Incompréhensible pour les humains, profondément instinctif pour les félins : le patounage, ce geste où un chat malaxe avec ses deux pattes avant comme s’il travaillait une pâte invisible, intrigue autant qu’il attendrit. Si vous vivez avec un chat, vous avez forcément déjà senti ce massage félin improvisé, parfois agrémenté de griffes pas toujours bien rangées. Ce comportement, parfois appelé "pétrissage", est une habitude fascinante que l'on observe chez la majorité des félins domestiques. Bien que cela puisse paraître anodin, ce geste possède une origine biologique complexe et remplit plusieurs fonctions comportementales.
L'Origine du Patounage : Un Souvenir de la Tétée
Pour comprendre le patounage, il faut retourner là où tout commence : auprès de la mère. Dès leur naissance, les chatons utilisent leurs pattes pour stimuler la lactation. Comme l’explique Femina : « C’est une habitude prise à l’enfance, lorsque le chat tétait encore sa mère. En malaxant, il stimulait la production de lait tout en libérant de l’ocytocine. C’est une forme de communication phéromonale qui lie le chaton à sa mère. Ce geste, crucial pour la survie, crée un ancrage émotionnel très fort. » En malaxant, le chaton déclenche la production de lait et libère de l’ocytocine, une hormone associée à l’attachement. Ce réflexe, appelé aussi “réflexe de pétrissage”, est essentiel à la survie lors des premières semaines de vie.
Le chaton pétrissait ainsi la mamelle avec ses pattes. À l'âge adulte, les chats continuent de patouner sur des surfaces molles comme des coussins, des couvertures ou même sur leurs humains. Ce geste répétitif et lent rappelle donc leurs premiers instants de confort et de sécurité auprès de leur mère. C’est une manière, pour eux, de retrouver une sensation de bien-être primaire.
La tétée de votre pull, ou de votre peau, ou parfois du lobe de votre oreille peut être un comportement dit « néoténique » (c’est-à-dire de jeune) qui persiste chez des chatons orphelins nourris au biberon. Puisque les mamelles de sa mère ne sont plus à sa disposition, le chaton a transféré son besoin de téter sur ses maîtres ou d’autres tissus confortables et chauds. Vous êtes devenu en quelque sorte 'sa mère de substitution'. Il ne faut pas punir votre chat pour ce comportement instinctif, qui le réconforte. On peut comparer cela à un enfant qui suce son pouce. Chez certains chats ce comportement perdure à l’âge adulte.
Les Glandes Odoriférantes : Un Marquage de Territoire Discret
Ce n’est pas tout : Femina précise également que les coussinets des chats abritent des glandes odoriférantes. En patounant, les chatons - puis les adultes - déposent des phéromones apaisantes : « Les chats possèdent des glandes odoriférantes dans leurs coussinets : des phéromones se délivrent pendant qu’il malaxe. C’est un mouvement rassurant et réconfortant pour le jeune chaton. »
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Entre les coussinets du chat se trouvent des glandes secrétant des phéromones, qui sont des substances chimiques permettant de communiquer entre les individus de même espèce. Lors du patounage, ces glandes libèrent de légères substances chimiques que le chat dépose sur la surface malaxée. Il s’agit d’un moyen discret mais efficace de marquer son territoire olfactivement. Par exemple, si le chat pétrit vos cuisses, il est probable qu’il considère cet endroit comme faisant partie de son territoire et le revendique. C’est en quelque sorte sa manière de vous prouver son attachement. Ceci est valable pour n’importe quel objet sur lequel le chat pratique ce comportement : son panier, une couverture, le coussin de son arbre à chat… N’oubliez pas que le chat est un animal territorial !
Le pétrissage a donc aussi une fonction de communication entre chats. Même si les phéromones sont imperceptibles à l'humain, elles permettent aux autres félins d’identifier les zones "appropriées" ou déjà occupées. Il dépose des phéromones de « familiarisation ». Ce ne sont pas tout à fait les mêmes lorsqu’il se frotte sur vos meubles ou le coin des murs, dans ce cas, c’est une façon de marquer un endroit qu’il reconnait, surtout lorsque celui-ci est nouveau.
Bien-être et Stress : Les Émotions Derrière le Pétrissage
Pour certains chats, pétrir est avant tout un moyen de s’apaiser. Des études comportementales ont montré qu’un chat qui patoune est généralement dans un contexte de sécurité et de relaxation. Ce comportement produit des endorphines, ces hormones du bien-être qui apaisent l’anxiété. Le patounage chez le chat peut donc être comparé à un geste d'auto-apaisement.
Toujours en relation avec ces fameuses substances émises par les glandes situées entre les coussinets, l’on peut considérer qu’un Minet adulte conserve ce comportement qui rappelle le pétrissage lors de la tétée afin de marquer son sentiment de confort, d’aisance, de bien-être.
En revanche, dans certains cas, les vétérinaires ont observé une augmentation du comportement de patounage chez les chats souffrant de stress chronique ou d’ennui. Il s’agit alors d’un mécanisme de compensation, semblable à certaines stéréotypies observées chez d’autres animaux de compagnie. Le chat adulte garde ce comportement qui rappelle le pétrissage des chatons lors de la tétée pour marquer son sentiment de confort, d’aisance, de bien être mais aussi pour signifier son stress !!
