Nathalie Bicais, figure politique marquante du Var, a connu un parcours riche et complexe, marqué par des engagements associatifs, des alliances politiques et des défis judiciaires. Cet article explore les différentes facettes de sa vie privée et de sa carrière politique, de ses premiers engagements pour la sauvegarde du patrimoine seynois à son accession à la mairie de La Seyne-sur-Mer, en passant par les controverses qui ont jalonné son parcours.
Les Premiers Engagements : Défense du Patrimoine Seynois
L'histoire de Nathalie Bicais dans la sphère publique commence en 1993. Alors âgée de 27 ans et étudiante en architecture, elle se fait connaître en tant que présidente de l'association Héritage et Paysages. Son premier combat notable est la lutte pour la sauvegarde du Golf-Hôtel, un vestige de l'époque Pacha aux Sablettes, menacé de démolition. Cet engagement témoigne déjà de sa détermination et de son attachement à l'identité seynoise.
« À l’époque déjà, ce qui frappait, c’était sa grande détermination », se souvient un observateur de la vie locale. Son implication dans la défense du patrimoine révèle une sensibilité particulière pour l'histoire et l'environnement de sa ville.
Son ami Cheikh Mansour, qui participe à l'aventure à ses côtés, témoigne : « La question de savoir qui devait présider l’association ne se posait pas ». Face à la lenteur des actions, Nathalie Bicais décide de s'engager en politique, convaincue que c'est le meilleur moyen de défendre ses convictions et de préserver la mémoire collective.
L'Entrée en Politique et les Premières Alliances
C'est grâce à sa belle-mère que Nathalie Bicais rencontre Patrick Martinenq, qui monte une liste pour les élections municipales. « Je n’y connais pas grand-chose, mais je suis séduite intellectuellement. Et je sens que pour défendre l’identité seynoise et la mémoire collective, il faut y aller… », explique-t-elle. En 1995, elle fait son entrée au conseil municipal sur la liste de Patrick Martinenq, qui recueille 21 % des voix.
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Florence Cyrulnik, alors présidente du CIL de Balaguier, analyse : « Pour moi, à ce moment-là, elle rêvait déjà d’être maire ». Nathalie Bicais livre une clé plus intime de son engagement : « Ma mère, veuve très jeune, sans gros moyens, nous emmenait toujours à la plage. Le Golf-hôtel, c’était mon paysage, mon horizon, mon histoire. Je ne pouvais pas concevoir qu’il disparaisse. »
Un deuxième acte fondateur de sa carrière politique se produit en 2000, lorsqu'Arthur Paecht (UDF) l'intègre dans son équipe pour briguer le fauteuil de maire. Après une campagne où Nathalie Bicais se démène, des tensions apparaissent rapidement. « Un prétexte, s’agace Nathalie Bicais. La vérité, c’est que je n’étais pas d’accord avec sa politique et notamment toutes les nouvelles constructions que laissait présager le Plan local d’urbanisme. »
En 2004, Nathalie Bicais est écartée de la majorité. Arthur Paecht fustige une adjointe incapable de travailler en équipe. Un élu de l'époque résume cet épisode par une anecdote : « En 2001, est organisée une visite des ex-menuiseries des chantiers avec le maire, le préfet et quelques huiles pour évoquer les projets du site. Ce jour-là, pourtant, on n’a vu qu’elle : une jolie fille, exubérante et narcissique, qui faisait tout pour capter l’attention. Paecht n’a pas supporté qu’elle lui fasse de l’ombre. »
L'Ascension Politique et la Conquête de la Mairie
Nathalie Bicais retourne sur les bancs de l'opposition. « Ça a été terrible ce qu’ils m’ont fait vivre », soupire-t-elle. Mais la carapace s'endurcit et, dès 2008, elle décide de s'attaquer seule à la mairie. « De cet épisode, j’ai retenu que si on veut que nos idées soient entendues, il vaut mieux les porter soi-même. »
En 2008, divisés en quatre listes, le centre et la droite ne parviennent pas à battre la gauche. Nathalie Bicais profite de cette période pour se concentrer sur son travail au cabinet du maire de Sanary depuis 2002. « Elle y est entrée grâce à ses qualités et y a appris les rouages de l’administration », affirme Cheikh Mansour.
