Marthe Keller, née le 28 janvier 1945 à Bâle, en Suisse, est une figure emblématique du monde artistique, reconnue pour sa carrière d'actrice et de metteuse en scène. Son parcours est jalonné de rencontres marquantes et de choix audacieux qui ont façonné sa personnalité et son œuvre.

Une enfance bercée par la danse et un père visionnaire

Fille d’un jockey et éleveur de chevaux allemand ayant fui le nazisme, Marthe Keller grandit dans un environnement familial marqué par l'histoire et l'ouverture d'esprit. Dès son plus jeune âge, elle se passionne pour la danse classique et rêve de devenir danseuse étoile. Ses parents la soutiennent dans cette voie, lui offrant un cadre idyllique et une confiance inébranlable. Elle se souvient d'une enfance où l'on connaissait le nom des arbres et des fleurs, où sa mère était une bouée de sauvetage, un soutien constant.

Cependant, un accident de ski à l’âge de seize ans met brutalement fin à ses ambitions de ballerine. Cette blessure, bien que douloureuse, marque un tournant dans sa vie et la conduit vers le théâtre. Elle dira plus tard : « Ne pas être devenue danseuse reste la plus grande blessure de ma vie ».

Elle évoque le conseil de son père : « Sois prête à partir. Garde en permanence ton passeport. C'est plus important que l'argent. » Elle ajoute : « J'ai tout hérité de lui : dès qu'il y a un problème, je me tire. Dans mon travail comme dans ma vie privée. J'ai toujours quitté mes hommes avant qu'ils ne me quittent, non par ­orgueil, mais pour éviter les drames. Je ne me suis jamais mariée non plus, pour éviter la violence du divorce. »

Des débuts sur les planches à la consécration internationale

Formée à l'Opéra de Bâle et inscrite dans une école d’art dramatique allemande, elle se produit sur les planches d’un théâtre berlinois entre 1965 et 1968. La comédienne fait ses premiers pas devant la caméra en 1966, dans Mes funérailles à Berlin, réalisé par Guy Hamilton. Elle tourne ensuite dans deux comédies de Philippe de Broca : Le diable par la queue (1969) et Les Caprices de Marie (1970).

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C’est en 1972 avec le feuilleton La demoiselle d'Avignon que l’actrice se fait connaître du grand public. Son talent et son charisme lui ouvrent les portes du cinéma international. À l’affiche de Marathon Man en 1976, elle est nommée au Golden Globe du meilleur second rôle féminin, concrétisant ainsi sa carrière à l’international. Elle côtoie alors les plus grands noms du cinéma américain, tels que Dustin Hoffman, Marlon Brando, Al Pacino et Billy Wilder.

Par la suite, elle alterne entre productions américaines (Black Sunday, Bobby Deerfield, Au-delà) et françaises (Rouge Baiser, L'école de la chair, Femmes de personne), prouvant sa capacité à s'adapter à différents univers et à incarner des personnages variés. Elle tourne actuellement sous la direction de Joaquim Lafosse.

Marthe Keller et le Septième Art : Anecdotes et Réflexions

Marthe Keller a partagé des anecdotes et réflexions personnelles sur son expérience à Hollywood. Elle se souvient notamment du tournage difficile de Fedora sous la direction de Billy Wilder, qu'elle décrit comme une expérience douloureuse. Elle raconte comment Wilder exigeait une précision extrême dans chaque geste et chaque intonation, la privant de toute liberté d'interprétation. Malgré la souffrance endurée, elle reconnaît aujourd'hui la valeur du film et sa propre performance.

Elle évoque également Marlon Brando, avec qui elle a partagé l'affiche de La Formule. Elle se souvient de son humour irrésistible et de sa fragilité intérieure. Elle raconte comment Brando avait fait inscrire ses répliques sur le col et les manches de sa veste, avouant que l'apprentissage du texte l'effrayait.

Marthe Keller critique également l'industrie hollywoodienne, dénonçant le sort réservé aux acteurs vieillissants. Elle déplore que même les plus grands, comme Al Pacino, soient contraints d'accepter des rôles indignes de leur talent.

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De la scène à la mise en scène d'opéra

En parallèle de sa carrière d'actrice, Marthe Keller s’attaque à la mise en scène d’opéra. Elle signe notamment Dialogues des carmélites (1999) et Don Giovanni (2003), explorant ainsi une autre facette de son talent artistique. Elle a également joué dans les plus grandes salles du monde Jeanne au bûcher d’Arthur Honegger et Paul Claudel, sous la direction de Seiji Ozawa, elle a aussi été la récitante du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, du Perséphone, de Stravinsky et a ébloui dans Cassandre, de Michael Jarrell, le projet artistique « qui a le plus compté » à ses yeux.

Elle exprime une préférence pour les sons sur les images, avouant qu'elle préfère rêver sur ce qu'elle ne voit pas. C'est pourquoi elle a refusé de réaliser un film sur la vie de Puccini avec Johnny Depp, estimant qu'il y a trop d'acteurs et d'actrices qui deviennent cinéastes sans nécessité.

Elle a animé une master class à Lausanne, où elle a travaillé sur Les Trois Sœurs de Tchekhov. Elle a été frappée par la diversité des interprétations de la scène où Irina s'avoue amoureuse, chaque étudiante apportant sa propre sensibilité et sa propre langue.

Vie privée : Amours passionnées et maternité

Côté vie privée, Marthe Keller entretient une relation avec le réalisateur Philippe de Broca, rencontrée sur le tournage du film Le Diable par la queue. Avec lui, elle a un fils, Alexandre, né en 1973. Plus tard, en 1977, elle entame une romance avec Al Pacino.

Elle a déclaré : « La famille pour moi, c'est être à la maison, être chez soi, pouvoir dire tout ce que l'on pense. J'ai plusieurs familles, dans le travail surtout, car je n'aime pas m'installer. Je ne pourrais pas être uniquement actrice. Dès que quelque chose semble accompli, je m'ennuie beaucoup. Je suis championne de la contradiction, j'adore ce métier, et, en même temps, je le fuis. Ce que j'aime beaucoup, c'est la troupe, les projets où il n'y a pas de rôles principaux, où la responsabilité est partagée. »

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