La mort inattendue du nourrisson (MIN), un événement tragique et dévastateur, demeure une priorité de santé publique. En France, elle touche en moyenne 280 bébés par an. Bien que les causes exactes restent souvent insaisissables, la recherche a permis d'identifier des facteurs de risque et des mesures de prévention efficaces. Cet article vise à informer les parents, les professionnels de santé et le grand public sur la MIN, en mettant l'accent sur les aspects liés à l'âge, les facteurs de risque, les mesures de prévention et les avancées de la recherche.
Définition et Terminologie
L'expression "mort subite du nourrisson" ou "mort inattendue du nourrisson" désigne le décès subit et imprévisible d'un nourrisson de moins d'un an, apparemment en parfaite santé. Le décès survient le plus souvent lorsque l'enfant dort.
Il est important de distinguer la mort inattendue du nourrisson (MIN) de la mort subite du nourrisson (MSN). La MIN est un terme générique qui désigne le décès soudain et imprévu d’un enfant de moins d’un an, survenant le plus souvent pendant le sommeil. Il s’agit d’un constat initial, posé avant toute investigation médicale. La MSN, quant à elle, correspond à une sous-catégorie de la MIN : ce terme est utilisé uniquement lorsque le décès reste inexpliqué après une enquête approfondie comprenant un examen clinique, une autopsie et l’analyse des circonstances du décès.
Épidémiologie et Âge
La mort subite reste la première cause de mortalité des bébés avant l'âge d'un an. Sur le plan international, on parle de mort inattendue du nourrisson jusqu’à l’âge d’un an. « En France, on englobe les enfants en dessous de l’âge de deux ans ». La mort subite du nourrisson concerne quasi exclusivement les enfants de moins d’un an, avec un risque maximal durant les premiers mois de vie, en particulier avant l’âge de 6 mois. Au-delà de cet âge, et plus encore après le premier anniversaire, ce risque devient exceptionnel. La période la plus critique court du 2ème au 4ème mois de l’enfant. Dans 90 % des cas, la mort inattendue du nourrisson concerne des bébés de moins de 6 mois, avec un pic critique entre 2 et 4 mois. Après l’âge de 6 mois, les risques diminuent. Les bébés étant plus mobiles, ils sont plus aptes à se dégager ou à se retourner. Le développement progressif des fonctions de régulation du sommeil et de la respiration, ainsi que l’acquisition de nouvelles capacités motrices, expliquent cette diminution marquée.
En France, et ce jusqu’au début des années 1990, la mort subite du nourrisson concernait chaque année entre 1 000 et 1 500 bébés. Depuis la fin des années 1990, le nombre de bébés ayant succombé à la MSN a considérablement diminué suite à la diffusion d’une campagne de sensibilisation préconisant le “dodo sur le dos” afin de réduire les risques de mort subite du nourrisson. Actuellement, entre 300 et 400 décès de nourrissons sont comptabilisés chaque année en France. Malgré une diminution de plus de 75 % du nombre de décès suite aux campagnes nationales « Je dors sur le dos » et aux conseils de prévention autour du couchage dans les années 1990, le nombre de décès stagne depuis les années 2000. Une meilleure information des parents aurait dû faire chuter le nombre de morts subites du nourrisson, actuellement environ 250 à 350 par an en France.
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Facteurs de Risque
Les causes de la MIN sont multifactorielles. La mort inattendue du nourrisson est considérée depuis plusieurs années comme d’origine plurifactorielle selon le modèle du « triple risque », à savoir :
- un enfant vulnérable par son histoire (prématuré, petit poids de naissance, etc.) ;
- une période critique de son développement neurologique, respiratoire et cardiaque (1 à 4 mois - 75 % des décès survenant avant les 6 mois de l’enfant) ;
- une exposition à des facteurs « de stress » environnementaux (décubitus ventral ou latéral, tabagisme passif, couchage sur une surface inadaptée, objets dans le lit, infections, etc.).
Ces trois facteurs réunis constituant alors une situation à risque majeure pour l’enfant.
