Loïc Résibois, un homme de 47 ans, marié et père de deux enfants, est décédé le 24 septembre des suites de la maladie de Charcot. Son parcours, marqué par la maladie et un engagement indéfectible pour le droit à une fin de vie digne, a profondément marqué le débat public en France.
Un Diagnostique Brutal et une Vie Bouleversée
En 2022, Loïc Résibois apprend qu'il souffre de la maladie de Charcot, également connue sous le nom de Sclérose Latérale Amyotrophique (SLA). Cette maladie neurodégénérative incurable, qui provoque une atrophie progressive des muscles, a rapidement transformé sa vie. Ancien policier et directeur de proximité à la ville d’Amiens, passionné par son travail et grand sportif, il voit son corps le lâcher progressivement.
"Je m’appelle Loïc Resibois, j’ai 46 ans, je suis marié et père de 2 enfants âgés de 17 et 21 ans. Juste pour vous planter le décor : je n’ai jamais fumé, je ne bois pas d’alcool, j’étais extrêmement sportif et je n’avais jamais eu de souci de santé. Mais en 2 ans, mes symptômes sont passés d’un simple tremblement à une atrophie progressive des muscles des membres supérieurs que je ne peux aujourd’hui presque plus bouger. Depuis le début de l’année 2023, la maladie s’est attaquée à mes jambes. Contrairement à d’autres maladies neurodégénératives, vos capacités cognitives ne sont pas touchées, vous permettant ainsi de profiter pleinement de votre propre déchéance."
Les premiers symptômes sont apparus fin 2019, après un match de tennis, sous forme de tremblements à la main. Malgré une vie saine, sans tabac ni alcool, et une pratique sportive régulière, le diagnostic de la SLA est tombé, réduisant son espérance de vie à quelques années. Rapidement, l'usage d'un déambulateur puis d'un fauteuil roulant devient indispensable.
Malgré les difficultés croissantes, Loïc Résibois a fait preuve d'une résilience remarquable. Il a continué à profiter de la vie, à lire, à regarder la télévision, à jouer avec ses amis. Il a même retrouvé le plaisir de promener son chien Diego grâce à son fauteuil roulant.
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Un Engagement Militant pour le Droit à Mourir dans la Dignité
Face à la perspective d'une déchéance progressive et douloureuse, Loïc Résibois s'est engagé avec détermination dans le combat pour le droit à mourir dans la dignité. Il a multiplié les interventions médiatiques et les conférences, appelant l’Assemblée nationale à mieux légiférer sur la question de la fin de vie et à encourager la recherche.
"Le combat pour le droit de mourir dans la dignité c’est devenu ce qui donne du sens à ma maladie".
Il rencontre des députés, échange avec des membres de la Convention citoyenne sur la fin de vie, avec le rapporteur du projet de loi et enchaîne les plateaux télé et radio pour partager son message : "la loi fin de vie est une loi de liberté et de fraternité".
Loïc Résibois est très présent sur les réseaux sociaux et milite activement pour l’instauration de l’aide à mourir en France. Il a exprimé le fait de ne pas vouloir aller au-delà de la fin du mois de septembre, il doit désormais trouver comment et où mourir.
Il a dénoncé avec force l'immobilisme des politiques et le report de l'examen du projet de loi sur la fin de vie, alors qu’il est sur le bureau d’Emmanuel Macron depuis septembre. Pour lui, la question de la fin de vie relève de l’intime et mérite d’être débattue sans obstruction stérile et positionnement partisan.
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Il a critiqué la loi Claeys-Leonetti, qui autorise la sédation profonde et continue jusqu’au décès, la qualifiant d'"hypocrisie". Il estimait que cette sédation n’était pas faite pour le confort des malades, mais pour le confort psychologique des soignants.
"En France finalement, en matière de fin de vie, on traite mieux nos animaux de compagnie, qui peuvent partir rapidement et sans souffrance, que nos semblables."
Il a exprimé sa colère face à la dissolution de l'Assemblée nationale en juin dernier, qui a mis en pause le projet de loi sur la fin de vie promis par Emmanuel Macron. "Ça a été un choc. Loïc l'a très mal vécu", assure sa veuve.
Il a refusé d'aller mourir à l'étranger, en Belgique ou en Suisse, où l'euthanasie ou le suicide assisté sont légaux. "Je veux m’éteindre ici, dans mon pays, c’est presque devenu un acte militant". Il voulait mourir entouré des siens, près de la mer.
Un Témoignage Poignant et un Appel à la Conscience
Loïc Résibois a témoigné avec courage et lucidité de sa souffrance et de son désir de choisir sa fin de vie. Il a partagé son expérience sur les réseaux sociaux, dans les médias et lors de conférences, touchant de nombreuses personnes et contribuant à faire évoluer les mentalités.
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"Je suis visiblement, comme tant d'autres malades condamnés, condamné aussi à pourrir dans un lit jusqu'à ce que l'on estime que mon état de santé soit compatible avec une sédation profonde et continue", a-t-il déploré.
Il a expliqué ne pas vouloir aller au-delà de la fin du mois de septembre, et a fait part à une équipe médicale de sa "volonté de faire cesser cette existence avant d'avoir l'impression d'être allé trop loin dans la souffrance".
Quelques heures avant sa mort, depuis son lit médicalisé, il laissait ce dernier message sur son compte Instagram. « Vous vous doutez que j’aurais préféré une fin plus rapide mais j’ai choisi, notamment par militantisme, de mourir en France, dans l’endroit qui m’est le plus cher, l’île de Ré, a-t-il écrit sur le réseau social.
Une Fin de Vie Apaisée et un Héritage Durable
Loïc Résibois a finalement eu recours à la sédation profonde, son état s’étant fortement dégradé ces derniers mois. Il a passé ses derniers moments de vie en famille sur l’île de Ré, son "île adorée".
"Voilà, nous y sommes", écrivait-il fin août sur son compte Instagram. Dans son texte, il a rappelé à quel point il est important pour lui que la France adopte un texte en faveur de l’aide à mourir et de la fin de vie.
Selon les mots de sa veuve, Caroline Résibois, il est parti "sereinement, là où il voulait". Elle promet de "continuer à alimenter" le compte Instagram de son mari, afin de perpétuer son combat.
La mort de Loïc Résibois a suscité de nombreuses réactions et a relancé le débat sur la fin de vie en France. Son courage, sa détermination et son témoignage poignant ont marqué les esprits et ont contribué à faire avancer la cause du droit à mourir dans la dignité.
Réactions et Hommages
Les réactions à l’annonce de sa mort n’ont pas tardé. À commencer par le maire de Dury, Anne Pinon qui a souligné « le courage de cet homme dont le combat a permis à tous de s’interroger sur la question de la fin de vie ».
De nombreuses personnalités politiques et associatives ont salué son engagement et son courage. L'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (ADMD) a rendu hommage à cet ancien policier, militant pour l'aide active à mourir.
Au lendemain de la mort de Madeleine Riffaud, décédée le 6 novembre à l'âge de 100 ans, Emmanuel Macron salue la grande résistante, journaliste et poétesse picarde.
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