La mort inattendue du nourrisson (MIN) est un sujet délicat et angoissant pour les parents. Définie comme le décès soudain et inattendu d'un enfant âgé de 1 mois à 1 an, apparemment en bonne santé, elle survient le plus souvent pendant le sommeil. Face à cette tragédie, de nombreuses questions émergent, et parmi elles, celle d'un possible lien avec la vaccination. Cet article vise à démêler le vrai du faux concernant cette controverse, en s'appuyant sur les données scientifiques et les recommandations des experts.

Comprendre la Mort Inattendue du Nourrisson

Définition et Différenciation

La mort inattendue du nourrisson (MIN) est définie comme « le décès subit d’un enfant âgé de 1 mois à 1 an jusqu’alors bien portant, alors que rien dans ses antécédents connus ni dans l’histoire des faits ne pouvait le laisser prévoir ». Le décès a lieu le plus souvent durant son sommeil. Au terme d’un bilan étiologique exhaustif (anamnèse, examen du lieu de décès, examen clinique, prélèvements biologiques, imagerie, autopsie), cette MIN peut être attribuée à une origine infectieuse, génétique, cardiaque, métabolique, traumatique, accidentelle, etc. En l’absence d’explication (environ 50 % des cas), on parle alors de mort subite du nourrisson (MSN).

Il est crucial de distinguer la MIN de la mort subite du nourrisson (MSN). La MIN est une circonstance de décès, englobant à la fois les décès expliqués (par une cause naturelle ou violente) et ceux qui restent inexpliqués malgré une enquête approfondie, incluant une autopsie. Les décès inexpliqués sont alors classés comme MSN. Ainsi, la MSN est un sous-ensemble de la MIN.

Les Chiffres Clés en France

En France, chaque année, de 250 à 350 bébés décèdent de mort inattendue du nourrisson. La France est l’un des pays européens où la prévalence est la plus élevée. Malgré une diminution de plus de 75 % du nombre de décès suite aux campagnes nationales « je dors sur le dos » et aux conseils de prévention autour du couchage dans les années 1990, le nombre de décès stagne depuis les années 2000. On estime actuellement qu’encore 50% des cas de mort inattendue du nourrisson seraient évitables en respectant les mesures de prévention recommandées notamment en termes d’environnement et de couchage.

Origines et Facteurs de Risque

La mort inattendue du nourrisson est considérée depuis plusieurs années comme d’origine plurifactorielle selon le modèle du « triple risque », à savoir :

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  • Un enfant vulnérable par son histoire (prématuré, petit poids de naissance, etc.).
  • Une période critique de son développement neurologique, respiratoire et cardiaque (1 à 4 mois - 75 % des décès survenant avant les 6 mois de l’enfant).
  • Une exposition à des facteurs « de stress » environnementaux (décubitus ventral ou latéral, tabagisme passif, couchage sur une surface inadaptée, objets dans le lit, infections, etc.).

Ces trois facteurs réunis constituant alors une situation à risque majeure pour l’enfant.

Parmi les facteurs de risque extrinsèques, on retrouve le couchage en décubitus ventral ou latéral, la présence d’objets dans le lit (couverture, couette, oreiller, doudous, peluches, tour de lit, etc.) ou le couchage sur un matelas mou, un canapé, etc., augmentant le risque d’enfouissement ou de confinement du visage de l’enfant. Le partage du lit est également un facteur de risque indépendant, multipliant par 5 le risque de MIN chez les moins de 3 mois. Le partage de la chambre des parents serait en revanche bénéfique et diminuerait le risque de MIN de 50%, probablement en facilitant la surveillance de l’enfant, son accessibilité et un repositionnement plus facile dans son lit en cas d’allaitement.

Le tabagisme maternel anténatal est également un facteur de risque majeur, exposant le fœtus à plusieurs substances toxiques et à une intoxication nicotinique qui modifie certaines structures du cerveau fœtal.

Au terme d’un bilan étiologique le plus exhaustif possible, les causes les plus fréquentes de MIN sont :

  • La mort subite du nourrisson, les suffocations et l’asphyxie principalement.
  • Puis les causes infectieuses virales ou bactériennes (respiratoires, septicémies), les causes cardiaques et les causes environnementales (accidents de couchage inadapté).
  • Les causes traumatiques représenteraient moins de 10% des morts inattendues du nourrisson selon les études.