Même si les causes exactes de la MSN ne sont pas identifiées, des facteurs de risque ont été mis en évidence, notamment :
- un berceau non adapté, trop ancien ou dangereux ;
- une literie trop molle ou un matelas à eau ;
- la présence dans le lit d’éléments tels que des peluches, un oreiller ou une couette ;
- une chambre surchauffée ;
- un tour de lit trop épais ;
- le partage du lit avec un adulte ou un enfant plus grand ;
- la prématurité ;
- un faible poids de naissance ou un retard de croissance ;
- le tabagisme ou la consommation de drogue durant la grossesse ou dans la maison autour du bébé.
Le tabac, consommé durant la grossesse comme après la naissance de l’enfant, est l’un des facteurs à risque les plus importants. On estime qu’un tiers des morts inattendues du nourrisson (MIN) serait évitable en l’absence de tabagisme maternel anténatal. L’exposition au tabac pendant la grossesse, considérée comme le deuxième facteur de risque de mort inattendue du nourrisson, expose non seulement le fœtus à plusieurs substances toxiques produites par la combustion du tabac, telles que le monoxyde de carbone (CO) et responsables d’un défaut de développement cérébral, mais également à une intoxication nicotinique qui modifie certaines structures du cerveau fœtal.
Cependant, le facteur de risque le plus important reste la position du bébé inadaptée pour dormir, à savoir sur le ventre ou sur le côté. Jamais sur le ventre ou les côtés, positions qui rendent la respiration plus difficile.
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Certains bébés semblent présenter plus de risques de mort subite que d’autres, notamment parce que l’activité de leur nerf vague - celui qui a en charge de ralentir les battements du cœur - est excessive. Infections, maladies, prématurité et petit poids de naissance semblent des facteurs de risque de mort subite du nourrisson.
Il est à noter qu’il existe des situations dans lesquelles une cause est finalement retrouvée, dans ce cas on parlera de mort inattendue du nourrisson, c’est-à-dire un décès également imprévisible et incompréhensible à première vue, mais dont la cause est finalement retrouvée a posteriori (infection, accident de literie, maladie cardiaque, respiratoire ou plus générale…)
Prévention
Bien qu’il soit impossible de réduire le risque de mort subite du nourrisson à zéro, il est toutefois possible de réduire efficacement les risques de MSN en appliquant des méthodes simples :
- coucher le bébé sur le dos et à plat durant tous les moments de sommeil (sieste comprise), dans son lit, de préférence seul ;
- installer l’enfant dans une gigoteuse ou turbulette à sa taille ;
- éviter les peluches dans le lit ;
- ne pas ajouter de tour de lit, oreiller ou coussin, couette, drap, ou couvertures dans le lit ;
- ne pas laisser l’enfant dormir avec un bonnet ;
- éviter la présence d'objets ou de jouets dans le lit (bavoir, attache tétine, colliers…) ;
- ne pas surchauffer la chambre et maintenir une température entre 18 et 19 degrés ;
- le matelas de bébé doit être ferme et adapté aux dimensions de son lit ;
- le lit parapluie doit être un couchage occasionnel ;
- éviter de fumer en présence de votre enfant ;
- ne pas utiliser de coussin anti-tête plate, de plan incliné ou de cale-bébé ;
- évitez de dormir avec votre bébé : il est préférable qu’il soit dans son propre lit, et ne dormez jamais avec votre bébé si vous êtes très fatigué ou si vous avez consommé de l’alcool, des drogues ou des médicaments ;
- ne laissez jamais votre bébé dormir avec un autre enfant, ou dans un lit d’adulte ;
- il est idéalement recommandé, et ce jusqu'à l'âge de 6 mois, d’installer le lit de bébé dans la chambre des parents.
