Symbole d’une époque enchantée, Marianne Faithfull, l'égérie des Rolling Stones, s'est éteinte le jeudi 30 janvier 2025, à l'âge de 78 ans. La Londonienne a incarné le versant féminin de la caution "sex & drugs & rock’n’roll", avec sa voix rauque et sa classe innée. Son parcours, marqué par des succès fulgurants, des chutes vertigineuses et des renaissances artistiques, a fait d'elle une figure emblématique de la musique et de la culture populaire.
Une Découverte Fulgurante et les Premiers Succès
La carrière de Marianne Faithfull démarre sur les chapeaux de roues. En 1964, Andrew Loog Oldham, le manager des Rolling Stones, la découvre lors d'une fête londonienne. Fasciné, il lui propose immédiatement un contrat d’enregistrement. « J’ai vu un ange avec des gros seins et je l’ai signée », avouera-t-il. Rapidement, il réalise qu'elle possède une voix cristalline. Oldham enferme alors Mick Jagger et Keith Richards dans leur cuisine, leur ordonnant d’écrire une chanson en deux heures. De cet enfermement créatif naît As Tears Go By. Ce titre devient le premier d’une longue série de hits pour Marianne Faithfull, marquant le début d’une carrière mouvementée.
Enfance Aristocratique et Premières Armes
Née le 29 décembre 1946 à Hampstead, un quartier chic de Londres, Marianne Faithfull grandit dans un milieu aristocratique cultivé mais désargenté. Son père est professeur d’histoire à l’université de Londres, et sa mère, Eva von Sacher-Masoch, est une baronne autrichienne descendant de l’écrivain Leopold von Sacher-Masoch, dont le nom a inspiré le terme "masochisme". Les parents de Marianne se séparent lorsqu’elle a six ans, et elle est envoyée dans un couvent, qu’elle quitte à dix-sept ans pour épouser John Dunbar, un libraire underground branché de Londres. « le premier homme avec qui j’ai couché », confie-t-elle. De cette union naît un enfant, Nicholas, en 1965.
Swinging London et Liaison avec Mick Jagger
Le mariage avec John Dunbar ne dure pas. Marianne Faithfull entame une liaison passionnée et tumultueuse avec Mick Jagger. En 1966, le couple Faithfull-Jagger devient emblématique du Swinging London, apparaissant dans toutes les fêtes et constamment harcelé par la presse. Marianne chante aux côtés des Stones dans le show « Rock’n’Roll Circus » et apparaît dans Performance, un film mythique dont Mick Jagger tient la vedette.
Durant cette période, Marianne Faithfull est également courtisée par Bob Dylan sur le tournage de Dont Look Back de D. A. Pennebaker, mais sans succès. Ils resteront amis à vie.
Lire aussi: L'histoire de Marianne Weitzmann
Parallèlement, une Carrière d'Actrice Émerge
En parallèle de sa carrière musicale, Marianne Faithfull se lance dans le théâtre et le cinéma. Elle joue dans La Mouette de Tchekhov et incarne Ophélie dans Hamlet. Elle tourne pour Jean-Luc Godard, chantant As Tears Go By a cappella dans Made In USA, et pour Serge Gainsbourg dans Anna. Elle apparaît également aux côtés d’Alain Delon dans La Motocyclette, vêtue de cuir.
Influence Musicale et Dérive Personnelle
L'influence de Marianne Faithfull sur les Rolling Stones est indéniable. Cultivée et branchée, elle initie Mick Jagger à la littérature et l’introduit dans l’underground londonien. Elle contribue également à l'évolution du groupe vers le psychédélisme. Grâce à elle, les Stones deviennent des voyous plus sophistiqués.
Cependant, cette période est marquée par une descente aux enfers pour Marianne, qui sombre dans la drogue. En 1969, elle co-écrit avec Jagger et Richards le sulfureux Sister Morphine, qui est retiré de la vente peu après sa sortie car jugé « dangereux pour la jeunesse britannique ». Les Stones reprendront le titre deux ans plus tard sur l’album Sticky Fingers, mais Marianne Faithfull ne sera créditée comme autrice qu’en 1994.