D’autres pistes doivent être explorées : génétiques, métaboliques, neurologiques, physiologiques, même si c’est possiblement la combinaison de plusieurs d’entre elles qui peut conduire au décès du bébé.

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Prévention et Recommandations

La prévention reste le meilleur levier pour réduire le nombre de décès. Les recommandations de l’American Academy of Pediatrics (AAP), mises à jour en octobre 2016, reposent sur des données scientifiques basées sur les preuves (Evidence-Based Medecine) et ont pour objet d’informer les professionnels de santé et les parents sur les mesures de prévention à adopter, permettant de créer un environnement de sommeil plus sûr.

L’AAP recommande de coucher les nourrissons strictement en décubitus dorsal, dans une turbulette adaptée à leur taille et à la saison, sur un matelas ferme et dans un lit à barreaux sans coussin, drap, couette, oreiller, matelas surajouté, cale-bébé, tour de lit ni autres objets (doudous, peluches, etc.) qui puissent recouvrir, étouffer ou confiner l’enfant ; que la chambre ne doit pas être surchauffée (entre 18 et 20°C) et l’air doit circuler ; de faire dormir l’enfant dans la chambre de ses parents au moins les 6 premiers mois (âge critique de la MIN) voire la première année ; d’allaiter les 6 premiers mois grâce aux effets bénéfiques de l’allaitement maternel, l’effet protecteur étant majoré en cas d’allaitement maternel exclusif et de durée prolongée.

Des études rapportent un effet protecteur de la tétine lorsqu’elle est positionnée au moment de l’endormissement et non fixée à l’enfant (risque de strangulation, etc.).

Le Débat : Vaccination et Mort Subite du Nourrisson

L'Émergence de la Controverse

La controverse sur un éventuel lien de causalité entre l’administration des vaccins et la survenue d’une MIN a émergé dans les années 1970 suite à l’introduction, en 1966, du premier vaccin tétravalent (diphtérie, tétanos, poliomyélite et coqueluche). En effet, l’introduction du vaccin a coïncidé avec une période d’augmentation rapide du nombre de décès par MIN entre 1975 et 1980.

Cette coïncidence temporelle a alimenté les suspicions, d'autant plus que l'âge de plus haut risque de MIN (entre 2 et 4 mois) correspond à la période où les nouveau-nés reçoivent leurs premiers vaccins. Des personnalités médiatiques ont également contribué à entretenir cette controverse, en relayant des arguments anti-vaccins sans base scientifique solide.

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L'Absence de Preuve Scientifique d'un Lien de Causalité

Cependant, association temporelle n’est pas causalité. De nombreux travaux ont montré par la suite que la forte augmentation du nombre de cas de MIN à partir des années 1970 était en fait à mettre en lien avec l’adoption, à cette époque, de la position ventrale pour coucher les bébés, reconnue ultérieurement comme facteur de risque majeur de MIN.

Dès les premières campagnes de prévention au début des années 1990, le nombre de morts inattendues du nourrisson a décliné, passant de 192,9 cas pour 100 000 en 1991 à 49 en 1997, puis 31,9 en 2005. En parallèle, la couverture vaccinale anticoquelucheuse a augmenté. Toutes ces données démontrent que ces cas de mort subite post vaccinaux étaient dus à une association temporelle fortuite sans aucun lien causal.

Parmi les recommandations réalisées par l‘AAP, les analyses du Système de notification des effets indésirables des vaccins aux États-Unis n'ont montré aucun lien entre les vaccins et la mort subite du nourrisson (MSN). En revanche, plusieurs études cas-témoins à large échelle ont systématiquement mis en évidence que les vaccins auraient un effet protecteur contre la MIN.

Une méta analyse publiée en 2007 dans la revue Vaccine a comparé la mortalité liée aux MIN chez les enfants vaccinés et ceux qui ne le sont pas, à partir des données de neuf études scientifiques. Verdict : la vaccination serait au contraire associée à une moindre mortalité (les auteurs se gardent cependant d’aller jusqu’à conclure que les vaccins en eux-mêmes protègent contre la mort subite du nourrisson).

