L'interruption volontaire de grossesse (IVG), dépénalisée en France en 1975, fait l'objet d'un large consensus au sein de l'opinion publique. Cependant, des groupes et associations persistent à lutter contre ce droit, employant diverses stratégies pour faire entendre leur voix. Cet article explore les dynamiques de ces mouvements anti-IVG en France, leurs motivations, leurs actions et leurs liens avec des mouvements internationaux.
Un Droit Largement Soutenu, Mais Contesté
Malgré un soutien majoritaire de la population française à l'IVG, comme le révèle une étude Ifop de juillet 2022 (83% d'opinions favorables), des voix dissidentes s'élèvent pour contester ce droit. Marie Mathieu, docteure en sociologie, souligne la rareté du discours public anti-avortement, tout en reconnaissant l'activité de certains groupes.
Les Acteurs de la Contestation : Profils et Stratégies
Plusieurs associations se distinguent dans la lutte contre l'IVG en France. Parmi elles, on trouve :
Les Survivants : Apparue en 2016, cette association utilise une rhétorique axée sur le "syndrome du survivant" chez les enfants nés après un avortement. Leur slogan, "qu'un enfant sur cinq ans n'a pas la chance de naître", illustre leur positionnement. L'association, dont le porte-parole est Émile Duport, se compose de jeunes âgés de 20 à 30 ans.
En marche pour la vie : Cette association organise chaque année une marche "pour la vie" en janvier. L'édition de 2024 a rassemblé entre 6 000 et 15 000 participants, selon les sources. En plus de cette manifestation annuelle, l'association se concentre sur l'aide aux femmes en difficulté, proposant notamment de rendre obligatoire une échographie dès la sixième semaine de grossesse et d'encourager l'accouchement sous X.
Lire aussi: Paris : Marche contre l'avortement
La fondation Jérôme Lejeune : Cette fondation, dont la mission est de "défendre la vie", mène des actions de sensibilisation et de plaidoyer contre l'avortement. Elle publie des manuels destinés aux jeunes et à leurs éducateurs, abordant des questions bioéthiques comme l'avortement.
Alliance Vita : Cette association œuvre également pour peser dans le débat sur l'avortement.
Actions Symboliques et Présence en Ligne : Les Survivants se spécialisent dans les actions symboliques. Campagne d'affichage en 2017 lors des élections présidentielles, tags posés sur des trottoirs de Lyon, application reprenant la figure de Pikachu, un Pokémon, pour cibler particulièrement les jeunes. L'une de leurs actions les plus marquantes a été le collage d'autocollants anti-IVG sur des Vélib' parisiens en 2023. Ces groupes sont également très présents sur Internet, malgré la création d'un délit d'entrave numérique en 2017.
La Désinformation en Ligne : Un Enjeu Majeur
La désinformation sur les réseaux sociaux constitue un enjeu majeur dans la lutte contre l'IVG. La Fondation des Femmes a publié un rapport en 2024, en collaboration avec l'Institute for Strategic Dialogue (ISD), intitulé "Quand les réseaux sociaux menacent le droit à l'IVG". Ce rapport met en évidence la prolifération de publicités et de sites internet diffusant des informations inexactes ou biaisées sur l'IVG.
Deux ans plus tard, le 19 septembre 2019, n’importe quel internaute souhaitant s’informer sur la PMA ou la GPA a de fortes chances de se retrouver sur le site créé et promu par des groupes réactionnaires.
Lire aussi: PMA : l'opposition
Liens Internationaux et Influences Idéologiques
Les mouvements anti-IVG en France ne sont pas isolés. Ils s'inscrivent dans une dynamique internationale, avec des liens avec des mouvements similaires aux États-Unis et en Europe. La sociologue Laurine Thizy établit un lien entre ces mouvements et "l'extrême droite, la mouvance familialiste conservatrice et le catholicisme radical".
Amandine Clavaud, co-directrice des études à la Fondation Jean-Jaurès, analyse ces mouvements conservateurs contre les droits des femmes un peu partout dans le monde. Ce sont des mouvements très hétéroclites que l’on retrouve au sein d’États conservateurs, au sein de la société civile, au sein d’acteurs religieux et des milieux économiques…
L'Extrême Droite et la Question de l'IVG
L'extrême droite en France participe également à certaines actions anti-IVG. Laurence Rossignol affirmait au Sénat en juillet 2023 que "la concomitance entre le regain d'activisme des mouvements d'ultradroite et celui des anti-IVG n'est ni totalement fortuite ni anodine". À Bordeaux, les locaux du Planning familial ont été tagués plusieurs fois par le groupe d'extrême droite Action directe identitaire.
Si le Rassemblement national se veut progressiste en France, il ménage ses partenaires les plus conservateurs en Europe, en témoignent ses abstentions répétées sur des textes-clés portant sur les droits des femmes.
Manifestations pour Défendre le Droit à l'IVG
Face à ces contestations, des manifestations sont organisées en France pour défendre le droit à l'IVG. À l'occasion de la journée internationale pour le droit à l'avortement, le 28 septembre, des rassemblements ont lieu dans plusieurs villes. Ces manifestations dénoncent les entraves à l'accès à l'IVG, notamment l'inégalité géographique et le manque de moyens financiers pour les structures pratiquant les avortements. Les organisations à l'origine de ces mobilisations réclament la réouverture de centres de proximité, la suppression de la clause de conscience pour les professionnels de santé et la publication rapide du décret autorisant les sages-femmes à pratiquer des IVG instrumentales.
Lire aussi: Revendications de la « Manif pour tous »
Le 22 novembre, à l’occasion de la journée internationale de lutte contre les violences sexistes, sexuelles et de genre, nous serons dans la rue contre les féminicides, les violences patriarcales, sociales et d’État, la destruction des services publics qui impacte plus fortement les femmes et les personnes minorisées, les guerres, les génocides et la montée des fascismes partout dans le monde.
IVG : Un Droit Fondamental et des Témoignages Personnels
L'IVG est perçue par beaucoup comme un droit fondamental, essentiel pour la liberté et l'autonomie des femmes. De nombreux témoignages soulignent l'importance de ce droit dans des situations de détresse ou de difficulté. Des femmes racontent comment l'IVG leur a permis de préserver leur santé, leur équilibre familial ou leur avenir.
"Oui, mon IVG m'a sauvé la vie, mais également celle de mon bébé de 8 mois à l'époque", explique posément cette Toulonnaise de 35 ans.
tags: #manif #contre #ivf #france
