L'assistance médicale à la procréation (PMA) et la gestation pour autrui (GPA) suscitent des débats passionnés en France, mêlant considérations éthiques, sociales et économiques. Cet article explore les enjeux de ces pratiques, en mettant en lumière les arguments pour et contre, ainsi que les implications potentielles de leur encadrement ou de leur interdiction.

L'Assistance Médicale à la Procréation (PMA) : Un Panorama des Techniques et des Enjeux

La PMA englobe un ensemble de techniques médicales visant à aider les couples infertiles ou les femmes seules à concevoir un enfant. Parmi ces techniques, on retrouve :

  • L'insémination artificielle : Elle peut être intraconjugale (avec le sperme du conjoint) ou avec des spermatozoïdes d'un donneur, une pratique autorisée en France depuis 1972.
  • La fécondation in vitro (FIV) : Elle consiste à implanter dans l'utérus un ou plusieurs embryons conçus in vitro par la mise en présence de spermatozoïdes (du père ou d'un don) et d'ovules (de la mère ou d'un don). La FIV est indiquée en cas d'anomalie des trompes utérines, d'infertilité masculine, d'échec des traitements d'anomalies de la glaire cervicale ou de l'ovulation, ou encore d'endométriose sévère.
  • La vitrification des ovocytes : Il s'agit d'une congélation ultra-rapide des ovocytes, autorisée dans certaines conditions depuis fin 2015.

Le Comité Consultatif National d'Éthique (CCNE) s'interroge sur l'impact de ces techniques sur les relations avec l'enfant et sur la société, notamment en ce qui concerne l'organisation des procédures, la gestion des coûts et des remboursements, ainsi que l'accès à ces pratiques.

Les Dilemmes Éthiques de la PMA

L'ouverture de la PMA aux femmes seules ou aux couples homosexuels soulève des questions éthiques fondamentales, notamment en ce qui concerne l'absence de père et le droit de l'enfant à connaître ses origines. Le CCNE estime que les enfants nés dans ces conditions n'excluront pas nécessairement l'image symbolique du père, mais souligne que la situation est différente pour les enfants élevés dans une famille monoparentale.

Se pose également la question de l'accès à la PMA pour les femmes non stériles. Le CCNE s'interroge sur le risque d'allongement des délais d'attente et sur la nécessité de lancer des campagnes de communication pour inciter aux dons de gamètes.

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La Question de la Rémunération des Dons de Gamètes

Le CCNE est favorable au maintien de la gratuité du don de gamètes, considérant que la rémunération pourrait inciter les personnes à faire ce qu'elles ne souhaitent pas faire gratuitement, ce qui constituerait une forme de "violence". Face au risque de marchandisation, le CCNE préfère "protéger la liberté de l'offre", même si cela implique de ne pas satisfaire toutes les demandes.

PMA : Réalité et Enjeux Sociétaux

La PMA implique un projet longuement réfléchi, concerté, puis programmé et désiré. Certes, cela entraînera des homoparentalités et monoparentalités, mais elles sont déjà "des réalités en France" en raison de conceptions par PMA dans les pays limitrophes, ou de séparations, bouleversement familiaux avec acceptation de l'homosexualité d'un des membres de l'ex-couple, etc.

La Gestation Pour Autrui (GPA) : Une Interdiction Française et un Débat International

La gestation pour autrui (GPA) est interdite en France. La GPA peut aussi être une procréation pour autrui, lorsque la mère demandeuse n'a pas d'ovules fonctionnels. Le CCNE s'oppose fermement à la marchandisation des dons de gamètes et regrette l'impact potentiellement violent et désorganisationnel sur la vie de la mère porteuse et de ses proches.

Les Risques et les Conséquences de la GPA

Le CCNE met en avant les violences (économiques, juridiques, atteintes aux bonnes pratiques médicales, psychiques, familiales, perte de liberté pendant la grossesse, etc.) que peuvent subir les mères porteuses, ainsi que les conséquences potentielles pour l'enfant (rupture totale avec l'environnement de sa vie intra-utérine). Ces considérations conduisent le CCNE à maintenir son opposition à la GPA.

