Les anciennes crèches de Noël, symboles vivants de la nativité, sont des représentations historiques riches en significations culturelles et religieuses. Leur apparence et leurs pratiques ont évolué au fil des siècles, influencées par les traditions locales et les événements historiques. Elles sont bien plus que des décorations, elles sont des symboles vivants de foi et d’histoire, témoignant des traditions locales et des défis historiques.
Origines et évolution des crèches
La première crèche connue est attribuée à Saint François d’Assise en 1223, dans le village de Greccio, en Italie. Il organisa une crèche vivante avec des habitants locaux jouant les rôles de Marie, Joseph, les bergers et les rois mages. Cette initiative avait pour but de rendre la nativité plus accessible aux fidèles.
Au XVIe siècle, sous l’influence des franciscains, des crèches miniatures apparurent dans les couvents et les églises. Ces modèles, faits de bois, de cire ou d’argile, comportaient des personnages indépendants, souvent habillés de tissus précieux. Ces crèches étaient interprétées dans les églises.
La Révolution Française marqua un tournant pour les anciennes crèches de Noël. Avec l’interdiction des pratiques religieuses et la fermeture des églises, les crèches furent intégrées aux foyers. De petits personnages, souvent faits de matériaux simples comme la mie de pain ou la terre, permettaient aux familles de recréer discrètement la scène de la nativité. Les gens ont alors commencé à fabriquer leurs propres crèches avec ce qu'ils avaient sous la main. Les gens ont commencé à exposer leurs propres crèches à la maison.
Caractéristiques régionales des crèches anciennes
Les crèches ont évolué différemment selon les régions, chacune apportant sa propre touche culturelle et artistique.
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La crèche provençale
C’est aussi durant cette période que les santons provençaux virent le jour. La crèche provençale se démarque par ses santons qui incluent non seulement les figures bibliques, mais aussi des artisans, paysans et personnages typiques de la région. Les Santons provençaux font partie de la tradition catholique. Même si la crèche est censée se dérouler au Moyen-Orient (Bethléem), les santons sont tous habillés de tenues traditionnelles de Provence. La fabrication d'un santon est un travail d'amour et de passion. Au fur et à mesure, un santon prend vie et les détails font leur apparition. Ensuite, il faut passer au séchage complet du santon, à l'air libre. Premièrement, il faut atteindre le "petit feu", cela signifie que la température monte progressivement et lentement jusqu'à 500 degrés, puis atteindra les 975 degrés. Le santon étant brut, il est à ce stade terminé.
Dans la Pastorale Maurel, le meunier s’appelle Barnabé, c’est un personnage bon enfant qui voue une admiration sans faille à son mulet, lui trouvant toutes les qualités alors même qu’il explique que ce dernier l’a plusieurs fois projeté au sol. Bien entendu, l’effet comique est là. Ce mulet n’en fait qu’à sa tête mais a néanmoins toute l’admiration de son maître qui le couvre d’éloges. Si on juge maintenant son attitude, on la considérerait légitimement comme niaise mais il faut se resituer dans le contexte du 19ème siècle où la mule constituait son seul moyen de locomotion et de transport des sacs de farine.
Rustide c’est un homme du peuple, un humble parmi les humbles, il est âgé. On l’a réveillé en pleine nuit pour lui faire part de la naissance de Jésus. Monsieur Jourdan est un notable donc un bourgeois pour qui un sou est un sou, il est intéressant mais il est moins flamboyant que son épouse Margarido (Marguerite), seule femme de la Pastorale Maurel qui dans la pièce apparaît comme une mégère, une femme maîtresse dominant de son comportement un peu acariâtre son époux : Monsieur Jourdan. Les santonniers représentent souvent Margarido sur son âne dans une posture altière. Thérèse Neveu a représenté également ce personnage mais ce dernier n'a rien à voir avec la pastorale Maurel. Le couple Margarido et M.Jourdon est aussi connu sous le nom de Grasset et Grassette issus de la pastorale Chave (Grasset et Grasseto), ils sont représentés sous la forme d’un couple dont l’homme tient un parapluie rouge et la femme une pompe à huile et un panier.
On sait de lui que c’est un pauvre hère qui a perdu ses parents lorsqu’il était jeune, il est un peu faible d’esprit et ne sait rien faire sauf garder son âne. Malmené par la vie, il n’a pas su ou pu acquérir une capacité de réflexion c’est le ressenti que l’on a en lisant la pièce, c’est un suiveur. Il nous touche car on le sent fragile et son histoire personnelle est émouvante. Ce qui est drôle est qu’au fil du temps, certains artisans santonniers ont pensé qu’il y avait deux personnages distincts mais non, il s’agit du même personnage, et du coup, Jiget a été en quelque sorte éclipsé par ce personnage débonnaire qu’est Pistachier/Bartoumieu. Et in fine, tous deux ont été considérés comme des valets de ferme, phénomène toujours lié à ces réinterprétations selon que l’on parle de telle ou telle pastorale. Jiget et Pistachier travaillent pour le compte de Bienvenu, le cabaretier, personnage également très secondaire dans l’œuvre. De nos jours rares sont les santonniers qui réalisent encore ces personnages, la tradition a évolué vers de nouveaux types de santons, on s'en réjouit car le renouveau est un signe de vitalité. Néanmoins il est important de maintenir les racines originelles de la crèche provençale.
