Olivier Bomsel, né en 1957, est un économiste français de renom, spécialisé dans l'économie industrielle, les médias et les institutions. Son parcours est marqué par une observation attentive des mutations économiques, de la fin de l'URSS à l'essor du numérique, en passant par les défis de la décarbonation. Professeur d'économie industrielle et chercheur au Cerna (Centre d'économie industrielle), le laboratoire d'économie industrielle et de finance de Mines ParisTech, il a consacré sa carrière à analyser les dynamiques complexes qui façonnent notre monde.
Formation et début de carrière
Olivier Bomsel fait ses études à l'Ecole des mines de Saint-Etienne, dont il sort diplômé en 1980. Son implication dans le monde de la recherche commence dès sa sortie d'école, puisqu'il participe à la création du Cerna. En 1986, il soutient une thèse portant sur les dynamiques économiques des pays miniers, un sujet qui témoigne déjà de son intérêt pour les questions industrielles et les enjeux liés aux ressources naturelles.
L'expérience de la fin de l'URSS
En 1991, Olivier Bomsel vit une expérience marquante : il parcourt l'URSS finissante. Des rives de l'Amour à la mer de Barents, du Dniepr à la Neva, il ausculte des mines, des forêts, des usines, et côtoie des banquiers, des cadres, des contremaîtres. Cette immersion lui permet d'observer de près la débâcle du communisme et l'émergence d'un nouveau continent, terrain de jeu pour consultants et aventuriers de tous horizons. Pour Bomsel, cette "cavale" signe la fin d'une jeunesse marquée par Mai 68 et la remise en question des grandes idéologies collectives. Il en tire un roman qui conjugue la fresque industrielle avec l'introspection intime, brossant le portrait d'une génération confrontée à la perte du futur.
Quelques années après son expérience en URSS, il créé une équipe de recherche travaillant sur le post-socialisme et chargée d'accompagner des restructurations industrielles en Europe centrale et en Russie.
L'économie numérique : un champ de recherche privilégié
Depuis 1998, Olivier Bomsel axe ses recherches sur l'économie numérique, un domaine en constante évolution qui soulève de nombreuses questions économiques et sociales. Il s'intéresse notamment aux modèles économiques du numérique, à la valeur de l'information et aux enjeux de la propriété intellectuelle.
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En 2007, il publie un livre intitulé "Gratuit", dans lequel il s'attache à démythifier ce phénomène de la gratuité, souvent présenté comme une caractéristique du monde numérique. Il montre que la gratuité est en réalité une illusion, car elle repose toujours sur un modèle économique sous-jacent, qu'il s'agisse de la publicité, de la captation de données ou d'autres formes de financement indirect.
Analyse économique et ordres sociaux
Olivier Bomsel a signé plusieurs ouvrages d'analyse économique, notamment sur le numérique, les médias et les institutions. Son approche s'inscrit dans une perspective institutionnaliste, qui met l'accent sur le rôle des institutions dans le fonctionnement de l'économie. Il s'intéresse particulièrement à la théorie des ordres sociaux, développée par Douglass North et ses coauteurs. Cette théorie distingue deux types d'ordres sociaux : les ordres d'accès ouvert, qui caractérisent les économies de marché et les démocraties représentatives, et les ordres d'accès limité, aussi appelés États naturels, où l'accès aux ressources et aux privilèges est conditionné par l'allégeance à un pouvoir politique.
Bomsel souligne que la notion d'ouverture, qui caractérise les sociétés modernes, doit être distinguée du libéralisme classique, qui postule le caractère naturel et efficace des incitations et des marchés. Pour lui, ni les incitations, ni les marchés ne fonctionnent de manière naturelle, et l'État doit jouer un rôle actif pour garantir la liberté de contracter, la sécurité des individus et des biens, le respect des droits de propriété et la répression de la fraude.
Il s'intéresse également à la question du populisme, qu'il considère comme un discours contre l'ordre d'accès ouvert. Selon lui, les offres populistes apparaissent lorsque les organisations politiques traditionnelles sont défaillantes et ne parviennent pas à répondre aux attentes des citoyens.
Les défis du XXIe siècle : mondialisation, climat et violence
Olivier Bomsel analyse les défis auxquels sont confrontés les ordres d'accès ouvert au XXIe siècle. Il cite notamment la mondialisation des échanges, qui a élargi les jeux à somme positive offerts à chaque État, mais aussi les nuisances à endiguer, l'entrée de la Chine dans la transition, la menace nucléaire, les groupes extra-étatiques qui sapent des États fragiles et portent la violence dans les ordres d'accès ouvert, et la menace climatique.
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Il souligne que la décarbonation, qui impose aux producteurs et aux consommateurs de payer pour le carbone, soulève des problèmes d'acceptabilité, en particulier lorsque la taxation touche directement le consommateur. Il insiste donc sur la nécessité de stimuler et de renouveler les organisations représentatives (syndicats, associations, partis) pour qu'elles suivent les changements auxquels les citoyens sont soumis et orientent les choix redistributifs.
Face à ces défis, Olivier Bomsel appelle à un renforcement de la coopération entre les ordres d'accès ouvert, afin de contenir la violence et de promouvoir un développement durable et inclusif. Il souligne le rôle de l'Europe, qui, par sa capacité à promouvoir ses valeurs et à ouvrir les accès, a bousculé l'ordre mondial. Il considère que la victoire des ordres d'accès ouvert dépend de leur capacité à maintenir leur supériorité économique, militaire et adaptative, afin de ne pas tomber aux mains d'États naturels puissants et agressifs.
L'importance des institutions pour l'innovation et la croissance
Dans ses travaux, Olivier Bomsel met en évidence le rôle crucial des institutions pour l'innovation et la croissance. Il considère que le progrès ne tient pas tant à l'innovation technique ou créatrice qu'aux conditions institutionnelles susceptibles de les faire émerger. Il souligne que le déploiement des plates-formes numériques bouleverse le cadre institutionnel des marchés et suscite, de manière permanente, le besoin de réformes.
Il insiste sur le fait que la division du travail n'est ni naturelle, ni systématique, mais qu'elle dépend de l'ampleur des coûts de transaction, qui sont eux-mêmes fonction des institutions qui fondent la liberté de l'individu à contracter, garantissent sa sécurité personnelle, ses droits de propriété, le cadre de sa responsabilité, la répression de la fraude et le respect des accords passés. Plus ces règles sont claires et fermement appliquées, mieux est contenue l'incertitude associée à tout type d'accord. En conséquence, plus les institutions réduisent les coûts de transaction, plus la division du travail peut s'étendre et livrer ses gains de productivité.
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