Le couchage est un élément central dans la sécurité des jeunes enfants. C’est la première cause de mort inattendue du nourrisson. On ne le répète jamais assez mais il faut faire dormir l’enfant sur le dos. En 1986, on déplorait une moyenne de 1 500 MIN par an en France. Il est conseillé de ne pas surchauffer la chambre où dort l’enfant (entre 18 et 20 degrés) et de privilégier les lits à barreaux pour faire circuler l’oxygène. De se passer d’y installer un tour de lit où le bébé peut plaquer son visage et s’étouffer. D’opter pour un matériel de puériculture qui soit neuf et/ou en excellent état. Quand on utilise un lit parapluie, il faut prendre certaines précautions. La pédiatre du centre de référence de la mort inattendue du nourrisson du CHU de Montpellier prévient : « On a tendance à y rajouter un matelas. Celui d’origine suffit. Les doudous trop gros ou trop nombreux sont à bannir du lit, ainsi que les gadgets et les coussins dans lesquels l’enfant peut s’asphyxier. Si l’enfant a l’habitude de s’endormir avec son doudou, on l’enlève du lit une fois qu’il dort. » Les plans inclinés, comme les rehausseurs proclive, peuvent être dangereux. « Le bébé va se ratatiner. Le menton va glisser sur le torse. Il faut se passer des cale-têtes, des cale-bébés qui font que l’enfant n’a pas la possibilité de bouger. Immobilisé, le bébé ne peut se développer normalement et se défendre, dégager ses voies aériennes », ajoute le médecin. L’enfant doit pouvoir être libre dans ses mouvements. « Les turbulettes, encore appelées gigoteuses, sont bien adaptées pour l’aisance de bébé. Les transats sont déconseillés pour les tout-petits. Leur inclinaison est parfois trop élevée. L’enfant se tasse, ce qui peut provoquer des gênes respiratoires. L’allaitement maternel offre une protection supplémentaire.
Coucher bébé sur le dos, à plat, sur un matelas ferme et sans rien qui puisse le gêner durant son sommeil, c’est la règle d’or, y compris pour les courtes siestes. Depuis que les pédiatres et les généralistes demandent aux parents de ne plus faire dormir Bébé sur le ventre, la mort subite du nourrisson a reculé de 76 % en l’espace de 20 ans. Que ce soit pour dormir la nuit ou pour une simple sieste, Bébé doit être couché sans oreiller, sans couette, ni drap ou couverture - mais avec une gigoteuse ou une turbulette à sa taille pour le couvrir - seul dans son lit à barreaux et dans une pièce non surchauffée (19°C).
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Pour prévenir tout risque d’enfouissement du bébé et ne pas gêner sa respiration, ne laissez aucun objet mou dans le lit. Attention aux tours de lit (réducteurs de lit) : trop épais, ils représentent un danger si Bébé y enfouit sa tête en dormant. Si vous en utilisez un, il doit être fin, ferme, bien attaché au lit et non rembourré. De même, le cale-bébé, la serviette roulée, les coussin, les cale-têtes sont à bannir : initialement prévu pour obliger l’enfant à rester couché sur le dos, il devient vite un piège si ce dernier se retourne. Ne laissez pas vos animaux domestiques pénétrer dans la chambre de Bébé. Avec ses oreillers, ses couettes ou ses couvertures, le lit d’un adulte n’est vraiment pas adapté à bébé, sans compter qu’à votre contact, il risque d’avoir trop chaud.
Certaines situations courantes peuvent présenter un risque accru lorsqu’elles se prolongent. Les sièges-auto, cosy, transats ou balancelles ne sont pas conçus comme des espaces de sommeil habituels : si un nourrisson s’y endort en dehors d’un trajet, il est recommandé de le transférer dès que possible dans un lit adapté. De même, l’endormissement sur un canapé, un fauteuil ou un coussin est à éviter, car ces surfaces ne garantissent ni une position stable ni une respiration optimale. Les dispositifs de surveillance du sommeil ou de la respiration peuvent rassurer certains parents, mais les données scientifiques disponibles montrent qu’ils ne permettent pas de prévenir la mort subite du nourrisson. Les autorités de santé ne recommandent donc pas leur utilisation à visée préventive.