La crèche napolitaine
Les crèches napolitaines, connues pour leur style baroque, se distinguaient par leur luxe. Apparue aux XVe et XVIe siècles, la crèche napolitaine se développe au XVIIe siècle avec le mouvement de la Contre-Réforme. Les personnages en bois ou en terre cuite étaient ornés de costumes richement décorés. Elles deviennent un élément de prestige des demeures royales et aristocratiques. Elles seront exportées dans toute l’Europe jusque vers 1840, où le goût s’en perd.
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La crèche napolitaine étend ses personnages à l’infini, jusqu’à des dimensions gigantesques. Outre le cortège immense des rois mages qui peut occuper plusieurs pièces, c’est tout le petit peuple italien qui entre dans la crèche. Comme à Rome, toute la vie quotidienne est présente. Elle comporte toujours trois éléments : la Nativité, l’annonce des anges aux bergers et le caravansérail, avec une grande variété d’accessoires, plus profanes que sacrés. Les statuettes au corps constitué d’une armature en fer et d’étoupe sont richement vêtues de tissus précieux.
Les personnages traditionnels
Les crèches comprennent les personnages traditionnels. Quand sont représentés seulement l’enfant, Marie et Joseph, on parle de figuration de la Sainte Famille. Dès que l’on adjoint les animaux, on parle de Nativité, puis de crèche. Parmi ces personnages, on retrouve :
- Marie : Agenouillée devant son Fils.
- Joseph : Époux de Marie, vêtu de marron et de violet.
- L'enfant Jésus : Représenté dans la mangeoire.
- Les bergers : La naissance du Messie aux bergers.
- Les rois mages : Ils ne sont pas concevables sans leurs offrandes : l’or de Melchior, l’encens de Gaspard, la myrrhe de Balthazar. Grâce à leur don de prophétie, les rois mages contribuent par leurs offrandes à la manifestation de la royauté, de la divinité et de l’humanité de Jésus. L’or, destiné aux souverains, affirme que l’Enfant est roi ; l’encens, que l’on faisait brûler en l’honneur des dieux, révèle qu’il est Dieu ; la myrrhe, employée pour embaumer les corps des morts pour les préserver de la corruption, marque que Jésus est destiné à mourir, mais qu’il ne connaîtra pas la putréfaction du tombeau.À la fin du XIIIe siècle, Jacques de Voragine (Iacoppo da Varazze vers 1228-Gênes, 1298) était un chroniqueur italien du Moyen Âge, archevêque. Dans ce que l'on appelle La Légende dorée (écrite entre 1261 et 1266) et qui relatait de grands épisodes bibliques ou la vie de quelques 150 saints, saintes ou martyrs. Voici le portrait des Rois mages dressés par Jacques de Voragine :«Le premier des Mages s’appelait Melchior, c’était un vieillard à cheveux blancs, à la longue barbe.
- L’âne et le bœuf : Ils apparaissent dès les premiers artistes chrétiens, alors qu’ils ne sont pas du tout mentionnés dans les évangiles canoniques. L’apocryphe* le plus riche en faits concernant la Nativité est le Pseudo-Matthieu, qui date du VIe siècle et qui n’est nullement l’œuvre de st Jérôme. Très postérieur aux premières représentations des animaux sur les sarcophages romains, il ne peut en être à l’origine, comme on l’écrit parfois. L’âne et le bœuf sont des symboliques puissantes, alors que beaucoup n’y voient plus que des éléments cohérents du thème de l’étable. Il semble que la présence de l’âne et du bœuf soit la transcription littérale de la prophétie d’Isaïe (Is. I, 3). Chez Isaïe, l’âne et le bœuf symbolisent respectivement l’ensemble de toutes les nations d’une part, et le peuple juif d’autre part. « Le Bœuf, écrit Grégoire de Nysse, c’est le Juif qui porte le joug de la Loi ; l’Âne, porteur de lourds fardeaux, c’est celui que chargeait le poids de l’idolâtrie ».
- Boufereu : Souffle (boufà) dans une trompette d’or.
- L'aveugle : Il vient vénérer le Sauveur.
