Institut de gynécologie et d’obstétrique de l’Académie des sciences médicales de l’URSS à Leningrad, ont suggéré de préparer les femmes à l’accouchement par des exercices de respiration en pleine conscience. Cette méthode, considérée comme un succès, a été préconisée pour tous les accouchements en Union soviétique en 1952.

Diffusion et adoption de la méthode

Malgré son abandon en URSS dès 1956, faute de volonté politique et face à l'indifférence de la société civile, la méthode s'est diffusée en France, puis dans l’ensemble de l’Europe. Le docteur Fernand Lamaze (1891-1957) a été convaincu par la présentation de l’ASD par Nikolaïev lors du congrès international de gynécologie et d’obstétrique de Paris en 1951. Il a participé à un voyage organisé en URSS par le Parti communiste français et a décidé d’importer la méthode en France, avec le soutien de la Confédération générale du travail et de l’Union des femmes françaises.

Principes de l'ASD selon Lamaze

L’ASD repose sur une éducation appropriée qui permet aux parturientes de maîtriser l’accouchement et ses douleurs par une meilleure connaissance du fonctionnement de leur corps, du rôle des contractions utérines, et par le recours à des procédés corporels (décontraction, respiration, etc.). Lamaze se démarque de la méthode préconisée par le Britannique Grantly Dick-Read, qui recommandait la relaxation pour atténuer les souffrances de l’enfantement dues selon lui essentiellement à la peur de la parturiente. L’accouchement sans douleur donne en outre aux femmes une certaine maîtrise de leur corps et confère un rôle d’accompagnateur au père.

Rôle des communistes et diffusion en France

Le premier ASD a eu lieu le 7 février 1952 à la maternité parisienne des Bluets, l’établissement de soins géré par la fédération de la métallurgie CGT. Les communistes ont joué un rôle décisif dans la diffusion de l’ASD. En décembre 1952, le magazine Regards lui consacre vingt-neuf pages et le groupe communiste du conseil municipal de Paris obtient qu’il soit pratiqué dans les hôpitaux publics de la capitale. La caisse régionale de Sécurité sociale accepte de couvrir les frais supplémentaires inhérents à cette méthode qui recommande l’accouchement dans des salles individuelles, en présence de sages-femmes.

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Résistances et légitimation

L’ASD a suscité des résistances politiques et idéologiques accentuées par le contexte de la guerre froide. Toutefois, la méthode a convaincu en France et au-delà des frontières. La clinique des Bluets est devenue un centre de formation pour médecins et sages-femmes de toute l’Europe. En Italie, le professeur milanais Malcovati, conquis par la méthode, a influencé le pape par son rapport adressé à la curie romaine. Pie XII a rejeté les accusations de matérialisme pesant sur l’ASD et a déclaré que les Écritures ne s’opposent pas à la suppression des douleurs de l’enfantement. Ce discours a légitimé la méthode auprès des catholiques.

Déclin et critiques

En France, la Maternité heureuse, créée en mars 1956 par Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé et Evelyne Sullerot, a défendu l’accouchement sans douleur. Ce succès a été terni par la scission de l’équipe de la maternité des Bluets provoquée par des conflits sur fond de rivalités personnelles, de difficultés économiques, et surtout de querelles politiques à la suite du rapport de Khrouchtchev et de l’intervention des Soviétiques en Hongrie. Des critiques ont émergé, notamment de la part des psychanalystes qui estimaient que les souffrances de l’enfantement relèvent de l’inconscient individuel et non des impositions culturelles. En 1968, certaines féministes ont dénoncé l’hypocrisie de l’ASD qui cacherait le caractère aliénant de la maternité.

La péridurale et l'évolution des pratiques

Les progrès de l’anesthésie péridurale à partir des années 1980 ont limité le recours à la méthode Lamaze, cependant toujours enseignée aux sages-femmes comme aux parturientes. Selon la dernière enquête nationale périnatale de 2021, près de 83 % des parturientes ont désormais recours à l'analgésie péridurale en France.

Techniques et méthodes pour un accouchement moins douloureux

Bien que la péridurale soit largement utilisée, de nombreuses femmes recherchent des alternatives pour gérer la douleur de l'accouchement. Voici un aperçu des techniques et méthodes disponibles :

1. Soutien moral et émotionnel

La présence du conjoint, de la mère ou d'une personne importante peut apporter un soutien moral essentiel pour affronter la douleur pendant le travail. Le soutien peut raccourcir la durée du travail, réduire l'anxiété et favoriser l'accouchement vaginal.