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Un Comportement Hérité : Les Ancêtres Sauvages et la Préparation du Nid
Les ancêtres du chat domestique, tels que le chat sauvage africain (Felis lybica), présentaient également des comportements similaires. Selon certaines hypothèses, les félins utilisaient leurs pattes avant pour préparer un nid confortable, en aplatissant l’herbe ou les feuilles. Cette activité permettait d’installer un lit temporaire et sécurisé lorsqu’ils se reposaient dans la nature. Ce comportement est typiquement conservé chez les espèces sociales ou territoriales, pour qui le confort du couchage est essentiel.
Le Sevrage Précoce : Une Cause Possible du Patounage Persistant
Il existe une théorie selon laquelle les chatons sevrés trop tôt auraient tendance à conserver cette habitude de pétrissage avec leurs pattes antérieures. On l’observe surtout chez les chats adultes qui continuent à téter des tissus (coins des oreillers, couverture, …) tout en pétrissant avec les pattes avant.
Un chaton doit rester avec sa mère jusqu’à l’âge minimum de 8 semaines, et idéalement 12 semaines. Cette période de 12 semaines est essentielle à l’apprentissage et à la bonne socialisation du chaton avec les hommes et les autres chats. Les chatons adoptés avant l’âge de 8 semaines ont souvent besoin de pétrir avec leurs pattes ou de téter les humains, d’autres chats ou des tissus, avec une prédilection pour ceux à base de laine (d’où l’appellation anglo-saxonne de 'wool sucking syndrome', littéralement syndrome du suceur de laine).
Races Prédisposées et Facteurs Génétiques
Le sevrage précoce est la principale cause de ce comportement de tétée, mais d’autres raisons peuvent l’expliquer. Certaines races orientales telles que le siamois, le tonkinois, l’himalayan ou encore le balinais, et leurs croisements, sont plus susceptibles de développer ce type de comportement que les races européennes ou américaines. Une prédisposition génétique est suspectée. Par ailleurs le sevrage est en général plus long pour ces races orientales : prévoir entre 12 et 15 semaines.
Comment Gérer le Patounage : Faut-il Intervenir ?
Il est très difficile de déshabituer le chat à cette « manie », et pour ma part je pense qu’elle ne doit être corrigée que si ce comportement vous occasionne réellement beaucoup de désagréments. Le seul conseil que je puisse vous donner est le suivant : lorsque votre chat commence à pétrir, mettez-le par terre en lui signifiant un « NON » catégorique. Lorsque votre chat commence à pétrir , mettez-le par terre en lui injonctant un « NON » catégorique. Il est très difficile de déshabituer le chat à cette « manie » et pour ma part elle ne doit être corrigé que si vraiment ce comportement ne vous occasionne beaucoup de désagréments.
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Ne punissez donc jamais un chat qui vous pétrit, car il s’agit là d’une preuve de contentement extrême qui vous est destiné.
Stress et Changements d'Environnement : L'Impact sur le Comportement
Le besoin de succion qui semblait avoir disparu chez votre chat peut revenir pendant des périodes de stress. Il faut alors examiner les changements qui peuvent avoir déclenché son besoin de sucer ou téter. Il peut s’agir d’un changement dans son environnement : la venue d’un bébé, d’un nouvel animal de compagnie, un déménagement ou même un changement dans la disposition des meubles. Un chat stressé peut s’auto-infliger des lésions en se léchant et mâchonnant compulsivement ses pattes, la queue ou les flancs, ou s’arrachant les poils. Une consultation chez votre vétérinaire est indispensable pour traiter cette anxiété.
Décrypter le Langage Félin : Observer le Contexte et l'Attitude
Le patounage n’est jamais anodin. Pour les experts, c’est un signal à interpréter en observant le contexte : le lieu, le moment, l’attitude du chat, votre propre comportement. Ce comportement reste instinctif, mais sa signification change selon la situation. Ainsi, un chat qui patoune peut exprimer son confort, son stress, son affection ou son envie de marquer son territoire. Un chat peut parfaitement être heureux sans jamais patouner. Certains félins ne reproduisent pas ce geste, et cela ne signifie en rien un manque de bien-être. Chaque animal a sa personnalité, ses héritages, ses manies.
Ainsi, un chat qui patoune peut exprimer son confort, son stress, son affection ou son envie de marquer son territoire. Un chat peut parfaitement être heureux sans jamais patouner. Certains félins ne reproduisent pas ce geste, et cela ne signifie en rien un manque de bien-être. Chaque animal a sa personnalité, ses héritages, ses manies.
Conclusion : Un Geste Complexe et Attachant
Le patounage n’est jamais anodin. Il peut à la fois traduire un souvenir du lien maternel, un état émotionnel positif, un besoin de marquage ou un comportement hérité de plusieurs millénaires d’évolution. Parce que ce geste du quotidien, souvent négligé, se révèle être un concentré d’histoire, d’instinct et d’émotion. Pour les propriétaires, mieux le comprendre permet de décoder les signaux de bien-être - ou de malaise - de leur compagnon. Pour les professionnels du comportement animal, il témoigne de la complexité du lien entre humains et félins.
En conclusion, le patounage est un comportement complexe aux multiples facettes. En comprenant ses origines et ses significations, nous pouvons mieux interpréter les besoins et les émotions de nos compagnons félins, et ainsi renforcer notre lien avec eux.
Sur petzeal.fr, nous conseillons à tous les propriétaires de chats de favoriser les moments de calme, avec des couvertures moelleuses, des paniers douillets ou même des coussins imprégnés de phéromones synthétiques pour encourager ce comportement naturel. Pensez aussi à vérifier si le patounage devient excessif ou s'accompagne d’autres signes de stress. Une observation fine de ce geste quotidien vous permettra d'approfondir la relation que vous entretenez avec votre chat.
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