Une étude britannique parue dans le British Medical Journal a également conclu que la vaccination primaire n’est pas liée à la mort soudaine inexpliquée du nourrisson, et elle peut même protéger l’enfant de celle-ci. Après la prise en compte de tous les facteurs confondants, il se trouve que la vaccination est fortement associée à un risque plus faible de survenue du syndrome de mort subite du nourrisson. Il n’y a aucune relation temporelle entre le moment de la vaccination et le moment du décès.

Vaccination et Effet Protecteur

En réalité, la vaccination pourrait avoir un effet protecteur vis-à-vis de la mort inattendue du nourrisson. Un biais d’indication pourrait également contribuer à cette protection : la MIN survient parfois dans un contexte infectieux. Or, les bébés qui ne sont pas en parfaite santé sont moins souvent vaccinés, les médecins préférant reporter la vaccination.

Plusieurs études cas-témoins à large échelle ont systématiquement mis en évidence que les vaccins auraient un effet protecteur contre la MIN.

Déconstruire les Fausse Informations

Il est important de déconstruire les fausses informations qui circulent sur le lien entre vaccination et mort subite du nourrisson. Par exemple, l’affirmation selon laquelle « 79,4 % de tous les enfants décédés du syndrome de mort subite du nourrisson ont reçu un vaccin la même journée » est complètement fallacieuse. Ce chiffre provient d'une étude américaine qui visait à comparer les causes de mortalité signalées au programme de sécurité vaccinale à celles de la population dans son ensemble. Or, les auteurs n’ont relevé aucune surmortalité liée à la vaccination, y compris en ce qui concerne les morts inattendues des nourrissons.

Prise en Charge des Morts Inattendues du Nourrisson

Une circulaire interministérielle du 14 mars 1986 a défini les missions des Centres de Référence MIN (CRMIN) afin de prendre en charge dans une structure hospitalière adaptée, les enfants de moins de 2 ans décédés de mort inattendue du nourrisson et réaliser les investigations diagnostiques post-mortem.

Ces centres de référence ont aussi pour missions d’accompagner les familles, de développer des axes de recherche visant à améliorer la compréhension de cette pathologie, de participer à la prévention et la formation des professionnels de santé ainsi que des familles. En 2013, les CRMIN français se sont réunis au sein de l’Association nationale des centres de référence de la mort inattendue du nourrisson (ANCReMIN) pour soutenir la recherche et mieux diffuser les informations cliniques, physiologiques, scientifiques et soutenir les actions de prévention et de santé publique en lien avec les morts inattendues du nourrisson, les morts fœtales tardives inexpliquées et les décès en salle de naissance.

Les modalités de prise en charge des MIN reposent sur les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) publiées en 2007, à savoir :

  • Une prise en charge pré-hospitalière, sur le lieu du décès où sont recueillies par l’équipe SMUR : les circonstances de décès, les données cliniques et environnementales concernant l’enfant et sa famille (examen clinique complet de l’enfant, entretien avec les personnes présentes, examen du lieu de décès, recueil du carnet de santé, etc.) avec une retranscription des données sur la « fiche d’intervention » standardisée au niveau national et mise à disposition des CR MIN.
  • Une prise en charge hospitalière au CRMIN, assurée par un pédiatre référent qui réalise un entretien avec la famille, un examen clinique complet de l’enfant décédé, les examens biologiques, bactériologiques, virologiques, métaboliques, génétiques et toxicologiques (fond d’œil, examens radiologiques : radiographie thoracique, radiographies de squelette corps entier, imagerie cérébrale voire du corps entier, prélèvements à visée conservatoire), et sollicite une autopsie.
  • Une prise en charge post-hospitalière dans les semaines suivant le décès, avec un suivi régulier des familles organisé par l’équipe référente, afin de communiquer et expliquer l’ensemble des résultats aux parents, mais aussi de leur proposer, ainsi qu’à la fratrie, un soutien psychologique, une orientation vers des associations de parents et un accompagnement médical, préventif et psychologique en cas de grossesse ultérieure.

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