L'ingestion du placenta, ou placentophagie, est une pratique qui consiste à consommer le placenta après l'accouchement. Cette pratique, popularisée par des célébrités, suscite un intérêt croissant, mais aussi des interrogations quant à ses bienfaits et ses risques.

Qu'est-ce que le placenta ?

Le placenta est un organe essentiel qui se développe dans l'utérus pendant la grossesse. Implanté dans la paroi utérine, il est relié au fœtus par le cordon ombilical. L'Inserm détaille ses fonctions vitales :

  • Apport d'oxygène et de nutriments : Le placenta assure l'approvisionnement du fœtus en oxygène et en nutriments essentiels à son développement.
  • Évacuation des déchets : Il élimine les "déchets" produits par le fœtus, tels que le dioxyde de carbone et les déchets métaboliques.
  • Protection : Il protège le fœtus contre certains pathogènes, substances toxiques et même contre le système immunitaire maternel.
  • Production d'hormones : Il produit des hormones et d'autres facteurs nécessaires à la naissance d'un enfant en bonne santé.

Après l'accouchement, le placenta est expulsé.

La Placentophagie : Mythes et Réalités

La placentophagie consiste à consommer le placenta cru, cuit, rôti, en smoothie ou en capsules. L'encapsulation, après cuisson à la vapeur et déshydratation, est une méthode populaire.

Arguments des adeptes

Les adeptes de la placentophagie soutiennent que le placenta est riche en hormones, vitamines et nutriments bénéfiques. Ils affirment que sa consommation pourrait :

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  • Prévenir la dépression post-partum.
  • Améliorer le taux de fer et l'énergie.
  • Favoriser la production de lait.
  • Renforcer les liens entre la mère et l'enfant.

Ils justifient également cette pratique par le fait que la plupart des mammifères consomment leur placenta.

Absence de preuves scientifiques

Malgré les témoignages et les enquêtes rapportant les bienfaits de la consommation de placenta, aucune étude scientifique sérieuse ne confirme ces allégations. Une étude publiée dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology en 2018 conclut qu'il n'existe aucune preuve scientifique d'un quelconque bénéfice clinique de la placentophagie chez l'humain. De plus, elle souligne qu'aucun nutriment ni aucune hormone placentaire n'est conservé en quantité suffisante après l'encapsulation pour être potentiellement utile à la mère après l'accouchement.

Le professeur Damien Subtil, chef du pôle femme, mère et enfant au CHU de Lille, affirme : « Sur le plan scientifique, on n’a pas d’éléments pour penser que l’absorption du placenta pourrait être bénéfique. Certes, il contient du fer et des protéines, comme la viande rouge, mais rien ne prouve des effets au-delà de la simple nutrition. »

Risques potentiels

En plus de l'absence de preuves de bénéfices, la placentophagie présente des risques potentiels pour la santé de la mère et du nouveau-né. L'encapsulation ne permet pas d'éliminer le risque d'infection. Un nourrisson a été hospitalisé en 2016 pour une infection causée par des gélules de placenta contaminées aux streptocoques B, que sa mère avait ingérées pendant l'allaitement. Les Centres de prévention et de contrôle des maladies américains (CDC) ont recommandé d'éviter la consommation de capsules de placenta, car l'encapsulation n'est pas adéquate pour tuer toute trace de contamination bactérienne ou virale.

Pauline Bouchasson, sage-femme, explique que le placenta peut contenir des traces de substances toxiques comme du plomb ou du mercure.

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Législation en France

En France, le placenta est considéré comme un déchet d'activités de soins à risque infectieux (DASRI), conformément à l'article R.1335-1 du Code de santé publique. Les seules modalités d'élimination autorisées sont l'incinération ou le prétraitement par désinfection avant d'être traité comme un déchet commun.

Depuis une circulaire de 2012, le placenta est juridiquement considéré comme un déchet médical. Il ne peut être conservé qu’à des fins scientifiques ou thérapeutiques, et toujours après consentement écrit de la mère. Le but est d'éviter les risques bactériologiques et de prévenir toute dérive commerciale.

Le placenta n'appartient ni à la mère, ni au père, ni à l'enfant.

Certaines femmes choisissent d'accoucher à domicile pour contourner la loi et pouvoir consommer leur placenta. Cependant, les experts mettent en garde contre les risques liés à l'accouchement à domicile sans assistance médicale.

Alternatives à la placentophagie

Pour profiter des mêmes apports nutritionnels vantés par les adeptes de la placentophagie, il est recommandé de manger des poissons gras, des légumes verts, des fruits, des noix et des graines, et surtout, de dormir dès qu'on en a l'occasion.

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