Maria Callas, une figure indémodable et indétrônable de l'opéra, continue de fasciner près d’un demi-siècle après sa disparition. Sur scène, elle incarnait à la fois la fragilité et l'inébranlabilité. La légende lyrique du XXe siècle, suscite encore aujourd'hui des réactions passionnées, que l'on adore ou que l'on déteste sa voix. Cet article explore des aspects méconnus de sa vie, retraçant le parcours d'une interprète incroyable.

Une Enfance Difficile : Le Vilain Petit Canard

L’enfance de Maria Callas a été largement commentée, notamment par elle-même. Née Cecilia Sophia Anna Maria Kalogeropoulos le 2 décembre 1923 à Manhattan, New York, dans une famille d'origine grecque, elle a gardé le souvenir d’une enfance complexée. Elle se percevait comme une petite fille ronde et myope, persuadée que sa mère préférait sa sœur aînée, Jackie. C’est en chantant que Maria parvient à s'affranchir de ses complexes physiques.

Selon ses dires, Maria grandit avec un père absent, et une mère instable, colérique et frustrée, incapable d’affection mais qui s’est employée, en revanche, à exploiter le talent musical de sa fille.

En 1937, les parents se séparent et Evangelia regagne la Grèce avec ses deux filles. Refusée au Conservatoire, Maria prend des cours avec Maria Trivella. En 1939, Maria Callas fait l’une des grandes rencontres de sa vie avec Elvira de Hidalgo qui lui enseigne tous les secrets du bel canto. Pendant la guerre, elle interprète sa première Tosca dans une Athènes occupée. Mais c’est dans Fidelio (en italien) en 1944 que le regard change sur elle et qu’on parle d’un « don du ciel ». En 1945, elle veut rompre avec une mère envahissante et retourne aux États-Unis.

Premiers Rôles et Rencontres Déterminantes en Italie

C’est en Italie, à Vérone, que la jeune chanteuse décroche son premier rôle-titre, celui de La Gioconda dans l’opéra éponyme de Ponchielli. Vérone est aussi le théâtre de sa rencontre avec son futur mari, Giovanni Battista Meneghini. Homme d’affaires italien, il est bien plus âgé que Maria et tombe éperdument amoureux d’elle. Dès lors, Meneghini est partout dans l’ombre de la chanteuse, endossant le rôle de l'amant puis de l'époux, du confident et du manager.

Lire aussi: Sharapova : le nouveau chapitre de sa vie

Soutenue par Meneghini ainsi que par le chef d’orchestre Tullio Serafin (rencontré lui aussi à Vérone), Maria Callas conquiert peu à peu toutes les scènes de la péninsule italienne. Venise, Trieste, Gênes, Turin, Pise, Florence, Rome : la chanteuse est partout et endosse tous les rôles. Ce qui va faire d'elle un phénomène, une Diva de l’opéra, c’est sa capacité à tout chanter. Elle sait user de la puissance dramatique de ses sons graves comme de l'éclat de ses notes aiguës. En 1949, elle épate la critique en interprétant au cours de la même semaine deux rôles bien distincts, voire opposés : celui de Brünnhilde, déesse puissante et guerrière dans La Walkyrie de Wagner, et celui d’Elvira, délicate et romantique dans Les Puritains de Bellini.

De l’aveu de Callas, Serafin lui a appris à transformer son art du chant en musique. Elle absorbe tous les conseils de ce grand connaisseur du répertoire italien. À Vérone, Maria Callas rencontre Batista Meneghini qui lui propose d’être son impresario. Elle deviendra sa femme en 1949. En attendant, elle triomphe dans Isolde à Venise et dans Norma à Florence. Alors qu’elle chante Brünnhilde dans La Walkyrie, Tullio Serafin la convainc d’apprendre le rôle colorature d’Elvira des Puritains de Bellini en une semaine. La carrière de Callas décolle.

L'Ascension à la Scala et la Métamorphose Physique

Maria Callas est pour la première fois invitée à la Scala de Milan en 1950, remplaçant au pied levé la soprano Renata Tebaldi dans le rôle-titre d’Aida, opéra de Giuseppe Verdi. Mais sa performance ne rencontre pas le succès escompté : le public ne témoigne d’aucun enthousiasme particulier et les critiques sont, le lendemain, plutôt mauvaises. Sa voix est jugée inégale, forcée. Une décevante première fois qui sera vite oubliée : dès l’année suivante, la Callas est de nouveau invitée par le théâtre milanais pour la production des Vêpres Siciliennes de Verdi. Cette fois-ci, c'est un triomphe. Jusqu'à la fin des années 1950, la Diva règne sur la Scala, prestigieuse et exigeante institution européenne.

Un nouvel épisode de la vie de Maria Callas qui aura fait couler beaucoup d’encre : sa transformation physique. En un temps record (moins de deux ans), la chanteuse perd plus de trente kilos. Son modèle féminin ? L’actrice Audrey Hepburn. Et tout comme le personnage que cette dernière incarne dans My fair lady, Maria Callas a un Pygmalion, un professeur Higgins qui affine son look, lui fait travailler sa gestuelle. Il s’agit du réalisateur italien Luchino Visconti qui, au début des années 1950, s’extasie aussi bien devant le charisme de la Diva que face à sa nouvelle taille de guêpe. De la collaboration entre la Callas et Visconti naissent cinq opéras, dont la mise en scène mythique de La Traviata de Verdi en 1955, à la Scala. Une nouvelle ère s’ouvre désormais pour toutes les cantatrices : il faut être belle. Cinématographique. Fine et élégante comme Maria lorsqu’elle est Violetta, vêtue d'une élégante robe Liberty.

