Monique Olivier, née à Tours le 31 octobre 1948, est une figure tristement célèbre en France, principalement connue pour son rôle de femme et de complice du tueur en série Michel Fourniret. Son parcours, marqué par une relation toxique et une implication active dans des crimes atroces, en fait un personnage complexe et énigmatique. Après la mort de Michel Fourniret, elle est peut-être la dernière personne vivante capable de lever le voile sur les énigmes laissées par le tueur en série.
Une rencontre épistolaire fatale
Avant de devenir l'épouse et la complice de Fourniret, Monique Olivier menait une vie discrète et effacée. Elle a fui une relation toxique auprès d’un gérant d’auto-école avec lequel elle avait fondé une famille. Mère de deux enfants issus d'une précédente union, elle se sentait esseulée et en quête d'attention. C'est dans ce contexte qu'elle tombe sur une petite annonce dans l'hebdomadaire chrétien Le Pèlerin : "Prisonnier aimerait correspondre avec personne de tout âge pour oublier solitude."
Intriguée, Monique Olivier répond à cette annonce et entame une correspondance avec Michel Fourniret, alors incarcéré pour des faits de violence sexuelle. Très vite, les lettres s'enflamment et les mots doux affleurent. Lui l'appelle "Natouchka", sa "mésange", sa "princesse aux pieds nus". Il est son "petit taulard préféré", son "Shere Khan" du Livre de la jungle. Elle est sous le charme : jamais on ne lui avait manifesté autant d'égards.
Au fil des lettres, Fourniret révèle son obsession pour la virginité et ses fantasmes criminels. Loin de s'en offusquer, Monique Olivier se montre réceptive et accepte de sceller un pacte avec lui : il l'aidera à se venger de son ex-mari (ce qu'il ne fera jamais), et elle l'aidera à enlever des jeunes filles.
L'engrenage criminel
Une fois Michel Fourniret libéré de prison en octobre 1987, le couple s'installe dans l'Yonne et met en œuvre son plan macabre. Monique Olivier devient l'appât idéal pour attirer les jeunes filles vierges, que Fourniret surnomme les "MSP" ("membranes sur pattes").
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Leur première victime est Isabelle Laville, une élève de 17 ans. Monique Olivier persuade l'adolescente de monter à bord de sa voiture, prétextant s'être perdue. Un peu plus loin, Michel Fourniret les attend sur le bord de la route. Un bidon d'essence à la main, il prétexte une panne de son véhicule. Monique Olivier lui propose de monter à bord. Il maîtrise la jeune fille en lui serrant le cou à l'aide d'une cordelette et la drogue avec des calmants. Michel Fourniret viole l'adolescente avant de l'étrangler. Il la jettera au fond d'un puits abandonné, non loin du domicile du couple.
Ce crime marque le début d'une longue série d'enlèvements, de viols et de meurtres, dans lesquels Monique Olivier joue un rôle actif et indispensable. Elle participe à la séquestration des victimes, les maintient en captivité et les prépare pour les sévices de son mari. Elle va même jusqu'à feindre un malaise pour convaincre une jeune femme enceinte de monter dans sa voiture, afin de faciliter son enlèvement par Fourniret.
Ensemble, les époux Fourniret poursuivent l’entreprise criminelle entamée quelques années plus tôt par le mari, ils passent parfois plusieurs heures à guetter une proie éventuelle à bord de leur camionnette blanche C15. C'est ainsi qu'ils croisent la route de Natacha Danais, en novembre 1990. Michel Fourniret fait monter l'enfant de 13 ans à bord, prétextant chercher un médecin. C'est sa femme qui conduit. Rapidement, la petite proteste, le mari la ligote. Monique Olivier affirme s'être arrêtée sur un chemin de campagne pour aller promener leur chien, laissant son mari à son atroce besogne.
Arrestation, aveux et procès
Le périple macabre du couple prend fin en juin 2003, avec l'arrestation de Michel Fourniret en Belgique. Pendant près d'un an, Monique Olivier garde le silence et refuse de collaborer avec les enquêteurs.
Cependant, en juin 2004, alors que son mari est sur le point d'être remis en liberté, elle craque et livre des aveux stupéfiants. Elle accuse Michel Fourniret de plusieurs meurtres et révèle les détails de leur collaboration criminelle.
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Ces aveux permettent de relancer les enquêtes et de retrouver les corps de plusieurs victimes. En 2008, Michel Fourniret est condamné à la prison à perpétuité pour sept meurtres. Monique Olivier est également condamnée à la perpétuité pour complicité dans quatre de ces meurtres et le viol en réunion d'Isabelle Laville.
Tout au long de leur procès commun, cette femme fluette a affiché une stratégie claire : tenter de se disculper des meurtres de son mari en se posant constamment comme sa victime. "La peur est permanente. Je vis avec. J'ai toujours peur de ses réactions", assure-t-elle face aux jurés. Elle apparaît comme une personne "passive, d'une mollesse totale", selon l'expert psychiatre Michel Dubec cité dans Le Monde.
Une personnalité complexe et énigmatique
Monique Olivier est-elle une femme docile sous emprise ou une personnalité perverse parfaitement maîtresse de ses actes ? La question divise les experts et les observateurs.
Certains la décrivent comme une personne fragile et manipulable, tombée sous l'emprise d'un homme dominant et pervers. Ils soulignent son passé de femme battue et son besoin d'affection, qui l'auraient rendue vulnérable aux manipulations de Fourniret.
D'autres, au contraire, voient en elle une complice active et consciente, mue par des motivations propres. Ils mettent en avant son rôle d'appât dans les enlèvements, sa participation à la séquestration des victimes et son absence de remords.
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Lors du procès de 2008, le neuropsychiatre belge Xavier Bongaerts, qui l'a expertisée, assurait : "Elle est présente et passive lors des faits, mais elle n'est pas hallucinée, elle est donc capable de contrôler ses actes".
Après Fourniret
En quinze ans d'incarcération, Monique Olivier s'est progressivement détachée de son ex-mari. Tous deux ont divorcé par consentement mutuel en juillet 2010, après plus de vingt ans de mariage.
"Le fait d'être éloignée de Michel Fourniret a détricoté les relations entre les deux. Et je pense qu'après quinze ou seize ans d'incarcération, Monique Olivier est complètement libérée de Michel Fourniret", analysait en 2019 sur France 2 son avocat, Richard Delgenes.
Un regain d'aplomb facilité par l'état de santé du tueur, qui s'était affaibli en raison de la maladie d'Alzheimer. De son côté, Monique Olivier a gagné en indépendance, mais surtout en assurance. A tel point que lors de la reconstitution des meurtres de Joanna Parrish et de Marie-Angèle Domèce, en 2019, elle a fini par s'agacer contre son ex-mari. "Bon ! Tu vas dire ce que tu sais maintenant !
En novembre 2019, elle achève de prendre ses distances avec le tueur ardennais dans un revirement spectaculaire : la taiseuse Monique Olivier se décide à parler et détruit l'alibi qui l'innocentait jusqu'ici dans l'affaire Estelle Mouzin.
Elle donne des informations inédites qui vont orienter les enquêteurs vers un morceau de forêt, à quelques kilomètres seulement d'une maison ayant appartenu à la sœur de Michel Fourniret à Ville-sur-Lumes (Ardennes). Elle assure avoir attendu au bout d'un chemin, dans leur camionnette blanche, que Michel Fourniret enterre le corps de la petite fille.
La mort de Michel Fourniret en mai 2021 a fait de Monique Olivier la seule protagoniste encore en vie pour répondre de ces crimes. En décembre 2023, elle a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une peine de sûreté de 20 ans, pour sa complicité dans les enlèvements et les meurtres de Marie-Angèle Domèce, Joanna Parrish et Estelle Mouzin.
Les secrets d'une criminelle
Monique Olivier détient-elle encore des secrets sur les crimes de Michel Fourniret ? C'est la question que se posent les familles des victimes et les enquêteurs.
A la maison d'arrêt de Rennes, Monique Olivier avait confié à une codétenue que "le nombre d'enfants qu'ils avaient enlevés […] dépassait largement la trentaine". Au moins 10 ADN inconnus ont été identifiés en septembre 2020 sur un matelas saisi dans la maison de la sœur de Michel Fourniret et pas moins de 25 autres ont aussi été identifiés dans sa camionnette, rapporte Le Parisien. Selon le quotidien, ces traces font l'objet de rapprochements par les enquêteurs avec 21 affaires de meurtres ou de disparitions non élucidées, dont celles de la petite Marion Wagon, enlevée à Agen en 1996 à l'âge de 10 ans, ou de Cécile Vallin, disparue en Savoie en 1997 à l'âge de 17 ans.
Cependant, "Monique Olivier ne sait pas tout des crimes de Michel Fourniret et ne pourra pas donner toutes les réponses que les familles attendent", tempère Richard Delgenes au Parisien.
Seule Monique Olivier détient les clés de ces mystères. Reste à savoir si elle acceptera de les livrer, afin d'apaiser la douleur des familles et de faire éclater toute la vérité sur les crimes de Michel Fourniret.
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