Introduction
Cet article se penche sur les aspects de l'ethnochoreologie Benesh, en s'inspirant des travaux de Rudolf et Joan Benesh. Il explore le développement et l'application de la notation du mouvement Benesh (BMN) dans l'anthropologie de la danse, en mettant en lumière divers projets et personnalités qui ont contribué à ce domaine.
Les origines de la notation Benesh et de la choréologie
En 1955, Rudolf et Joan Benesh ont publié leur système de notation de mouvement, le Benesh Movement Notation (BMN), conçu pour transcrire toutes les formes de mouvement humain. Rudolf Benesh a introduit le terme « choréologie » pour désigner la maîtrise de ce système, distinguant ainsi la simple connaissance de la véritable expertise. Le mot « ethnochoreology » est apparu dans les années 1960, en référence aux travaux des choréologues Benesh qui ont appliqué le BMN dans le domaine de l'anthropologie de la danse.
Qu'est-ce que l'ethnochoreologie Benesh ?
L'ethnochoreologie Benesh est un domaine spécifique qui applique les principes de la notation Benesh à l'étude et à la documentation des danses vernaculaires et traditionnelles. Elle implique l'utilisation du BMN pour transcrire et analyser les mouvements de différentes cultures, permettant ainsi une compréhension plus approfondie de leurs significations et contextes culturels.
Genèse d'un intérêt pour les danses vernaculaires
La motivation d'explorer ce domaine est venue du constat d'un contact limité avec les notations de danses vernaculaires lors de la formation en notation Benesh au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP). L'intérêt s'est accru lors de l'organisation du deuxième Congrès Benesh International BenMove en 2023, dont une journée était consacrée à la notation et à la documentation des danses vernaculaires.
Démarche de recherche
La recherche s'est déroulée en deux étapes :
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- Collecte de données : Rassemblement de partitions écrites en BMN et d'articles publiés par des choréologues Benesh, ainsi que des projets récents soutenus par l'Aide à la recherche et au patrimoine en danse (ARPD) du Ministère de la culture.
- Documentation théorique : Étude du champ de l'anthropologie de la danse, notamment à travers des ouvrages et articles traitant de l'usage de la notation du mouvement dans ce contexte.
Place de la préoccupation anthropologique dans le champ de la notation Benesh
La notation Benesh, dès ses débuts, s'est voulue ouverte à tous les styles de danse et formes de mouvement. Rudolf Benesh, en s'inspirant de la linguistique, a souligné l'importance de comprendre les valeurs et conventions spécifiques à chaque style de danse pour une transcription précise.
La naissance du terme "ethnochoreology"
Le terme « ethnochoreology » apparaît pour la première fois en 1966 dans un article de Rudolf Benesh pour la revue Ethnomusicology. Il y est employé en lien direct avec une expérience de notation de trois différents styles de danse indienne (Bharatanāṭyam, Manipuri et Kathak), proposée aux étudiants·es du BI. Rudolf Benesh compare alors leur démarche à celle d’un·e « ethnologue lorsqu’il·elle entreprend de maîtriser les nuances de sens et d’expression de la langue du peuple qu’il·elle étudie ». On retrouve ce même terme « ethnochoreology », l’année suivante, dans le titre d’une publication de Fernau Hall pour la même revue - «Benesh Notation and Ethnochoreology» - illustrée par des extraits notés de danses de Sierra Leone, de danse classique chinoise, de Bharatanāṭyam, de danses georgiennes, ainsi qu’une jota espagnole et une belly dance orientale.
Andrée Grau emploie encore en 1988 le mot « ethnochoréologie » pour désigner « le développement du BMN en anthropologie de la danse », preuve que l’usage de ce terme s’est consolidé au sein de la communauté Benesh, une vingtaine d'années après sa première utilisation.
Projets et personnalités marquantes
Dès le lancement du système Benesh en 1955, l’historienne et critique de danse Fernau Hall la met au défi de noter des danses extra-européennes. Celle-ci arrange une rencontre avec Marianne Balchin, spécialiste en danse indienne : ce sera le début d’une longue recherche sur la notation du Bharatanāṭyam.
Suna Eden Şenel, par exemple, étudie au BI puis retourne en Turquie. Elle intègre l’Ankara State Conservatory et commence à y noter des danses folkloriques turques. Frances Green, autrice de la majorité des exemples notés présentés dans l’article de Fernau Hall en 1967, part cette même année pour l’University of Cape Town, puis la quitte rapidement pour sillonner l’Angola et le Mozambique, d’où elle revient avec de nombreuses notes de terrain. L’année suivante, Melvina Youngs Bura se tourne vers des danses de caractère : danses paysannes de Hongrie et Géorgie. Elle rédige un syllabus complet sur le sujet et enseigne au BI, de 1968 à 1976.
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En 1968, et après plus de dix ans de travail en commun, Marianne Balchin et le couple Benesh signent un article sur « la danse indienne ». Ils font état d’un projet de recherche conjoint entre le BI et l’Institut für Wissen-schaftlichen Film (Institut allemand du film scientifique) pour déterminer la meilleure façon de filmer les danses indiennes, comme étape préparatoire à l’écriture d’une partition. Les enjeux liés à la captation filmée sont aussi abordés, à la même époque, dans les territoires du Nord de l’Australie. En 1968, à l’initiative et en collaboration avec l’ethnomusicologue Alice Marshall Moyle, Babette Morse coordonne un projet d’expédition et de captation vidéo de danses aborigènes à Bamyili et Delissaville. Elles font appel à l’australienne Elphine Allen, deuxième choréologue diplômée du BI après Faith Worth, qui reçoit une bourse de recherche du Commonwealth government. En 1969, une nouvelle bourse permet à Elphine Allen de se rendre à Groote Eylandt pour mener un projet similaire. En 1972, dans les collines du Rif marocain, Juliette Kando transcrit des musiques traditionnelles en Benesh Rhythm Notation.
Difficultés et enjeux
La transcription de danses vernaculaires soulève des questions complexes liées à la subjectivité du notateur, à la hiérarchisation des informations et à la communication des éléments essentiels aux futurs lecteurs. Il est crucial que le choréologue s'immerge dans la culture de la danse qu'il étudie afin de saisir ses nuances et spécificités.
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