En décembre 1951, Maria Callas chante pour l’ouverture de la saison à la Scala de Milan dans Les Vêpres siciliennes de Verdi. C’est le début d’une collaboration fastueuse et orageuse. Fastueuse car Callas va participer à des productions de légende comme Macbeth avec Sabata, Lucia di Lammermoor avec Karajan et cinq ouvrages avec Luchino Visconti : La Vestale, La Traviata, La Somnambula, Anna Bolena, Iphigénie en Tauride. Orageuse car le public de la Scala est réputé pour ses cabales alors qu’éclate la rivalité entre Callas et Tebaldi. Callas gagne la première manche quand Tebaldi décide de lui laisser la place. Maria Callas commence une cure d’amaigrissement qui va lui faire perdre plus de trente kilos. Sa métamorphose en fait l’une des femmes les plus belles du monde.

Lire aussi: Le Prince Albert, nouveau membre de la famille royale

Scandales, Cinéma et Déclin Vocal

La Callas est une Diva, dans tous les sens du terme, même le plus péjoratif. On ne compte plus ses caprices et scènes de colère relayées par les journalistes. Avec la presse, justement, Maria joue avec le feu. Elle collectionne chaque article, chaque critique qui mentionne son nom, contribuant elle-même au culte de sa personne. Elle n'hésite pas non plus à se confier, à partager des détails intimes de son enfance ou de ses amours. Cependant elle se trouve parfois rattrapée par l’intrusion des paparazzi ou la critique acerbe des spécialistes. Car voilà que peu à peu, sa voix s’essouffle, se détériore.

En 1956, Callas fait ses débuts au Metropolitan Opera de New York avec Norma, Tosca puis Lucia. Ses rapports avec le directeur Rudolf Bing s’enveniment. Un nouveau scandale éclate en janvier 1958 à Rome en présence du président de la République italienne. Après le premier acte de Norma, Callas aphone déclare forfait, mais le théâtre n’a pas prévu de doublure. Callas fait ses débuts à l’Opéra de Paris en 1958. Cocteau, Chaplin, Bardot sont dans la salle ainsi que le président Coty. Le récital est retransmis à la télévision.

Dans les années 1960, absorbée par sa relation amoureuse avec le milliardaire grec Aristote Onassis, Maria Callas ne chante presque plus et s’essaye à d’autres genres. Le cinéma, par exemple, sous l’œil du réalisateur Pasolini, mais l’expérience ne sera pas renouvelée.

Carmen : Un Rôle Fantasmé

La version de l'opéra Carmen que Maria Callas enregistre sous la baguette du chef Georges Prêtre, en 1964, fait aujourd’hui encore référence. Ce n’est pourtant pas la Diva à son apogée que l’on entend dans cet enregistrement, mais la Callas en déclin. Une voix usée par le surmenage et l’amaigrissement. Or cette voix sombre, éraillée et instable colle parfaitement au personnage de Carmen. Passionnée et dangereuse. Déterminée et bohème. La Callas ne lui donnera pourtant pas corps, puisqu’elle ne chantera jamais l’opéra de Bizet en intégralité sur scène.

Solitude et Fin de Vie

Après 1965, on ne voit plus la Callas à l’opéra. Il y aura certes une dernière tournée avec son partenaire de longue date (et nouvel amant) Giuseppe di Stefano. Mais si la présence scénique de Maria fascine encore et toujours le public, sa voix, elle, n’est malheureusement plus là. « Depuis que j’ai perdu ma voix, je veux mourir. Sans ma voix, qu’est-ce que je suis ? Rien », aurait-elle confié à sa sœur Jackie.

Lire aussi: En savoir plus sur Maria Vadillo

Ses dernières années, Maria Callas les passe seule, recluse dans son appartement parisien, pleurant la mort d'Aristote Onassis, un amant qui ne l'aura jamais épousée. Elle s'éteint à Paris, le 16 septembre 1977. Au lendemain du décès de l’iconique chanteuse, on parle d’une embolie pulmonaire. Mais près de trente ans plus tard, en 2010, deux médecins italiens contredisent ce diagnostic en statuant sur la dégénération d’une maladie des cordes vocales. Une conclusion médicale qui vient clore toute une série d’hypothèses et de fantasmes : la Diva se serait suicidée, aurait été assassinée…

Maria Callas et la Maternité : Une Absence

La question de la maternité chez Maria Callas est complexe et douloureuse. Bien qu'elle ait entretenu une relation passionnée avec Aristote Onassis, il est de notoriété publique qu'elle n'a pas eu d'enfants qui ont survécu. En mars 1960, le fils que Maria donne à Onassis, Omerio, vient à naître et mourir dans la même journée, le plus grand silence est maintenu autour de ce drame. La Callas noie son chagrin dans les psychotropes - et c'est de là qu'il faut dater, sans doute, le début de la longue descente de la prima donna, depuis la gloire jusqu'à la relégation.

L'absence d'enfants dans la vie de Maria Callas est un sujet qui a suscité de nombreuses spéculations et interprétations. Certains biographes suggèrent que son dévouement absolu à sa carrière et les exigences impitoyables du monde de l'opéra ont rendu la maternité incompatible avec sa vie. D'autres estiment que les traumatismes émotionnels et les déceptions amoureuses ont pu influencer sa capacité ou son désir d'avoir des enfants.

Il est important de noter que Maria Callas elle-même n'a jamais publiquement exprimé de regrets concernant l'absence d'enfants dans sa vie. Cependant, il est indéniable que la perte de son enfant avec Onassis a été une épreuve dévastatrice qui a profondément marqué sa vie.

tags: #maria #callas #a-t-elle #eu #des #enfants

Articles populaires: