Marcel Pagnol, figure emblématique de la culture provençale, a marqué son époque de manière indélébile. Dramaturge, romancier, cinéaste et producteur, il a exprimé sous toutes les formes son amour pour sa Provence natale et a grandement contribué à forger l'identité du sud. À l'occasion du 130e anniversaire de sa naissance, replongeons dans son histoire, en explorant les lieux qui ont façonné son œuvre et sa personnalité.

Aubagne : le berceau de Pagnol

Marcel Pagnol est né le 28 février 1895 à Aubagne, au 16 cours Barthélemy. Il est le fils de Joseph, instituteur à l’école Lakanal, et d’Augustine Lansot, couturière. "Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers", écrira-t-il plus tard, témoignant de son attachement profond à cette terre.

La famille Pagnol ne reste pas longtemps à Aubagne, puisqu'en 1897 elle part vivre à Saint-Loup, où Joseph est muté. Après plusieurs déménagements, Joseph, Augustine et ses enfants s’établissent plus durablement dans la rue Terrusse à Marseille.

Marseille et Aix-en-Provence : les années de formation

Admis au Lycée Thiers de Marseille, il y fera un parcours brillant jusqu’à l’obtention du baccalauréat de philosophie. En 1913, il entre à la Faculté des Lettres d'Aix-en-Provence et fonde la revue Fantasio qui deviendra Les Cahiers du Sud. Après l’obtention du bac, Marcel Pagnol commence ses études de lettres et d’anglais à l’Université d’Aix-en-Provence. Il commence déjà à écrire des poèmes et même un premier roman, Le Mariage de Peluque.

Loin de Marseille, Marcel Pagnol se sent exilé. Pour tromper sa nostalgie, il écrit une nouvelle pièce, puis sa suite, dont l’action se déroule sur le Vieux Port : Marius en 1929, Fanny en 1930.

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Paris : la conquête du théâtre et du cinéma

Le jeune Aubagnais part alors à Paris et y enseigne à nouveau l’anglais jusqu’en 1927, date à laquelle il prend congé de l’Éducation Nationale pour pouvoir se développer pleinement comme dramaturge. En 1925, il "monte" à Paris comme répétiteur au Lycée Condorcet et commence à fréquenter les milieux littéraires. En 1925, il fait représenter Les Marchands de gloire au Théâtre de la Madeleine. La pièce n'a pas grand succès. Nullement découragé, il fait jouer Jazz l'année suivante au Théâtre des Arts. Il rencontre ses premiers succès au théâtre : Les Marchands de Gloire, puis Jazz le font connaître.

En 1928, le succès est enfin au rendez-vous avec Topaze, joué au théâtre des Variétés. En 3 ans, elle sera jouée plus de 3 000 fois, en France, en Belgique, en Suisse, mais aussi en Hollande, à New-York et jusqu’en Amérique du sud. En 1930, 75 versions de la pièce circulent à l’étranger.

En 1929, Marcel Pagnol fait à Londres une découverte qui va le bouleverser : sur les écrans, Broadway Melody est le premier long-métrage entièrement sonore. Immédiatement, il pense adapter sa pièce Marius, qui connait déjà le succès à Paris, avec Raimu dans le rôle de César. Marius deviendra le premier film à succès du cinéma parlant français. Il devient scénariste pour Alexander Korda, alors réalisateur vedette de la Paramount, le célèbre studio de production, avec lequel il tourne son premier film, Marius. Il adapte ensuite ses pièces lui-même. Ses films Fanny et César sont sont de véritables triomphes. Avec la trilogie marseillaise, l’hexagone plonge dans une création aux formes nouvelles, s’imagine au comptoir du bar de la marine et se passionne pour ces personnages hauts en couleur. Le reste du monde ne tarde pas à tomber amoureux de l’œuvre pagnolesque. Au Japon, Marius a fait l’objet de 3 remakes ! Encore aujourd’hui, ces films tournés à partir de 1931 à l’ombre du pont Transbordeur n’ont pas pris une ride.

Adaptée au cinéma, l’oeuvre Marius remporte un énorme succès qui pousse Marcel Pagnol à en écrire la suite : Fanny sera aussi couronnée de lauriers. Il fonde en 1935 Les Cahiers du cinéma pour défendre ses théories sur le septième art. Il adapte pour le cinéma des sujets empruntés aux romans de Giono.

Aubagne et La Treille : le retour aux sources et l'inspiration

Fort de ses succès et après avoir acquis une certaine aisance financière, Marcel Pagnol monte sa propre société de production à Paris et achète en 1934 plusieurs hectares dans les collines entre Aubagne et La Treille pour y tourner ses films dans les décors d’Aubignane construits de toute pièce par Marius Brouquier. Il crée ses studios dans le sud de la France, à Aubagne sur 24 hectares de terrain (les Barres de Saint Esprit et le vallon de Marcelin).

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À partir de 1904, soucieux de la santé fragile d’Augustine, Joseph décide de louer pour les vacances une « villa dans la colline, juste au bord d’un désert de garrigue qui va d’Aubagne jusqu’à Aix. D’autres séjours suivront jusqu’en 1910, date à laquelle la frêle et gentille maman Augustine est emportée par une congestion pulmonaire, à l’âge de 37 ans.

En 1942, Pagnol est repéré par Alfred Greven, le directeur de la firme allemande Continental, qui s’obstine à le faire travailler pour lui. Pour y échapper, l’auteur prend une décision radicale, en vendant ses studios et sa maison de production pour aller se mettre au vert dans les Alpes-Maritimes. Il tombe amoureux d’un mas provençal du XVIIIe siècle et se met en tête de le transformer en exploitation horticole : il veut se lancer dans la culture intensive des œillets. Pour les arroser, il se met à chercher frénétiquement des sources d’eau et creuse des trous partout sur le domaine. La nouvelle de cette reconversion parvient à Raimu, qui considère que « Si Marcel devient fleuriste, moi, je n’ai plus qu’à aller vendre des rascasses ! ». Si l’aventure horticole de Marcel Pagnol n’avait pas porté ses fruits, elle aurait incontestablement nourri son ultime chef d’œuvre, L’eau des collines.

L'Académie française et le retour à l'écriture

En 1946, à 51 ans, le réalisateur est élu à l’Académie Française où il est le seul cinéaste. Pagnol reçoit la consécration suprême en 1946, quand il est élu à l’Académie Française. Il est le premier cinéaste à recevoir cet honneur.

Ce n’est qu’en 1957 que Marcel Pagnol prend la plume avec le désir de raconter ses Souvenirs d’enfance. Le premier tome, La Gloire de mon père, connaît un succès retentissant, tout comme Le Château de ma mère l’année suivante et Le Temps des secrets en 1960. L’Eau des collines, Jean de Florette et Manon des Sources seront également plébiscités par le public.

Au moment où, cruellement éprouvé par le décès de sa fille et l’échec de Judas en 1955 au théâtre, on pourrait croire terminée la carrière de Marcel Pagnol. Or, jusque là Marcel Pagnol n’avait écrit que des dialogues ou des scénarii.

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