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2. Mouvement et changement de positions

Se déhancher, marcher entre les contractions, et changer de position toutes les 10 minutes peuvent atténuer la douleur et faciliter la descente de bébé. Il est conseillé d'éviter la position sur le dos pendant de longues minutes. Les positions verticales (assise, accroupie, debout), latérales (couchée sur le côté) et penchées vers l'avant peuvent être adoptées.

3. Relaxation et détente

La détente est essentielle pour permettre au corps de faire son travail naturellement. L'utilisation de bouillottes sur le ventre ou les reins, une douche chaude, et la respiration profonde peuvent aider à apaiser la douleur. Écouter de la musique ou chanter peut également être bénéfique.

4. La péridurale

La péridurale est une option pour freiner la transmission de la douleur. Elle peut être réalisée dès que le col est dilaté de deux à trois centimètres, en l'absence de contre-indications (fièvre, problèmes de coagulation, infection au niveau du dos). Elle offre un soulagement efficace de la douleur tout en permettant à la mère de rester consciente.

5. Massages

Les massages, réalisés par la personne accompagnant la parturiente, peuvent détendre les muscles, diminuer l'anxiété, optimiser la circulation sanguine et réduire la transmission des influx douloureux des contractions.

6. Sophrologie et hypnose

La sophrologie et l'hypnose sont des techniques qui apprennent à se détendre et à respirer correctement pendant le travail, réduisant ainsi la perception des douleurs des contractions.

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7. Méthode Bonapace

La méthode Bonapace repose sur la compréhension du rôle de la douleur et de ses mécanismes de transmission dans le corps. Elle utilise la stimulation de points réflexes pour créer une seconde douleur qui va engendrer une confusion au niveau du cerveau et permettre la sécrétion d’endorphines.

8. Utilisation de l'eau

L'eau chaude favorise la détente musculaire. Il est conseillé de prendre un bain pour soulager les tensions du bas du dos. Certaines maternités proposent des salles avec baignoire pour l'accouchement dans l'eau.

9. Techniques complémentaires

D'autres techniques comme l'acupuncture, le chant prénatal, ou encore l'utilisation d'un peigne serré dans la main pour délocaliser la douleur peuvent également être envisagées.

Préparation à l'accouchement sans douleur

Une préparation physique et mentale est essentielle pour mieux vivre chaque étape de l'accouchement.

1. Cours de préparation à l'accouchement

Les cours de préparation à l’accouchement, pendant la grossesse, visent notamment à travailler la respiration et à apprendre les positions possibles pour accoucher sans péridurale.

2. Préparation psychologique

La préparation psychologique repose sur la compréhension de la physiologie de l’accouchement et le rôle des hormones. Des exercices de relaxation, de respiration et d’imageries mentales sont pratiqués.

3. Préparation physique

La préparation physique est basée sur le renforcement musculaire grâce à des postures simples de yoga et des étirements.

4. Choix du lieu d'accouchement

Il est important de choisir un lieu adapté à un accouchement physiologique et de s’assurer que la maternité est ouverte à ce type d’accouchement et respectera les attentes.

5. Projet de naissance

La constitution d'un projet de naissance avec le partenaire permet de rédiger les envies et les souhaits pour l'accouchement et de s'assurer que la structure est en accord avec ce projet.

Accouchement physiologique : une approche naturelle

Un accouchement physiologique est un accouchement avec le moins d’intervention médicale possible. On laisse la nature opérer et on donne la possibilité à la future maman d’avoir confiance en son corps et d’être active à 100%. Un accouchement naturel n’est pas déclenché et se déroule notamment sans péridurale et sans injection d’hormones.

Avantages de l'accouchement physiologique

Les femmes qui choisissent d’accoucher physiologiquement le font généralement car elles souhaitent ressentir totalement la naissance de leur enfant et la puissance de leur corps. Les mères se remettent généralement plus vite après un accouchement physiologique.

Préparation à l'accouchement physiologique

Un accouchement physiologique doit être préparé correctement en amont avec le co-parent et la sage-femme de la femme enceinte. Le soutien psychologique et émotionnel des proches et de la sage-femme est primordial.

Le rôle de l'accompagnant

Le partenaire joue un rôle important dans la gestion de la douleur et l'accompagnement psychologique de la femme pendant l'accouchement.

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