Le CCNE s'inquiète également de "l'expansion rapide du marché international de la GPA", probablement facilitée par la raréfaction du nombre d'enfants adoptables.

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La Préservation de la Fertilité : Un Enjeu de Société

La vitrification des ovocytes est autorisée en France, mais uniquement dans certaines conditions. Elle n'est pas autorisée pour les femmes par "précaution", au cas où leur fertilité diminuerait au moment où elles choisiraient d'avoir un enfant. Le CCNE met en avant les contraintes et les risques médicaux de la procédure de stimulation ovarienne, du prélèvement des ovocytes et de la cryoconservation.

Le CCNE estime qu'il faudrait plutôt mieux informer sur les risques d'une grossesse tardive, mal connus, et que la société facilite la maternité chez les jeunes femmes qui le souhaitent. De plus, le CCNE estime qu'une "infime minorité" des femmes qui auraient congelé leurs ovocytes "par précaution" y aurait finalement recours, tombant enceinte auparavant de manière naturelle.

La Nécessité d'une Information et d'un Accompagnement Adaptés

Le gouvernement français a mis en place un "plan fertilité" visant à informer les jeunes adultes sur la santé reproductive et la fertilité. Cependant, certaines initiatives, comme l'envoi de SMS aux jeunes femmes de 29 ans, sont critiquées pour leur caractère tardif et potentiellement intrusif.

Le Syndicat de la famille s'interroge sur la manière dont ce message sera reçu et vécu, sachant qu'il viendra parfois percuter la souffrance intime de la solitude ou d'une difficulté déjà identifiée à concevoir un enfant en raison d'une pathologie de la fertilité.

Les Causes Profondes de l'Infertilité

Si le ministère veut véritablement combattre l’infertilité, ne faut-il pas qu’il s’attaque à ses causes profondes ? Les facteurs sont d’abord « sociétaux, économiques et comportementaux » explique Patrick Gerland, chef du département des projections démographiques des Nations unies. Les questions de l’emploi, du logement et de la possibilité de concilier vie professionnelle et vie familiale sont désormais déterminantes. Il existe aussi des causes environnementales, comme le pointe notamment Niels Skakkebaek, chercheur à l’université de Copenhague : « la prospérité liée à l’industrialisation a un prix, à savoir la pollution industrielle ».

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PMA, GPA et Marché : Une Analyse Économique et Sociale

La PMA et la GPA sont des pratiques qui soulèvent des questions économiques importantes. La marchandisation du corps humain, la rémunération des mères porteuses et les intérêts financiers des acteurs de la procréation médicalement assistée sont autant d'enjeux qui méritent d'être analysés.

Le Marché de la GPA : Un Système à Deux Vitesses

L'interdiction française de la GPA a fait naître un système à deux vitesses. Les plus riches peuvent se permettre d'aller dans des pays où la GPA est autorisée et encadrée, comme aux États-Unis. Les plus pauvres, eux, sont contraints de passer par ce marché de la « GPA sauvage ».

Ces mères porteuses sont motivées par l'envie de rendre service en permettant à des couples qui ne peuvent pas avoir d'enfant de connaître le bonheur qu'elles ont vécu avec les leurs. Cela leur permet également de générer un revenu supplémentaire, comme ce couple au chômage rencontré par les journalistes d'Envoyé spécial, qui espère que la GPA leur permettra de payer leur mariage.

L'Instrumentalisation du Corps Féminin

L'instrumentalisation du corps féminin comme matière première pour faire fonctionner le marché de la GPA introduit la notion de travail. D'une part, parler de travail implique de parler de rémunération ; or il existe une opposition artificielle entre GPA commerciale, motivée part l'argent, et la GPA dite altruiste (telle qu'elle est autorisée en Grande-Bretagne par exemple).

Pour Céline Lafontaine, considérer cette expérience comme un travail est une dérive : "comment rémunérer justement un travail biologique ? Il faudrait rémunérer l'ensemble de la production. Cette production a lieu dans le corps de la femme, enceinte 24h/24, 7j/7 pendant au moins neuf mois. Donc ça se rapproche plus de l'esclavage dans la mesure où à chaque minute la division cellulaire est impliquée. Donc, on voit ici que le modèle ne correspond pas au travail effectif".

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