Le 8 septembre dernier, la 75ème édition de « la Mostra », le prestigieux Festival International de Cinéma de Venise, a tiré sa révérence. Quelques jours auparavant, une rencontre privilégiée a eu lieu avec l’actrice française Lolita Chammah, présente au festival pour le film “At Eternity’s Gate” de Julian Schnabel, où Willem Dafoe a été couronné de la Coupe Volpi pour sa performance magistrale. Lors de la projection du film, Lolita a illuminé le tapis rouge dans une robe longue rose signée Alexis Mabille. L'interview s'est déroulée sur la plage mythique de l’hôtel Excelsior.
Racines italiennes et influences culturelles
Interrogée sur son côté méditerranéen, Lolita Chammah révèle : « Ma mère est française, mon père a des origines italiennes et il a vécu et travaillé très longtemps en Italie. Moi-même, je me sens très italienne car j’ai appris à lire et écrire en italien très tôt. » Malgré une vie passée en France, elle considère l'Italie comme son deuxième pays, nourrissant une passion pour le cinéma italien, des classiques aux productions contemporaines. Elle souligne l'importance des racines et des références culturelles dans la construction de son identité, affirmant que ses origines italiennes définissent en grande partie la femme et l'actrice qu'elle est. Elle évoque également cet aspect sanguin et cette liberté dans l'expression des émotions propre à cette culture, dans laquelle elle se reconnaît pleinement. Elle souligne, en outre, le rapport à l'enfance, illustré par son récent séjour dans les Pouilles à Lecce, où elle a pu constater à quel point l'enfant est roi.
Expérience internationale dans "At Eternity’s Gate"
"At Eternity’s Gate" est une coproduction entre le Royaume-Uni, la France et les États-Unis. Lolita Chammah décrit son expérience de travail avec des artistes internationaux, notamment Julian Schnabel et Willem Dafoe, comme une "très belle opportunité". Elle loue la générosité et le talent de Willem Dafoe, avec qui elle a eu le plaisir de tourner des scènes en anglais et en français. Elle décrit Julian Schnabel comme un personnage singulier, un "grand enfant avec une folie attirante, quelqu’un de décalé." Elle souligne que le film a été bien reçu par le public, qui a compris sa singularité et son originalité. Elle le décrit comme un "merveilleux film sur Vincent Van Gogh", mais surtout comme un film sur la difficulté de créer et sur la manière dont un artiste se situe dans le monde.
Projets transversaux et créations personnelles
Lolita Chammah a une actualité riche et diversifiée. En mai dernier, elle a créé un spectacle à la Ménagerie de Verre avec Isild Le Besco et Élodie Bouchez, à partir du livre d’Isild Le Besco « S’aimer quand même ». Ce projet multidisciplinaire mêlant danse, son, texte, musique et chant explore différents aspects du texte d'Isild. Elle décrit cette expérience comme une "aventure merveilleuse" qu'elles présentent actuellement dans des théâtres et des festivals littéraires.
Elle apprécie particulièrement les projets transversaux, car ils nourrissent l'esprit et ouvrent de nouvelles perspectives. Elle révèle qu'elle prépare actuellement un film avec Isild, qu'elle écrit et qu'elle va coproduire, et dans lequel elle jouera avec Élodie Bouchez. Elle souligne l'importance de l'amitié et de la confiance dans ce métier parfois difficile, et se réjouit d'avoir trouvé une "famille" avec Isild et Elodie, avec qui elle se sent libre de créer. Elle insiste sur l'importance de la liberté pour un acteur.
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Lolita Chammah reconnaît la chance qu'elle a eue de participer à des projets exceptionnels et de rencontrer des cinéastes talentueux. Elle décrit son parcours comme éclectique, oscillant entre le cinéma d'auteur, le théâtre et la télévision. Elle confesse une forme d'"insatisfaction et de doute permanents", qu'elle considère comme un moteur essentiel pour alimenter son désir de créer et son besoin d'écrire. Elle révèle qu'elle est en train d'écrire un film, mais qu'elle a également écrit un texte littéraire autobiographique qui sera bientôt publié. Elle souligne l'importance de créer ses propres mondes et de s'échapper aux portraits que les autres font d'elle à travers leurs films. Elle explique que l'écriture lui permet de se diriger là où elle veut et vers qui elle veut, et d'exprimer son besoin d'être et d'exister par elle-même.