Représentations et traditions
Les drames liturgiques appelés mystères connurent leur apogée au XIIIe siècle. Les sujets joyeux comme la naissance de Jésus sont les premiers à être représentés. On trouve des traces des premiers dialogues de ces mystères dans l’introït de la troisième messe de Noël : Quem quaeritis, pastores ?/ Puer natus est nobis/ Quis est iste puer ? À la suite de l’initiative de François d’Assise, père de la première crèche vivante, des représentations vivantes de la Nativité furent montrées dans les églises puis sur les parvis : les représentations à l’intérieur des églises, souvent génératrices de bruit et de troubles, furent progressivement interdites et déplacées sur des tréteaux à l’extérieur. Si saint François d’Assise n’inventa pas la crèche, ce fut lui qui lui donna un tournant décisif et important. Le récit en est fait par saint Bonaventure (Vie de st François d’Assise). En 1211, le pape Innocent II avait condamné les abus auxquels donnaient lieu certaines représentations des mystères dans les églises. François fit représenter une crèche dans la nuit du 24 décembre 1223, non de façon réaliste, mais pour renouer avec sa représentation symbolique, dans la tradition d’Origène, d’Augustin et d’Ambroise. Il renoua, par une volonté d’identification et de participation, avec la tradition primitive. Cette commémoration symbolique se déroula trois ans avant sa mort.
Le passage des représentations théâtrales aux représentations plastiques fut rapide. Les Franciscains firent beaucoup pour la diffusion de la crèche, mais il est impossible de dater l’époque où sa représentation passa des églises aux demeures privées. Les Dominicains et les Jésuites contribuèrent aussi à ce processus. Les premières statues mobiles datent de 1370 en Pologne. L’une des premières crèches domestiques italiennes remonte vers 1560.
La crèche dans le monde
De tous les messages évangéliques, c’est la scène de Noël qui s’est répandue dans le monde entier et qui a été acceptée dans toutes les cultures. Le travail, les formes de l’habitat, les costumes, les coutumes, l’offrande d’un produit local expriment l’identité culturelle de chaque peuple. Les Péruviens offrent le condor, leur oiseau sacré, les Zaïrois se présentent avec leurs masques tribaux, les peuples des Andes remplacent l’âne et le bœuf par le lama, les crèches du Pérou portent le bonnet caractéristique, la Pologne fabrique des nativités en papier coloré, à Bamberg les personnages évoluent dans des maisons typiques de la Franconie, Taïwan fabrique des personnages en bambou ou en paille de riz. En Écosse, la représentation de la crèche, victime de la Réforme protestante pendant quatre siècles, interdite par une loi du Parlement en 1640, a été réintroduite en 1958.
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Selon une tendance opposée, certaines crèches contemporaines se veulent fidèles à la réalité historique de l’époque. La tente dans le désert évoque les pérégrinations du peuple d’Israël, les vêtements sont exécutés à partir d’une recherche approfondie. Le costume syro-palestinien est composé d’une tunique, d’un manteau, d’une ceinture. Les chaussures sont des sandales lacées sur le mollet. Pour les hommes, la tunique s’arrête sous le genou. Elle est rouge, jaune, noire ou rayée.
Lieux d'exposition
De nombreuses crèches anciennes sont exposées dans divers lieux, permettant aux visiteurs d'admirer leur beauté et leur histoire. Parmi ces lieux, on peut citer :
- Chaource
- Marseille
- Arles : Cloître St Trophine XII° s. 1170, (cour d’Angleterre).
- Paris : cathédrale Notre Dame - adoration des Mages XIV° s.
- Paris : Musée de Cluny.
Significations et symbolisme
La crèche offre l’image de la naissance de Jésus de Nazareth : une irruption de l’éternité dans le temps. Dans l’espace défini par le décor, cette naissance est rendue présente comme sur une scène de théâtre. Les thèmes de la lumière (les anciennes crèches sont illuminés, lumières à la lumière de Dieu), du feu, de l’eau, de l’offrande, du commencement, y sont réunis dans une synthèse accessible à tous. Par son origine et par sa forme, la crèche, qui appartient à l’univers de la piété populaire, s’est adaptée à tous les pays et à tous les continents.
Les deux éléments de base, personnages et décor, sont hautement symboliques. Placés chaque année dans un espace codé, les personnages mobiles placés selon un rituel spécifique sont fortement liés au temps. Chaque année, à une date précise, ils sont ôtés et rangés en attente du prochain Avent.
Au fil du temps, la tradition italienne de la crèche a défini plusieurs personnages à qui s’identifier : l’Émerveillement, l’Adoration, l’Offrande, l’Indifférence. La variété des types humains et des attitudes exprime le désir de n’exclure personne, de faire en sorte que chacun trouve un modèle à qui s’identifier. La crèche montre que la naissance de l’Enfant est de tous les lieux et de tous les temps. Il arrive que la scène de la crèche intègre maintenant lieux de travail, usines, hôpitaux, camps de réfugiés, immigrés, vieillards, enfants, marginaux de tout type : en cela elle est fidèle au message des rois mages. Le message est toujours le même : quel personnage suis-je ?
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