Si vous souhaitez obtenir davantage de conseils pour prévenir la mort subite du nourrisson, n’hésitez pas à vous rapprocher d’un professionnel de santé.
Recherche et Avancées Scientifiques
Malgré les progrès réalisés, la mort subite du nourrisson reste la première cause de décès chez les nourrissons entre 1 mois et 1 an, avec 250 à 350 enfants touchés chaque année en France. Pourtant, la France reste l’un des pays européens où la prévalence de ces décès reste la plus élevée. Et depuis quelques années, les chiffres ne diminuent plus, mais stagnent. D’après Santé Publique France, un meilleur respect des mesures de prévention pourrait déjà permettre de réduire le nombre de décès de moitié.
Des études ont suggéré que le couchage en position ventrale ne serait pas la cause directe de la mort subite du nourrisson. Le mode de couchage ne serait que l’élément déclencheur. Mais d’autres pistes doivent être étudiées pour mieux comprendre les causes de ces décès, notamment des causes génétiques, métaboliques, neurologiques et physiologiques.
Des études rapportent un effet protecteur de la tétine lorsqu’elle est positionnée au moment de l’endormissement et non fixée à l’enfant (risque de strangulation, etc.).
Prise en Charge et Accompagnement
Si un nourrisson est retrouvé inconscient ou ne respirant pas, il est essentiel d’appeler immédiatement les secours (15 ou 112) afin qu’une prise en charge médicale soit engagée sans délai. Si les parents ou l’entourage ont été formés aux gestes de premiers secours, ceux-ci peuvent être réalisés dans l’attente des secours.
Une circulaire interministérielle du 14 mars 1986 a défini les missions des Centres de Référence MIN (CRMIN) afin de prendre en charge dans une structure hospitalière adaptée, les enfants de moins de 2 ans décédés de mort inattendue du nourrisson et réaliser les investigations diagnostiques post-mortem. Ces centres de référence ont aussi pour missions d’accompagner les familles, de développer des axes de recherche visant à améliorer la compréhension de cette pathologie, de participer à la prévention et la formation des professionnels de santé ainsi que des familles. En 2013, les CRMIN français se sont réunis au sein de l’Association nationale des centres de référence de la mort inattendue du nourrisson (ANCReMIN) pour soutenir la recherche et mieux diffuser les informations cliniques, physiologiques, scientifiques et soutenir les actions de prévention et de santé publique en lien avec les morts inattendues du nourrisson, les morts fœtales tardives inexpliquées et les décès en salle de naissance.
Les modalités de prise en charge des MIN reposent sur les recommandations de la Haute Autorité de santé (HAS) publiées en 2007, à savoir :
- une prise en charge pré-hospitalière, sur le lieu du décès où sont recueillies par l’équipe SMUR : les circonstances de décès, les données cliniques et environnementales concernant l’enfant et sa famille (examen clinique complet de l’enfant, entretien avec les personnes présentes, examen du lieu de décès, recueil du carnet de santé, etc.) avec une retranscription des données sur la « fiche d’intervention » standardisée au niveau national et mise à disposition des CR MIN ;
- une prise en charge hospitalière au CRMIN, assurée par un pédiatre référent qui réalise un entretien avec la famille, un examen clinique complet de l’enfant décédé, les examens biologiques, bactériologiques, virologiques, métaboliques, génétiques et toxicologiques (fond d’œil, examens radiologiques : radiographie thoracique, radiographies de squelette corps entier, imagerie cérébrale voire du corps entier, prélèvements à visée conservatoire), et sollicite une autopsie ;
- une prise en charge post-hospitalière dans les semaines suivant le décès, avec un suivi régulier des familles organisé par l’équipe référente, afin de communiquer et expliquer l’ensemble des résultats aux parents, mais aussi de leur proposer, ainsi qu’à la fratrie, un soutien psychologique, une orientation vers des associations de parents et un accompagnement médical, préventif et psychologique en cas de grossesse ultérieure.
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