Goût de l'éclectisme et projets actuels
Actuellement, elle est sur la scène des Bouffes parisiens dans Rabbit Hole (jusqu’au 31 mars) et à l’affiche de Moi, Maman, ma mère et moi de Christophe Le Masne, aux côtés de Grégory Montel, Olivia Côte et Philippe Rebbot. Celle que l’on a découverte enfant au cinéma poursuit sa traversée singulière avec un goût de l’éclectisme manifeste.
Questions personnelles et révélations
Interrogée sur ses préférences personnelles, Lolita Chammah révèle :
- Talons hauts ou talons plats ? Talons hauts.
- Aimez-vous votre voix ? Ça dépend. Parfois je l’aime, parfois je ne la supporte pas. Il arrive que sa gravité me pèse, que je la trouve trop solennelle.
- La travaillez-vous ? Oui, car je chante, mais c’est encore autre chose que la voix parlée. J’ai un projet d’album avec Isild Le Besco, qui a écrit des textes, et par ailleurs, je compose des chansons. J’adore chanter.
- Le film qui vous met en joie ? Mary Poppins. C’est très régressif comme choix, mais je suis très régressive comme fille !
- Le plat de votre enfance ? Les quartiers de pomme avec des cracottes de Saint-Môret devant Un amour de coccinelle ! C’était le plat du dimanche soir, quand mes parents ne savaient pas quoi nous faire à manger.
- Un son de la vie quotidienne qui vous émeut ? Le rire de mon fils et le son de sa respiration.
- Êtes-vous adepte de la promenade ? Oui, dans tous les sens du terme. J’aime me promener au sens propre, et me promener dans les histoires que la vie nous raconte. C’est sans doute pour cela que je suis actrice. Être acteur, c’est se promener dans les histoires des autres et dans les siennes.
- Avez-vous le sens de l’orientation ? Absolument pas. Mais je ne me perds jamais. C’est paradoxal. Mais c’est pourquoi j’adore me perdre dans les villes : car je ne me perds pas, en fait !
- Aimiez-vous vous déguiser, enfant ? Énormément ! C’était presque maladif. J’étais toujours déguisée, maquillée, bijoutée. Aujourd’hui encore, j’aime l’apparat. J’aime être une femme du matin, une femme du soir, j’aime me changer plusieurs fois dans la journée.
- Votre fleur chérie ? L’orchidée… Les hortensias aussi. Et la rose, pour son odeur.
- La scène la plus dingue que vous ayez eue à jouer ? Elle est à venir.
- Le rôle de vos rêves ? Aujourd’hui, j’aimerais jouer le rôle d’une femme qui a un grand chagrin d’amour.
- Votre juron favori ? Merde.
- Un cri de guerre ? Le théâtre, être sur une scène est un cri de guerre.
- Votre premier geste le matin ? Embrasser mon fils.
- Quel effet vous fait la mer ? C’est profondément essentiel pour moi. Ça me fait ressentir que le monde est vaste.
- Votre dernière folie ? La vie est une succession de petites ou grandes folies. Rien n’est normatif chez moi. Je suis ainsi faite, en tout cas.
- Le comble du romantisme ? Ce qu’on désire et ne peut toucher.
- Qu’y a-t-il au-dessus de votre canapé ? Un vidéoprojecteur.
- Votre truc pour contrer le trac ? Pas grand chose. Je suis très traqueuse. Le trac me fait parler beaucoup avec les autres avant d’entrer en scène. Je ne peux rien y faire et je n’ai pas de truc.
- Que vous dites-vous l’instant juste avant d’entrer sur scène ? Que je fais un métier fou. Et ceci : « Comment est-il possible que je sois là ?
- Quel rapport entretenez-vous avec votre portable ? Un rapport doudouesque.
- Coup de fil ou texto ? Des mots qui résonnent en vous ? Une phrase de Van Gogh, que j’aime beaucoup : « La normalité est une route pavée : on y marche aisément, mais les fleurs ne poussent pas ».
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