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Jean-Pierre Colin, fraîchement élu à ses côtés, raconte : « Quand on est parvenu à bosser pendant 15 ans avec Ferdinand Bernhard - un gros caractère - on est capable de me supporter ! » Après une défaite commune en 2014 contre Marc Vuillemot, le duo décide de se lancer dans la course à la mairie. Dès 2017. « On ne se connaissait pas vraiment avant que Jo Minniti nous réunisse autour d’une table… »
Jean-Pierre Colin décrit Nathalie Bicais comme « une vraie amoureuse de sa ville, avec une sensibilité environnementale très forte. Cette fille a une vision. Je me suis dit : c’est son heure. » Il ajoute : « Côté face, l’élu régional décrit « quelqu’un qui aime la vie et adore rire ». Cheikh Mansour dépeint « une femme généreuse et déterminée. » Mais aussi « très tacticienne. Tout, sauf une naïve. »
La campagne de 2020 est épuisante et parfois violente. Des choix délicats doivent être opérés. « Aller gratter des voix à droite de la droite pour réduire le FN, c’était mon idée, assure Jean-Pierre Colin. Elle n’était pas à l’aise avec ça. »
Nathalie Bicais se situe au centre droit, « Pour moi, le centre, c’est ne jamais être très loin des autres, ça me va bien. » Son parcours politique oscille ainsi du Parti radical valoisien aux Républicains, qu’elle intègre en 2011. Cette étiquette lui permet d’être élue conseillère départementale en 2015, dernière étape avant la mairie de La Seyne-sur-Mer.
En 2020, Nathalie Bicais éclipse Marc Vuillemot pour devenir la première femme maire de La Seyne. « Chaque combat en son temps, balaye-t-elle. Là, j’entends me battre pour La Seyne. Je suis un homme politique comme un autre, mais du genre féminin. »
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Les Affaires Judiciaires et la Condamnation
Malgré son succès électoral, le mandat de Nathalie Bicais est marqué par des affaires judiciaires. Elle est jugée pour deux faits de prise illégale d'intérêts, concernant l'obtention d'un permis de construire pour sa maison personnelle et l'emploi d'un proche à un poste de la mairie sans appel à candidature.
En mai, le tribunal correctionnel de Toulon la condamne à une peine de dix-huit mois de prison avec sursis, assortie d’une inéligibilité de cinq ans avec exécution provisoire, d’une interdiction d’exercer toute fonction publique de deux ans et d’une amende de 20 000 euros. La présidente du tribunal regrette l’absence de l’élue à la lecture du jugement. « Elle ne s’intéresse pas à la justice », « elle n’est pas là, c’est dommage », déclare Marie-Laure Arnouil.
La justice lui reproche l’obtention d’un permis de construire en 2021 pour sa maison personnelle, avec la signature de son directeur général des services de l’époque, Laurent Régné, également condamné. Elle était également poursuivie pour l’embauche d’un de ses proches, Christophe Riqueau, sans appel à candidature et alors qu’il lui avait prêté en parallèle 100 000 euros pour l’achat de sa maison en bord de mer.
Cette condamnation entraîne sa démission de ses fonctions de maire. Son avocat annonce son intention de faire appel. « L’exécution provisoire devrait produire des conséquences provisoires dans un Etat de droit. Cette exécution provisoire produit des conséquences qui sont irréversibles », regrette Me Gauer. « Elle porte atteinte au principe du scrutin et au fonctionnement de la démocratie », ajoute-t-il.
Jean-Pierre Giran, président de la métropole Toulon Provence Méditerranée, réagit à la condamnation de sa neuvième vice-présidente : « Je suis très attristée. Nathalie Bicais est une élue remarquable. Elle a eu un engagement extrêmement fort pour La Seyne-sur-Mer, une passion pour cette ville avec beaucoup d’initiatives, beaucoup de projets en cours. La sentir fauchée en plein élan par cette décision m’attriste profondément. Je trouve que la sanction est sévère. »
Franck Giletti, député de la sixième circonscription du Var, déclare : « Il est temps de tourner la page et de laisser à la population seynoise la possibilité de retrouver une nouvelle majorité. »
Nathalie Bicais déclare dans un communiqué : « Après cinq années difficiles à me consacrer entièrement à ma mission de maire, je dois quitter mes fonctions. Mes adversaires ont voulu ma mise à mort politique, ce que réalise la décision d’ordonner une exécution provisoire injustifiée et dont les conséquences sont irréparables. En revanche, la bataille juridique n’est pas terminée. Son but est de rendre aux citoyens le droit de choisir leur maire, droit qui vient de leur être enlevé. »
L'Héritage Politique de Nathalie Bicais
Le parcours de Nathalie Bicais est marqué par une forte volonté de défendre l'identité et le patrimoine de La Seyne-sur-Mer. Son engagement politique, bien que controversé, a permis de mettre en lumière les enjeux locaux et de proposer des solutions pour améliorer la vie des Seynois. Son héritage reste complexe, partagé entre les réalisations de son mandat et les affaires judiciaires qui ont entaché sa fin de parcours.
Malgré les difficultés rencontrées, Nathalie Bicais a marqué l'histoire de La Seyne-sur-Mer en devenant la première femme maire de la ville. Son parcours témoigne d'une détermination sans faille et d'une passion pour sa commune, qui resteront gravées dans la mémoire collective.
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