Déchéance et Renaissance
Brisée par les infidélités de Jagger, dont elle se sépare en 1970, Marianne Faithfull tente de se suicider et se retrouve exclue du cercle des Stones. Commence alors une période de déchéance qui dure près de dix ans. Elle devient junkie, erre sans abri dans le quartier de Soho et se voit retirer la garde de son fils. Elle manque mourir d’overdose à plusieurs reprises, et le monde entier l’oublie.
Contre toute attente, Marianne Faithfull revient sur le devant de la scène en 1979 avec l’album Broken English, un chef-d’œuvre en phase avec son époque. On y trouve des perles comme The Ballad of Lucy Jordan et sa reprise terrifiante de Working Class Hero de John Lennon. Sa voix, autrefois pure et cristalline, est désormais brisée et rauque, résultat de ses excès. Ce disque marque le début d’une seconde carrière, jalonnée d’expériences et de collaborations diverses.
Lire aussi: L'itinéraire artistique de Marianne Denicourt
Une Icône du Rock et Collaborations
Marianne Faithfull devient une figure incontournable de la nouvelle aristocratie du rock, aux côtés de Tom Waits et Lou Reed. Son passé sulfureux lui confère une crédibilité inattaquable. Assagie mais toujours à la recherche d’une pertinence artistique, elle s’attaque au répertoire de Kurt Weill, travaille avec Angelo Badalamenti et collabore avec des artistes comme Bob Dylan, Roger Waters, Keith Richards, Beck, PJ Harvey et Nick Cave.
Carrière d'Actrice et Rôle dans Irina Palm
Son talent et sa classe naturelle lui valent également un statut d’égérie pour les metteurs en scène les plus exigeants. Patrice Chéreau la fait tourner dans Intimité en 2001, et Sofia Coppola lui confie le rôle de Marie-Thérèse d’Autriche dans Marie-Antoinette en 2006. Son rôle le plus marquant est peut-être celui du personnage principal du troublant Irina Palm de Sam Garbarski, en 2007, qui lui vaut une nomination comme meilleure actrice aux European Film Awards.
Héritage et Hommages
Marianne Faithfull a incarné le lien entre le passé fantasmatique du rock et son présent, qu’elle a continué de vivre intensément jusqu’à son dernier souffle. Sa disparition a suscité une vague d’hommages émus. Mick Jagger a écrit sur Instagram : « C’était une amie merveilleuse, une belle chanteuse et une grande actrice. On se souviendra toujours d’elle. » Le monde de la musique pleure la disparition d'une icône à l'existence troublée, synonyme de "sexe, drogues et rock’n’roll", une icône qui a tant incarné le "Swinging London".
Un Fils et des Relations Maternelles Complexes
Côté vie privée, Marianne Faithfull a un fils, Nicholas, né en novembre 1965 de son bref mariage avec John Dunbar. Elle a souvent évoqué sa relation complexe avec sa mère, la baronne Eva von Sacher-Masoch. Bien qu'elle admire sa beauté et sa passion pour l'art, Marianne Faithfull a confié que sa mère accordait plus d'importance à son statut social qu'à son œuvre artistique. Elle souhaitait que sa fille soit bien payée et ait une bonne situation, ce qui lui permettrait de retrouver la sienne après avoir tout perdu à cause d’Hitler. Marianne Faithfull a refusé d’emprunter ce chemin, brisant ainsi le cœur de sa mère.
Une Artiste Engagée et une Européenne Convaincue
Marianne Faithfull était une artiste engagée, sensible aux événements du monde. Les attentats de novembre 2015 à Paris l'ont profondément marquée et lui ont inspiré la chanson They come at night. Elle se définissait comme socialiste et se sentait fondamentalement européenne et citoyenne du monde.
Lire aussi: Focus sur Marianne Maximi
tags: #marianne #faithfull #enfants #nombre
